N° 197 | mai 2019

De l’activité physique à la condition physique

Le développement de l’obésité se caractérise par un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques. L’activité physique, principale composante modifiable de la dépense totale en énergie, est un paramètre essentiel des stratégies de perte de poids. Il reste cependant difficile d’amener les personnes, particulièrement les obèses, à la pratiquer, surtout en raison de leur faible niveau de condition physique.

Les adolescents en surpoids ont un faible niveau d’activité physique

L’activité physique se définit comme tout mouvement corporel généré par la contraction des muscles provoquant une dépense énergétique supérieure au métabolisme de repos. Elle se caractérise par sa modalité, sa fréquence, son intensité, sa durée et le contexte de sa pratique. L’exercice est une sous-catégorie
de l’activité physique planifiée, structurée, répétitive qui favorise le maintien ou le développement de la condition physique ¹. Les individus sont considérés physiquement inactifs lorsqu’ils n’atteignent pas les recommandations relatives à l’activité physique ². Les enfants et les adolescents en surpoids et obèses présentent un niveau d’activité physique inférieur à ceux de poids normal du même âge ³. Cette réduction s’explique principalement par une moins bonne condition physique et un taux d’effort perçu plus élevé.

Un faible niveau de condition physique : un obstacle à la pratique régulière d’activité physique

Les enfants et les adolescents obèses ont des capacités physiques plus faibles, particulièrement une capacité cardio-respiratoire (CCR) moindre que celles de ceux de poids normal. Ceci est principalement dû à l’effort accru nécessaire pour déplacer leur importante masse corporelle et supporter un excès de graisse corporelle 4. Bien que les performances cardio-respiratoires soient plus faibles chez les enfants et adolescents obèses que chez les autres enfants/adolescents, après ajustement à la masse corporelle, les performances absolues sont similaires ou supérieures. Ces différences disparaissent lorsque les performances sont ajustées à la masse maigre, suggérant que la capacité oxydative musculaire maximale n’est pas affaiblie avec l’obésité chez les jeunes 5-6. Bien que la CCR absolue ne soit pas différente entre les jeunes obèses et les autres jeunes, cette CCR plus faible quand on tient compte du poids est importante pour les médecins, puisque les patients doivent composer avec leur poids durant la plupart des activités quotidiennes et que les tests pratiques utilisés intègrent le poids corporel. Même si l’entraînement est la meilleure méthode pour améliorer la CCR chez les jeunes obèses, leur faible niveau initial de condition physique est un obstacle à la pratique d’une activité régulière 7. On connaît peu d’éléments concernant les aptitudes musculo-squelettiques des jeunes souffrant d’obésité. Souplesse, équilibre, coordination, amplitude de mouvement ou force musculaire sont les principaux composants considérés pour leur évaluation. Toutes ces dimensions sont réduites chez les enfants et adolescents obèses par rapport aux autres enfants/adolescents ayant des performances supérieures, ce qui contribue au taux d’effort perçu élevé lié à l’exercice et à la pratique d’exercice physique moindre observés chez ces jeunes.

Les premières étapes que doivent suivre les médecins

A partir de preuves scientifiques et cliniques et de l’expérience sur le terrain, les experts d’ECOG proposent aux médecins les premières étapes à suivre lors de l’évaluation et de la prise en compte de la condition physique dans l’obésité infantile 8 :

  • Identifier les limitations physiques potentielles faisant obstacle à l’activité physique chez ces enfants
  • Adresser les enfants à des physiologistes de l’exercice et/ou des professeurs spécialisés d’activité physique adaptée qui feront un diagnostic correct de ces déficiences et proposeront des interventions appropriées.
David Thivel
Université Clermont Auvergne, Clermont-Ferrand, FRANCE ECOG (Groupe Européen de l’Obésité Infantile), BELGIQUE
  1. Caspersen CJ, et al. Public Health Report (1985) 100 (2): 126-131.
  2. O’Malley G. & Thivel D. Physical activity and play in children who are obese: the European Childhood Obesity Group ebook. (2016)
  3. Page A, et al. P Int J Obes (Lond). 2005 Sep;29(9):1070-6.
  4. Dupuis JM, et al.. Arch Pediatr. 2000; 7: 1185-93.
  5. Watanabe K, et al. Ann Physiol Anthropol. 1994; 13: 167-74.
  6. Goran MI. Med Clin North Am. 2000; 84: 347-62.
  7. Quinart S, et al. Arch Pediatr. 2010; 17: 894-5.
  8. O’Malley G, et al. Int J Exerc Sci. 2017
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