N° 154 | juin 2015

Qualité de l’alimentation chez les adultes dans 187 pays entre 1990 et 2010

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L’objectif de notre étude était de caractériser l’ensemble des tendances alimentaires, au niveau national et régional, en 1990 et en 2010 dans 187 pays et d’évaluer les variations selon l’âge, le sexe, le niveau de revenu et le régime alimentaire.

325 enquêtes examinées couvrant 88.7% de la population adulte globale

La consommation alimentaire a été évaluée à partir de 325 enquêtes (71,7% représentatives à l’échelon national) couvrant 88,7% de la population adulte globale.

Deux types de modèles alimentaires ont été évalués :

  • L’un reflétant une forte consommation d’aliments sains (10 critères)
  • L’autre, une moindre consommation d’aliments malsains (7 critères) – cf. Tableau 1

Les consommations moyennes de chaque critère ont été divisées en quintiles. Chaque quintile a reçu un score; les plus élevés étant équivalents à une alimentation plus saine, allant de 0 (la moins saine) à 100 (la plus saine). Les habitudes alimentaires ont été évaluées en utilisant un modèle de régression linéaire hiérarchisé selon les variables suivantes : pays, âge, sexe, revenu national et temps.

En 20 ans, l’alimentation basée sur des critères sains a augmenté et la consommation de produits malsains s’est accrue

Entre 1990 et 2010, nous avons observé une augmentation modeste de la consommation d’aliments et de nutriments sains au cours de ces deux décennies (+ 2,2 points, Intervalle de confiance à 95% (IdC 95%) 0,9–3,5). Au contraire, les habitudes alimentaires basées sur des produits malsains se sont aggravées (-2.5; IDC 95% -3,3 à -1,7), indiquant une augmentation concomitante de la consommation de ces aliments malsains. En 2010 les scores globaux moyens étaient de 44,0 (Écart-type (ET) de 10,5) pour les aliments sains et 52,1 (ET: 18,6) pour les aliments malsains, avec une faible corrélation (r=–0,08) entre les pays.

Des tendances alimentaires très hétérogènes entre les différentes régions du monde

Nous n’avons observé qu’une faible corrélation entre les tendances de différents pays (r=–0,08 globalement, limites : –0,15 à 0,09 selon les quatre catégories de revenus nationaux; p>0,05 à chaque fois). Ces tendances ne variaient pas significativement selon l’âge ou le sexe (p>0,4 à chaque fois) mais variaient de manière significative selon le revenu national (p<0,02 chaque fois). Les nations ayant les revenus les plus élevés montraient des améliorations plus importantes au niveau des aliments sains que les nations ayant de moindres revenus.

Dans la plupart des régions du monde, il y a eu des améliorations modestes au niveau des aliments sains, entre 1990 et 2010. Ces améliorations n’étaient pas notées dans les régions les plus pauvres, dont l’Afrique subsaharienne et les pays andins d’Amérique du Sud. Au contraire, la majorité des régions du monde ont montré un déclin significatif de la qualité de l’alimentation avec une consommation accrue d’aliments malsains. Il existe quelques exceptions dans les régions les plus riches du monde comme les États-Unis et le Canada, l’Europe de l’Ouest, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, où il y a eu une diminution modeste de la consommation de ces aliments malsains.

Un bon point chez les personnes âgées et les femmes

En moyenne, nous avons observé une meilleure alimentation chez les personnes âgées comparées aux jeunes adultes et chez les femmes comparées aux hommes de manière significative (p<0,0001).

À notre connaissance, c’est la première fois que les habitudes alimentaires des adultes ont été évaluées dans le monde entier. Les habitudes et les tendances alimentaires de 187 pays ont varié de manière significative entre 1990 et 2010 selon la consommation d’aliments sains ou malsains. Les variations globales étaient largement indétectables si on se basait sur une simple mesure de la qualité de l’alimentation comme dans les études précédentes 1,2.La santé publique globale devrait reconnaître l’importance de différentes tendances alimentaires, basées sur la notion d’aliments sains ou malsains, identifier les facteurs qui déterminent cette diversité et améliorer les stratégies afin d’élaborer un ensemble d’actions globales, transnationales et domestiques, s’intéressant aussi bien aux aliments sains que malsains.
Fumiaki Imamura
Unité d’Épidémiologie du Conseil de Recherche Médical, Institut du Métabolisme, École de Médecine Clinique de l’Université de Cambridge, Campus Biomédical de Cambridge, Cambridge, ROYAUME-UNI
collaborateurs
Imamura F., Micha R., Khatibzadeh S., Fahimi S., Shi P., Powles J., Mozaffarian D.; Global Burden of Diseases Nutrition and Chronic Diseases Expert Group (NutriCoDE). Dietary quality among men and women in 187 countries in 1990 and 2010: a systematic assessment. Lancet Glob Health. 2015 Mar;3(3):e132-42.
  1. Vandevijvere S, Monteiro C, Krebs-Smith SM, et al. Monitoring and benchmarking population diet quality globally: a step-wise approach. Obes Rev 2013; 14:135–49.
  2. Contribution O, Teo K, Lear S, et al. Prevalence of a healthy lifestyle among individuals with cardiovascular disease in high-, middle- and low-income countries: the Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) study. JAMA 2013; 309:1613–21
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