N° 197 | mai 2019

L’adolescence: comment en faire une révolution saine ?

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L’adolescence est une longue période durant laquelle de nombreux aspects de la vie d’un jeune vont considérablement changer. Sa croissance va devenir rapide (7 à 14 cm/an sur 2 à 4 ans) mais pas de manière régulière, ni au même moment pour tous. Le développement pubertaire et sexuel va se produire. Si le corps est prêt pour ces changements, le cerveau pas toujours.

Les changements de la pré-adolescence à la fin de l’adolescence

Durant la préadolescence (de 10 ou 11 ans jusqu’à 14 ans), la capacité à réfléchir aux risques pour la santé liés à des modes de vie malsains est extrêmement limitée.

Au cours de la «seconde» adolescence (de 15 à 17 ou 18 ans), la quête de l’indépendance ainsi que le besoin et la recherche des pairs peuvent avoir une forte influence sur le mode de vie.

A la fin de l’adolescence (de 18 à 20 ou 21 ans et après), les préoccupations sont dominées par la recherche de l’indépendance et de l’acceptation sociale, qui peuvent influer de manière négative sur le comportement général et l’adhésion à un mode de vie sain.

Cela englobe-t-il aussi la nutrition ? Malheureusement oui : l’alimentation comprend des aspects biochimiques, physiologiques et relationnels. Ces derniers dépassent tous les autres et orientent le comportement alimentaire. Le mélange des aspects relationnels et physiologiques peut conduire à un «cocktail explosif».

Les changements dans les choix alimentaires individuels durant l’adolescence

Les adolescents désirent et ont besoin de plus d’autonomie et d’indépendance. Ils revendiquent le contrôle de leurs choix alimentaires. Cependant, leur vulnérabilité est encore grande : ils exercent un contrôle actif mais se heurtent à un manque de connaissances, alors qu’ils « croient » tout savoir.

58 % des adolescents pensent avoir suffisamment d’informations concernant leur alimentation. Leurs principales sources d’information sont Internet, la télévision, les amis, la famille,... ou les emballages (77 %), alors que 23 % les obtiennent de l’école ou des professionnels de santé.

D’autres données confirment ces constatations : 76 % choisissent une boisson « pour son goût » et seulement 22 % « en connaissent son contenu ». «Tout savoir» signifie que l’on peut rejeter les traditions familiales tandis que, en raison d’un marketing agressif, il devient attirant de manger des «fast food» ou des «junk food». Or, l’habitude de consommer régulièrement ce type d’aliments conduit à moins percevoir l’importance des aliments plus sains, tels que les fruits, les légumes et les légumineuses.

Principaux problèmes alimentaires à l’adolescence: trop de calories, de protéines animales, de sucres, de graisses cachées, de boissons sucrées et trop peu de glucides complexes, de fruits, de légumes, de légumineuses, de produits de la mer, de lait et des yaourts.

Comment transformer une révolution potentiellement néfaste en une révolution saine ?

Cette « rébellion alimentaire » sous-entend que l’alimentation n’est plus un rituel familial mais quelque chose à partager avec des pairs et représente aussi une part d’identification de soi.

Il est difficile de transformer une révolution potentiellement néfaste en une révolution saine.

Il est plus facile d’identifier les aspects les plus susceptibles d’échouer, principalement la tendance des adultes à :

  • transférer leur façon de voir la vie à l’adolescent,
  • ne pas essayer de comprendre sa manière de penser,
  • imaginer des scénarios effrayants sur sa santé future,
  • encourager l’adolescent à suivre l’exemple sensé des adultes,
  • prendre en exemple un pair plus « adapté » - qui n’est pas forcément le plus apprécié...

Le jeune n’est pas la seule personne à devoir faire face aux changements. Les parents et la famille, les pairs, les adultes à l’école et les médecins partagent le même problème. Ils doivent tous coopérer.

  • La famille doit avoir conscience que tout adolescent cherche et trouve des espaces affectifs et expressifs auprès de ses pairs, et non pas uniquement au sein de la famille. Mais cette dernière peut offrir des exemples positifs et continuer à fixer et maintenir des règles (avant tout pour elle-même !) contre lesquelles l’adolescent lutte mais qui lui sont nécessaires.
  • L’adolescent doit comprendre que son besoin d’être accepté est un sentiment tellement déroutant qu’il se sent rarement « bien », et qu’il a besoin de rechercher des modèles culturels d’identification parmi ses pairs.
  • L’école peut apporter sa contribution :
    • à la cantine : en rendant les choix d’aliments sains plus facilement disponibles ;
    • dans les distributeurs automatiques : en remplaçant les aliments de mauvaise qualité nutritionnelle par des aliments sains.
  • Les médecins, enfin, doivent apprendre à être des enseignants sans éduquer, des experts sans en faire étalage, à écouter plus qu’à parler, à rechercher des stratégies communes plutôt qu’a en imposer.
Andrea Vania
Centre de diététique et de nutrition pédiatrique, Service de pédiatrie, Hôpital Umberto I et Université Sapienza, ITALIE
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