N° 165 | juin 2016

Consommation de fruits et légumes lors de repas familiaux en France et aux Etats-Unis

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La consommation de fruits et légumes (F&L) est essentielle pour prévenir l’obésité infantile. Jusqu’à présent, les programmes d’intervention ont été sans succès 1. Ces programmes s’étaient focalisés sur des comportements individuels, sans prendre en compte le contexte des repas 2.

Une étude examinant les habitudes alimentaires familiales

L’environnement des repas a été comparé dans 8 familles californiennes et 8 familles françaises (19 enfants à chaque fois) afin de mieux comprendre le lien entre les habitudes familiales et la consommation de F&L chez les enfants. Les données ethnographiques ont été recueillies et analysées grâce aux enregistrements vidéos effectués lors de deux repas dans chaque famille (32 repas en tout). Nous les avons analysés selon le principe que les habitudes culinaires familiales sont des activités culturelles et que les comportements parentaux initient les enfants à la consommation de F&L 3.

Une exposition aux F&L plus importante chez les jeunes Français

Les jeunes Français ont été exposés à une plus grande variété de fruits (14 sortes) que leurs homologues américains (4 sortes). Fait encore plus important : les fruits faisaient partie intégrante des repas en France, servis à la fin du repas (14 repas sur 16) et tous les enfants en mangeaient. En revanche, les fruits n’étaient présents que chez
3 familles américaines et seuls 3 enfants en ont mangé.
Les jeunes Français ont été exposés à une plus grande variété de légumes que leurs homologues américains (33 vs. 22 sortes). En revanche, les légumes étaient bien présents à la majorité des repas aux Etats-Unis et à tous les repas en France. Mais il faut se demander si cette consommation de légumes avait la même valeur nutritionnelle et s’effectuait selon le même modèle dans les deux pays.

Importance de la structure des repas

Aux Etats-Unis, de nombreux repas (12/16) n’ont qu’un service avec l’ensemble des plats présentés en même temps tandis qu’en France les repas se divisent en plusieurs étapes (3-5 plats). Cette division des repas offre aux jeunes Français plus d’occasions de consommer des légumes, sans y associer d’autres aliments. Lorsqu’ils sont proposés seuls, les enfants se sentent obligés de participer au repas en les consommant. Aux Etats-Unis, tout est servi en même temps, les enfants peuvent participer en mangeant plusieurs aliments tout en ignorant les légumes.

La taille des plats de légumes joue un rôle

Les plats de légumes de taille normale étaient plus fréquents en France (26 repas en France comparés à 9 repas aux Etats-Unis) et les plats de taille réduite plus fréquents aux Etats-Unis (13 repas aux Etats-Unis comparés à 9 repas en France). Ces derniers étaient en compétition avec des plats de viande ou de féculents. Les plats de légumes de taille normale offraient des occasions supplémentaires de consommer des légumes ; ils occupaient une place plus centrale dans l’ensemble du repas.

Les jeunes Français consomment plus de légumes que les jeunes Américains

Les jeunes Américains n’ont pas touché aux légumes pour 46% du temps alors que les jeunes Français ne les ont ignorés que 10% du temps. De plus, les jeunes Français ont consommé la quantité voulue de légumes 58% du temps tandis que les jeunes Américains ne l’ont fait que 27% du temps. Les jeunes Français ont donc consommé plus de légumes que les jeunes Américains !

L’alimentation : un facteur de socialisation

Les repas français servis en plusieurs plats initient les enfants à l’alimentation prise en commun. Les parents encouragent les discussions sur les plaisirs de la table, l’importance des ingrédients et de leur qualité. Ils montrent l’exemple et encouragent leurs enfants à goûter à différents aliments, « c’est très bon ». Par contre, les repas américains privilégient la viande et les féculents. La majorité des parents ne servent pas de légumes et n’obligent pas leurs enfants à en manger ce qui suggèrerait qu’ils sont optionnels et de moindre valeur. En permettant ainsi aux enfants de consommer des aliments
« pour enfants », cela leur indique qu’ils peuvent consommer d’autres aliments que ceux de leurs parents, qu’ils sont autonomes et peuvent donc avoir des goûts différents de ces derniers.

Ainsi nous avons montré que les habitudes familiales peuvent influencer la consommation de F&L. Nous proposons donc que de futures interventions comprennent des conseils pour intégrer les F&L dans les habitudes alimentaires et pour modifier l’organisation des repas.

Tamar Kremer-Sadlik
Département d’Anthropologie, Université de Californie, Los Angeles, ETATS-UNIS
collaborateurs
Kremer-Sadlik T, Morgenstern A, Peters C, Beaupoil P, Caët S, Debras C, le Mené M. (2015). Eating fruits and vegetables : An ethnographic study of American and French family dinners. Appetite 89:84-92.
  1. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). (2013). State indicator report on fruits and vegetables. Atlanta, GA: U.S. Department of Health and Human Services. National Fruit & Vegetable Alliance (NFVA). (2010). National Action Plan. To Promote Health Through Increased Fruit and Vegetable Consumption. 2010 Report Card. Delaware: NFVA.
  2. Rozin, P., Kabnick, K., Pete, E., Fischler, C., & Shields, C. (2003). The ecology of eating. Smaller portion sizes in France than in the United States help explain the French paradox. Psychological Science, 14, 450–454.
  3. Ochs, E., Pontecorvo, C., & Fasulo, A. (1996). Socializing taste. Ethnos, 61, 7–46. Weisner, T. (2002). Ecocultural understanding of children’s developmental pathways. Human Development, 45, 275–281.
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