N° 197 | mai 2019

Les 1 000 premiers jours de la vie, période cruciale pour la prévention des maladies chroniques

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Durant les dernières décennies, la diminution des maladies infectieuses a été suivie d’une augmentation significative précoce des maladies chroniques : l’obésité, le diabète¹, les maladies cardiovasculaires et les cancers2,3. Les nouveaux modes de vie et habitudes alimentaires ne suffisent pas à expliquer ce fait auquel contribuent l’épigénétique et les origines embryo-foetales des maladies adultes (DOHaD)4.

La nutrition durant les 1 000 premiers jours : durable et irréversible

Dans le modèle épigénétique, l’expression du génome embryo-foetal est modifiée en réponse aux sollicitations et aux informations (en particulier d’origine nutritionnelle) de l’environnement dans lequel il se développe. Ces changements dans l’expression du génome peuvent avoir des répercussions ultérieures positives ou négatives.

Les 1 000 premiers jours (de la conception à la fin de la seconde année de vie), durant lesquels ont lieu la mise en place et le développement de la programmation métabolique et des caractéristiques biologiques et physiques du fœtus puis de l’enfant, sont essentiels.

La prévention primaire doit constituer un ensemble de stratégies réduisant l’exposition aux facteurs de risque pendant les 1 000 premiers jours, période clé pour améliorer la santé des enfants et des générations suivantes.

Une nutrition inadéquate pendant cette période a un impact durable et susceptible d’être irréversible, car elle affecte le développement des organes et des voies métaboliques, y compris cérébrales.

Impact de l’alimentation et de l’état de santé des parents sur la santé de l’enfant

L’apport approprié de nutriments et de micronutriments pendant les 1 000 premiers jours de vie influe sur la formation adéquate des circuits neuronaux et la disponibilité des neurotransmetteurs. Une nutrition maternelle de mauvaise qualité, l’obésité et le diabète de type 2 chez l’un des parents, la présence de polluants (métaux lourds, perturbateurs endocriniens...) dans les chaînes alimentaires et l’atmosphère, peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé des enfants, voire des générations ultérieures5. Quelques-uns des agents épigénétiques favorisant le développement des maladies chroniques sont déjà clairement identifiés 6.

Influence de l’alimentation de la première année de la vie sur la santé et les futures habitudes alimentaires de l’enfant

Un apport excessif en protéines durant la première année de vie semble favoriser un rebond d’adiposité précoce suivi du développement de l’obésité. L’allaitement au sein semble le principal facteur de protection contre l’obésité de par la teneur en protéines relativement faible du lait maternel et de ses spécificités dans la régulation du système de la satiété7. Au cours du dernier trimestre de grossesse, le fœtus est capable de percevoir les différences de goût dans le liquide amniotique reflets des préférences alimentaires de sa mère. Le même phénomène se poursuit via le lait maternel. En revanche, le nourrisson nourri avec un lait 1er âge perçoit un goût uniforme et pourra ne pas aimer des saveurs différentes introduites lors de la diversification8,9.

Si l’existence d’une période unique de «programmation» du goût ou de différentes périodes de «reprogrammation» sensorielle n’est pas encore certaine, après l’âge de 3 à 4 ans, les habitudes alimentaires ont tendance à la stabilité2,10.

Une alimentation saine et variée, particulièrement riche en F&L, durant la grossesse et l’allaitement est très importante pour faciliter l’acceptation et la consommation par les enfants des aliments sains. Cette stratégie est essentielle pour la transmission et le maintien d’une bonne santé, de génération en génération.

Marie-Laure Frelut
Pédiatre, nutritionniste, ECOG (Groupe Européen de l’Obésité Infantile) - Service d’endocrinologie pédiatrique, Hôpital Bicêtre-Université Paris Sud - FRANCE
Margherita Caroli
Pédiatre et nutritionniste, Département de Prévention, Azienda Sanitaria Locale, Brindisi, ITALIE
  1. Burgio E. Il Pediatra 2012;4:35-40.
  2. Kaatsch P. Cancer Treat Rev. 2010 Jun;36(4):277-85. doi: 10.1016/j.ctrv.2010.02.003
  3. Gluckman PD, Hanson MA. Pediatr. Res. ( 2004); 56:311–17.
  4. Burgio E. Ambiente e Salute. Inquinamento, interferenze sul genoma umano e rischi per la salute. Capitolo 7 Verso un nuovo “Paradigma”: Epigenetica e Rivoluzione Epidemiologica del XX Secolo (PARTE B) CG Edizioni Medico Scientifiche (Torino) (2013) pag 61-67.
  5. Koletzko B, et al. Proceedings of the Nutrition Society 2012; 71, 371–78.
  6. Caroli M & Vania A. Weaning Practices and Later Obesity. https://ebook.ecog-obesity.eu/chapter-nutrition-food-choices-eating-behavior/weaning-practices-later-obesity/
  7. Short and long term effects of breastfeeding: a systematic review. World Health Organization 2013.
  8. Mennella JA. Ontogeny of taste preferences: basic biology and implications for health. Am J Clin Nutr. 2014;99:S704–711.
  9. Ventura AK, Worobey J. Curr Biol. 2013;23:R401-8.
  10. Dominguez PR. Am J Clin Nutr 2011;93:909–10.
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