N° 154 | juin 2015

Densité énergétique alimentaire : une cible potentielle des interventions de santé publique

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La prévalence de l’obésité et des maladies cardiovasculaires s’accroît rapidement dans le monde. Si l’on considère généralement le déséquilibre énergétique comme principal responsable, des comportements alimentaires de plus en plus malsains pourraient également contribuer à cette évolution. L’alimentation est néanmoins complexe à évaluer et l’évaluation des comportements alimentaires individuels ne fournit que peu d’informations, tandis que des mesures plus globales sont rares. Il est donc important d’évaluer et de suivre les comportements alimentaires au sein même des populations.

La densité énergétique, un reflet de la qualité nutritionnelle de l’alimentation

Il existe une association directe entre la densité énergétique (DE) des aliments (quantité de calories par unité de poids) et l’obésité ainsi que le syndrome métabolique 1. Une DE élevée serait également associée à une mauvaise d’alimentation 2,3, incluant une consommation réduite de fruits et légumes et un style de vie malsain 4. De plus, on pense que la DE refléterait la qualité nutritionnelle de l’alimentation 5,6. Les estimations de la DE pourraient donc être utilisées pour indiquer des comportements alimentaires globaux. Ceci nous permettrait de déceler les tendances séculaires de l’alimentation et d’examiner les comportements dans diverses populations réparties selon des critères spécifiques comme l’âge. Identifier les composants alimentaires qui modulent la DE au sein de populations autonomes peut être utile pour expliquer l’évolution des valeurs de la DE avec le temps, ce qui pourrait aider à adapter les recommandations de santé publique dans le but d’améliorer l’alimentation.

Estimation des DC, des tendances et des déterminants alimentaires

Les données d’un groupe d’enquêtes nationales sur la consommation alimentaire menées en Irlande (www.iuna.net), ont permis d’estimer les DE chez 2395 garçons, filles, hommes et femmes âgés de 5 à 90 ans. Dans chaque enquête, la consommation alimentaire a été évaluée grâce à des registres alimentaires détaillés permettant d’estimer précisément les poids des portions.

Des estimations de DE élevées étaient associées à des apports énergétiques plus importants. Elles l’étaient également à une plus forte proportion d’énergie provenant des matières grasses, des féculents et des sucres, ainsi qu’une moindre proportion énergétique provenant des protéines et des fibres alimentaires. Des DE élevées étaient liées à des consommations plus importantes de pain blanc, de céréales raffinées au petit déjeuner, de charcuterie, de chips, de biscuits apéritifs, de chocolat, de sucreries, de boissons sucrées et alcoolisées, et à de plus faibles consommations de légumes, de fruits, de soupe, de pommes de terre, de viande fraîche, de pain complet, de poisson, d’oeufs, de légumineuses, de céréales cuisinées au petit déjeuner (comme le porridge) et de noix.

Les estimations de DE étaient inversement liées au groupe d’âge et constamment plus élevées chez les hommes que chez les femmes. Les différences au niveau des consommations de fruits, de légumes et de boissons sucrées contribuaient le plus à la variance des estimations de DE. Elles expliqueraient en grande partie les différences d’estimations de DE selon l’âge et entre les hommes et les femmes. D’autres résultats de notre étude ont révélé que les estimations de DE étaient remarquablement similaires dans deux enquêtes comparables menées à 10 ans d’intervalle chez des Irlandais adultes (18-64 ans).

Implications pour la santé publique et les politiques de santé :

Les consommations de fruits, de légumes et de boissons sucrées ont la plus forte influence sur la DE au sein de la population irlandaise. Elles constitueraient donc une cible potentielle des interventions de santé publique.

Dans la population irlandaise, les tendances des estimations de DE étaient inversement liées à l’âge et étaient plus faibles chez les femmes que chez les hommes. Il n’y a pas eu de modification notable à 10 ans d’intervalle ce qui suggère l’absence d’effet générationnel et la présence d’une tendance selon l’âge. Les estimations de DC selon l’âge et le sexe de notre étude peuvent servir comme base de comparaison pour d’autres études et être utilisées dans des campagnes de santé publique.

Laura O’Connor
Ecole d’Alimentation et de Nutrition, University College, Cork, RÉPUBLIQUE D’IRLANDE & Unité d’Epidémiologie du Conseil de Recherche Médical, Université de Cambridge, Cambridge, ROYAUME UNI
Janette Walton
Ecole d’Alimentation et de Nutrition, University College, Cork, RÉPUBLIQUE D’IRLANDE
L. O’Connor, J. Walton and A. Flynn (2015) Dietary energy density: estimates, trends and dietary determinants for a nationally representative sample of the Irish population (aged 5–90 years) British Journal of Nutrition. 113: 172–18
  1. Mendoza JA, Drewnowski A, Christakis DA (2007) Dietary energy density is associated with obesity and the metabolic syndrome in US adults. Diabetes Care 30: 974-979
  2. Ledikwe JH, Blanck HM, Khan LK, et al. (2006) Low-energy-density diets are associated with high diet quality in adults in the United States. J Am Diet Assoc 106: 1172-1180
  3. Schroder H, Vila J, Marrugat J, Covas MI (2008) Low energy density diets are associated with favorable nutrient intake profile and adequacy in freeliving elderly men and women. J Nutr 138: 1476-1481
  4. Schroder H, Covas M, Elosua R, Mora J, Marrugat J (2008) Diet quality and lifestyle associated with free selected low-energy density diets in a representative Spanish population. Eur J Clin Nutr 62: 1194-1200
  5. Patterson E, Warnberg J, Poortvliet E, Kearney JM, Sjostrom M (2010) Dietary energy density as a marker of dietary quality in Swedish children and adolescents: the European Youth Heart Study. Eur J Clin Nutr 64: 356-363
  6. O’Connor L, Walton J, Flynn A (2013) Dietary energy density and its association with the nutritional quality of the diet of children and teenagers. Journal of Nutritional Science 2: e10
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