N° 198 | juin 2019

Médecins et parents: unis dans la prise en charge de l’obésité chez les enfants

L’obésité infantile représente un enjeu important de santé publique qui touche actuellement 18.5% des jeunes aux USA. Elle est associée à de multiples complications somatiques et psychologiques à moyen et long terme. Il est donc impératif de la dépister, la prévenir et la prendre en charge. L’Association du Comité d’Expertise Médicale Américaine préconise de mesurer l’IMC des enfants au moins tous les ans à partir de l’âge de 2 ans. Cependant, se focaliser uniquement sur le poids est inadéquat.

Pour promouvoir des changements favorables, les professionnels de santé doivent avoir des discussions positives au sujet du poids avec les enfants et les parents. Cependant ils disposent de peu de conseils sur la manière de communiquer avec les familles sur ce sujet. En outre des études montrent que des discussions de parents trop centrées sur le poids et l’alimentation peuvent avoir des conséquences délétères sur leurs enfants.

Définir les meilleures stratégies de communications pour les médecins

Il est donc important de définir les meilleures stratégies pour les médecins afin d’aborder le sujet avec les parents et les enfants. Coté médecins, des barrières existent: le manque de temps, de formation et de connaissances. Certains craignent que le sujet du poids de leur enfant soit mal ressenti par les parents et qu’ils y soient fermés. Des études ont porté sur les terminologies préférées par les parents d’enfant en surpoids. Le moment pour aborder ces discussions est important: il doit être précoce. Les médecins doivent délivrer leur message en faisant preuve de respect, de confiance, d’ouverture d’esprit et de sensibilité aux valeurs cultuelles. On a montré que les interventions les plus efficaces ne sont pas conçues pour les rendez vous de consultation de soins primaires et qu’il était nécessaire de les adapter à des consultations de routine.

Identifier les préférences des parents envers les médecins

L’objectif de cette étude a été de décrire les préférences des parents sur la manière dont les médecins pourraient aborder au mieux ces questions délicates. Les données pourront guider le développement de recommandations applicables par les médecins et permettront de mieux les préparer au cours de leur formation.

Des entretiens semi structurés enregistrés ont été menés auprès de 40 parents d’enfants d’âge préscolaire, dont les données ont été retranscrites et doublement codées selon une approche d’analyse thématique inductive. On a pu ainsi identifier des concepts majeurs pour les parents, qui ont été analysés en détail.

5 thèmes généraux ont émergé :

1. Le ton et l’approche sont importants

  • « Etre honnête et direct »
  • « Faire preuve de sensibilité »

2. Eviter le jugement

  • « Se focaliser sur la santé et le comportement, plus que sur le poids »
  • « Eviter de réagir de façon négative aux pratiques des parents »
  • « Eviter les termes en rapport avec le poids potentiellement offensants et inappropriés, qui pourraient blesser l’estime de l’enfant et son image corporelle »

3. Tenir compte de l’expertise parentale

  • « Chercher à bien comprendre le point de vue des parents sur le poids et l’alimentation de leur enfant »
  • « Les impliquer dans la conversation et leur poser des questions pertinentes sur l’alimentation de leur enfant et l’environnement alimentaire de la maison »

4. Choisir le moment de la discussion avec les parents

  • « Etre proactif, initier la discussion et intervenir plus tôt que trop tard »
  • « Avoir une conversation continue et non figée avec les parents »
  • « Discuter des préoccupations sur le poids et les habitudes alimentaires en dehors de la présence de l’enfant »

5. Fournir aux parents des recommandations concrètes et personnalisées

  • « Présenter aux parents des informations visuelles pertinentes et en parler »
  • « Leur transmettre des suggestions réalisables et des ressources appropriées pour l’action et la prévention »
  • « Expliquer clairement les raisons justifiant ces recommandations et ces préoccupations »

Les compétences médicales de relation et de communication sont essentielles

Pour la plupart, ces données reflètent la synthèse des meilleures pratiques et traduisent l’adéquation entre les recommandations actuelles et les préférences parentales.

Les parents attachent une part importante au fait que le médecin possède des compétences non techniques (faire preuve de sensibilité; avoir de bonnes qualités de communication). Ces compétences de relation et de communication sont considérées comme essentielles par l’Accreditation Council on Graduate Medical Education (ACGME) aux USA.

Cependant, de nombreux programmes de résidence médicale ont des difficultés à intégrer de telles sessions de formation par manque de temps ou de ressources.

La prise en charge des problèmes de poids chez l’enfant est un processus complexe impliquant de multiples niveaux. Depuis quelques années, les pratiques et les recommandations sur la communication entre les soignants, les parents et les enfants se sont accumulées.

A l’évidence, les opportunités pour apprendre ces «compétences non techniques», comme la communication et la réalisation de brèves interventions de changement de comportement, doivent être améliorées au cours de la formation médicale.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris, FRANCE
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