N° 198 | juin 2019

Comment fournir des conseils nutritionnels judicieux lors d’une consultation médicale ?

Au cours des dernières décennies, les informations sur l’importance d’une bonne hygiène de vie en général, particulièrement en nutrition, ont été largement diffusées à la population. Confrontés à des connaissances de plus en plus nombreuses, les professionnels de santé ont parfois du mal à trouver les informations les plus adaptées à leurs patients et la bonne façon de leur communiquer. Les conseils nutritionnels doivent être pertinents et formulés au bon moment de la
consultation, avec un langage compréhensible par le patient, respectant son contexte, sa culture, ses valeurs et ses priorités.

Continuité des soins et approche centrée sur le patient

Une revue systématique a montré que les interventions nutritionnelles assurées par des médecins de famille/généralistes pouvaient fortement améliorer les comportements nutritionnels et la santé des patients ¹. En 2009, une étude italienne a analysé 713 adultes atteints d’hypercholestérolémie. Suite à une brève
séance d’éducation, personnalisée et informelle sur l’importance d’une alimentation équilibrée et d’une activité physique, dispensée par leur médecin, on a observé une réduction significative de leur niveau de cholestérol total et du risque cardiovasculaire global au cours d’un suivi de 54 jours ².

La volonté de changer est l’un des facteurs essentiels

Au coeur du système de santé, les médecins de famille sont les mieux placés pour fournir aux patients des conseils nutritionnels. Selon Eurostat, en 2014, dans 28 pays européens, 31,3% des hommes et 40,2% des femmes ont consulté leur médecin de famille 2 fois plus que d’autres médecins ³. Grâce à la continuité
des soins et à une approche centrée sur le patient, les médecins de famille peuvent fournir aux patients, de manière fréquente et opportune, des informations nutritionnelles personnalisées et adaptées. Leurs conseils ne doivent pas faire l’objet d’une seule consultation. Il faut mettre en place un processus dynamique et progressif. Ainsi, le médecin connaîtra de mieux en mieux le patient et sa maladie, et pourra lui fournir des informations supplémentaires en matière de nutrition 4.

La volonté de changer est l’un des facteurs essentiels des programmes d’intervention nutritionnelle. L’EUROPREV (Réseau européen pour la prévention et la promotion de la santé en médecine de famille/médecine générale) a réalisé une enquête auprès de 7947 patients fréquentant des centres de soins primaires dans 22 pays européens. Parmi les 1500 patients ayant une alimentation de mauvaise qualité nutritionnelle, 82,4% souhaitent évoluer et 56,3% se sentent capables de changer leurs comportements alimentaires 5.

A quels moments délivrer des conseils en matière de nutrition ?

Les conseils peuvent être fournis, par le médecin de famille, au bon moment, lors d’une consultation de routine. Le patient peut également être orienté vers un autre médecin 6. Les médecins peuvent améliorer les habitudes nutritionnelles et la santé de leurs patients en leur conseillant simplement de consommer 2 portions supplémentaires de F&L par semaine 7.

La relation durable entre médecin de famille et patient lui permet de fournir des conseils nutritionnels de manière progressive, sur une période étendue. Ils peuvent être adaptés à l’histoire du patient et de sa famille, ainsi qu’à sa littératie en santé, ses valeurs, ses priorités, ses besoins et ses attentes. En outre, un médecin de famille suit souvent plusieurs membres d’une même famille, ce qui permet des interventions plus complètes et
efficaces, optimisant ainsi les chances de réussite.

Quels outils pour aider les médecins généralistes ?

Les médecins de famille rencontrent parfois des difficultés pour donner des conseils nutritionnels en consultation, en raison de capacités personnelles insuffisantes ou de connaissances limitées en termes de nutrition, d’un manque de temps ou d’un remboursement inadapté 8,9.

Divers outils permettent de fournir plus facilement ces conseils, comme des fiches suggérant des questions à poser aux patients 6, des visuels imprimés - tels « l’Assiette santé » pour adultes 10 ou pour enfants 11, de courts messages cohérents avec les dernières données disponibles, ou une liste de questions rapides à poser aux femmes enceintes ou allaitantes, concernant leur consommation quotidienne de F&L 6.

Katarzyna Nessler
Vasco da Gama Movement, POLOGNE
Raluca Zoitanu
WONCA Europe, ROUMANIE
Harris Lygidakis
WONCA Europe, LUXEMBOURG
  1. Ball L, et al. (2013). J Prim Health Care, 5(1):59–69.
  2. Filippi A, et al. (2009). European Journal of General Practice, 15:3, 136-140,
  3. EUROSTAT. Statistics Explained: Healthcare activities statistics – consultations [Internet]. 2019. Available from: https://ec.europa.eu/eurostat/statisticsexplained/
  4. van Weel C. (2003). European Journal of General Practice, 21:1, 33-38
  5. Ball L, Wilkinson S. (2016) Available at http://www.racgp.org.au/afp/2016/august/nutrition-care-by-general-practitioners-enhancing-women’s-healthduring-and-after-pregnancy/.
  6. Sacerdote C, et al. (2006). Int J Epidemiol, 35(2):409–15,
  7. Kushner RF. (1995). Prev Med, 24(6):546-52.
  8. Visser F, et al. (2008). Fam Pract, 25 Suppl 1:i105-11.
  9. The Healthy Eating Plate, Harvard School of Public Health and Harvard Medical School. Available at https://www.hsph.harvard.edu/nutritionsource/healthy-eating-plate/.
  10. The Kid’s Healthy Eating Plate, Harvard School of Public Health and Harvard Medical School. Available at https://www.hsph.harvard.edu/nutritionsource/kids-healthy-eating-plate/.
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