N° 165 | juin 2016

Quartiers défavorisés et consommation de fruits et légumes : comparaison de sept pays

Télécharger Imprimer

Consommation de fruits et légumes dans des quartiers défavorisés

Dans les pays développés, les personnes de faibles niveaux socio-économiques (NSE : niveau d’éducation, niveau d’emploi, revenus) consomment généralement moins de fruits et légumes (F&L) que celles de NSE plus élevés 1. L’environnement local peut également influencer l’alimentation des résidents. Les habitants de quartiers défavorisés ont tendance à s’alimenter de manière plus malsaine lorsqu’ils n’ont pas accès à des magasins approvisionnés en aliments sains. Des preuves suggérant une moindre consommation de F&L chez les habitants des quartiers défavorisés existent 2,3 mais elles sont mitigées 4. Ces variations de résultats entre différents pays pourraient refléter de véritables différences. En revanche, les études existantes sont difficiles à comparer dû à l’utilisation de différentes méthodes de mesure et l’existence de nombreux facteurs confondants.

Il existe peu d’études comparatives internationales sur les régimes alimentaires alors qu’elles permettraient de déterminer si les résultats à l’échelle nationale sont généralisables à d’autres pays. Le but de notre étude était de comparer les liens entre les NSE de différents quartiers et la consommation de F&L chez les adultes, dans sept pays développés 5. La méthode de collecte et d’analyse de données ont notamment pris en compte le traitement des variables et l’ajustement des facteurs confondants. Cela a permis d’effectuer des comparaisons plus précises entre les associations des différentes études.

Conception de l’étude

Notre étude a porté sur l’analyse secondaire de sept études transversales :

  • SESAW (Socio-Economic Status and Activity in Women), en Australie,
  • l’enquête PHS (Population Health Survey) d’Edmonton au Canada,
  • l’étude sur la santé et les conditions de vie à Eindhoven (Health and Living Conditions of the Population of Eindhoven) aux Pays-Bas,
  • l’enquête nationale de santé en Nouvelle-Zélande (New Zealand Health Survey),
  • l’enquête nationale de santé pour la région métropolitaine de Lisbonne (National Health Survey for the Lisbon Metropolitan Area) au Portugal,
  • l’enquête sur la santé et le bien-être dans la région métropolitaine de Glasgow (Greater Glasgow Health Board Health and Wellbeing Survey) en Ecosse,
  • l’étude américaine sur les partenariats avec des environnements sains (Healthy Environments Partnership).

Les consommations de F&L ont été regroupées, autant que possible, pour permettre la comparaison entre les différentes études (fruits : <2/≥2 portions par jour; légumes : <3/≥3 portions par jour). Dans six études, les NSE des différents quartiers étaient définis comme faibles, moyens ou élevés. Aux Pays-Bas, on a maximisé les contrastes en sélectionnant seulement des quartiers de niveaux faibles et élevés, éliminant ainsi les quartiers des classes moyennes. Toutes les analyses de l’association entre NSE des quartiers et la consommation de F&L ont été ajustées pour l’âge, le genre (l’étude SESAW ne concernait que des femmes) et le niveau d’éducation.

Associations entre consommation de F&L et NSE

Généralement, les associations attendues – une consommation accrue dans les quartiers à NSE élevé – ont bien été observées. Au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Ecosse une plus forte consommation de fruits dans les quartiers favorisés a été mise en évidence. Quant aux légumes, l’association a été retrouvée en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande et au Portugal.

Implications

Cette étude suggère que les associations entre le NSE d’un quartier et la consommation de F&L dépendent du contexte. Il serait inapproprié de généraliser les données d’un pays à l’autre. Ces variations pourraient provenir de biais méthodologiques incontrôlés (échantillonnage ou définition des quartiers). Elles reflèteraient des différences d’approvisionnement en F&L dans différents pays, impliquant des facteurs sociaux, structurels, économiques ou réglementaires. Aux Pays-Bas, par exemple, les légumes et fruits frais sont disponibles dans les quartiers quelque soit leur NSE 6, tandis qu’on retrouve surtout des supermarchés dans les quartiers défavorisés de Glasgow – reflétant une influence potentielle des réglementations en vigueur ou du prix du terrain 7 - ce qui expliquerait les résultats nuls de ces études. Pour pouvoir confirmer que ces associations dépendent bien du contexte, les futures études devraient fixer a priori différents paramètres. Des analyses approfondies devraient ensuite identifier les facteurs responsables de ces associations afin d’élaborer de nouvelles politiques pour redresser les inégalités socioéconomiques en matière d’alimentation.

Karen E. Lamb
Institut pour l’Activité Physique et la Nutrition, Ecole des Sciences de l’Exercice et de la Nutrition, Université de Deakin, AUSTRALIE
Kylie Ball
Institut pour l’Activité Physique et la Nutrition, Ecole des Sciences de l’Exercice et de la Nutrition, Université de Deakin, AUSTRALIE
  1. Giskes K, Avendano M, Brug J, Kunst AE. A systematic review of studies on socioeconomic inequalities in dietary intakes associated with weight gain and overweight/obesity conducted among European adults. Obes Rev. 2010;11(6):413-29.
  2. Dubowitz T, Heron M, Bird CE, Lurie N, Finch BK, Basurto-Davila R, et al. Neighborhood socioeconomic status and fruit and vegetable intake among whites, blacks, and Mexican Americans in the United States. Am J Clin Nutr. 2008;87(6):1883-91.
  3. Shohaimi S, Welch A, Bingham S, Luben R, Day N, Wareham N, et al. Residential area deprivation predicts fruit and vegetable consumption independently of individual educational level and occupational social class: a cross sectional population study in the Norfolk cohort of the European Prospective Investigation into Cancer (EPIC-Norfolk). J Epidemiol Commun H. 2004;58(8):686-91.
  4. Cummins S, Macintyre S. Food environments and obesity – neighbourhood or nation? Int J Epidemiol. 2006;35(1):100-4.
  5. Ball K, Lamb KE, Costa C, Cutumisu N, Ellaway A, Kamphuis CBM, et al. Neighbourhood socioeconomic disadvantage and fruit and vegetable consumption: a seven countries comparison. Int J Behav Nutr Phy. 2015;12.
  6. van Lenthe FJ, Brug J, Mackenbach JP. Neighbourhood inequalities in physical inactivity: the role of neighbourhood attractiveness, proximity to local facilities and safety in the Netherlands. Soc Sci Med. 2005;60(4):763-75.
  7. Cummins S, Macintyre S. The location of food stores in urban areas: a case study in Glasgow. British Food Journal. 1999;101(7):545-53.
Retour Voir l'article suivant