N° 77 | mai 2008

Distance de l’épicerie et consommation de fruits et légumes des adolescents : quels médiateurs interviennent ?

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Aux Etats-Unis, de nombreux enfants ne consomment pas 5 portions de fruits et légumes par jour. Les modèles comportementaux habituels n’expliquent qu’un faible pourcentage de la variabilité de cette consommation chez les enfants. Une meilleure connaissance des facteurs influençant la consommation de fruits et légumes chez les jeunes et de leurs interactions est nécessaire pour concevoir les interventions.

Des études limitées

A ce jour, les études ont été limitées par l’analyse séparée des influences psychosociales et environnementales sur la consommation des fruits et légumes. La théorie cognitive sociale suggère que l’association entre les variables environnementales et le comportement pourrait être directe ou indirecte (i.e. facilitant ou tempérant). Une association indirecte suggérerait que cette association est modulée par d’autres facteurs, comme les variables psychosociales ou la disponibilité des fruits et légumes à domicile.

L’objectif de notre étude a été d’examiner l’association entre l’éloignement des magasins d’alimentation et des restaurants et la consommation des fruits et légumes ainsi que le rôle médiateur possible des variables psychosociales et de la disponibilité à domicile.

L’alimentation de 204 louveteaux

La consommation de fruits et légumes a été évaluée en 2003 chez 204 louveteaux au moyen d’un questionnaire de prise alimentaire. Les adresses des participants ont été cartographiées et l’éloignement des différents types de magasins d’alimentation et de restaurants a été évalué. Les préférences pour les fruits et légumes, la disponibilité à domicile et l’efficacité personnelle ont été mesurées. Des modèles d’analyse par régression ont été utilisés avec « délétion rétrograde » de variables environnementales et psychosociales non-significatives ainsi que des tests de médiation.

La consommation des fruits et légumes est inversement corrélée avec la distance de l’épicerie

Habiter loin d’un petit magasin d’alimentation (épicerie ou mini market) est associé à une consommation accrue de fruits, de jus et de légumes à faibles teneurs en lipides, alors que demeurer a proximité d’un supermarché n’était associé à aucune de ces variables. On considère que les comportements d’achats sont conditionnés par l’approvisionnement des magasins d’alimentation locaux et leurs offres de service. Si c’était vrai, les comportements alimentaires seraient liés à la distance d’un supermarché, puisque les personnes devraient effectuer des trajets plus longs pour faire leurs courses habituelles. Nos données ne vont pas dans ce sens. Cependant, nous avons montré que la consommation des fruits et légumes était inversement corrélée avec la distance de l’épicerie du quartier. Comme ces petits magasins ont un approvisionnement limité en fruits et légumes, l’éloignement limiterait la consommation d’aliments à haute teneur en calories, qui ont un impact négatif sur la consommation de fruits, de jus et de légumes. En outre, chez les adolescents, qui ne conduisent pas, il se peut que l’accès aux petits magasins soit plus facile par rapport aux grandes surfaces qui nécessitent un véhicule (i.e. la ville de Houston).

Des corrélations à clarifier…

26 % de l’association existant entre la distance de l’épicerie la plus proche et la faible consommation de légumes à faible teneur en matière grasse étaient modulés par les préférences. Bien qu’il s’agisse d’une étude transversale, qui ne permet pas d’établir une relation de causalité, les résultats indiquent que les participants qui vivent plus loin des épiceries ont des préférences plus marquées pour les fruits et légumes. Ainsi, les adolescents ayant un moindre accès aux épiceries, qui proposent habituellement de nombreux plats préparés et moins de fruits et légumes, pourraient consommer plus de fruits et légumes [à la maison et dans d’autres endroits] et les préférer. De plus, ce groupe d’adolescents est peut-être moins enclin à aller dans ces petits magasins et y acheter des plats préparés. A l’inverse, il est possible que les familles qui préfèrent les fruits et légumes, choisissent de vivre dans des quartiers éloignés des petites épiceries. Des études supplémentaires sont nécessaires pour clarifier ces corrélations.

Et la restauration rapide ?

Habiter prés d’un établissement de restauration rapide est associé à une consommation accrue de légumes à haute teneur en matières grasses, de fruits et de jus. C’est logique : on y vend des aliments comme les frites. Ainsi, des adolescents vivant à proximité d‘un établissement de restauration rapide seraient plus enclins à y consommer des végétaux riches en lipides, par un simple effet facilitant. La corrélation avec les fruits et les jus est plus difficile à élucider. Il se peut que ce soit dû à la vente des fruits et des jus dans ces restaurants, ou au fait que les enfants rapportent comme consommation de fruits, les desserts fruités et les boissons à saveur fruitée. Des recherches plus poussées sont également nécessaires pour élucider cette question.

Tom Baranowski
Professeur de Pédiatrie, Baylor College of Medicine, US
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