N° 77 | mai 2008

Préserver la santé et l’environnement : même combat !

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Depuis qu’il a quitté son statut de chasseur cueilleur, l’homme a acquis une emprise considérable sur la nature. Certes, d’un côté, les progrès scientifiques et technologiques ont permis une explosion démographique, un accroissement considérable de notre potentiel à produire des aliments, à prévenir ou combattre les maladies… Mais d’un autre, nous maitrisons mal notre influence sur l’environnement et, réciproquement, l’impact de cet environnement sur notre santé…

Notre avenir est incertain

Si les conséquences des activités humaines sur le réchauffement climatique, ou la diminution de la biodiversité, font l’objet d’une préoccupation assez universelle, l’humanité n’a pas réellement trouvé de solutions à ces questions. Autre préoccupation : la capacité de la planète à nourrir ses 9 milliards d’hommes à l’échelon 2050…

Surtout si notre modèle d’alimentation occidentale continue de se développer, si nous ne cessons de perdre des surfaces cultivables et, pis encore, si à l’avenir, l’agriculture est réservée en partie à la production d’agro carburants. Qu’il s’agisse d’environnement ou de ressources alimentaires, notre avenir est incertain. Il l’est aussi pour la santé des populations, certaines souffrant d’un sousdéveloppement économique, voire de famines, d’autres, à l’inverse, d’une maladaptation à un paysage alimentaire devenu trop aseptisé et riche en calories vides, ou à un mode de vie trop sédentaire.

Deux questions essentielles se posent donc aujourd’hui :

  • Quels types de mode de vie et d’environnement sont-ils les mieux adaptés à l’homme ?
  • quelles seraient les manières de vivre et de s’alimenter les plus compatibles avec une préservation de l’environnement ?

Vaste problématique ! Au sujet de l’alimentation, nous voudrions tenter de l’éclairer un peu.

Les contours d’une alimentation durable

Jusqu’à présent, on a largement ignoré que nos choix alimentaires - partant du champ jusqu’au traitement des déchets des repas - étaient responsables de plus de 30% des émissions des gaz à effet de serre, sans parler des diverses pollutions. Notre manière de cultiver les champs, d’élever les animaux, de transporter, transformer, emballer, distribuer ou préparer les aliments n’est pas neutre pour la planète, ni sans conséquences pour la santé.

Il est donc temps de décrire les contours d’une alimentation durable, adaptée à la préservation de l’environnement et de la santé. Il faut alors définir :

  • les modes alimentaires les plus sûrs au plan de la santé ;
  • les modes de production à développer pour préserver la fertilité des sols, assurer la sécurité des approvisionnements et diminuer l’impact sur l’environnement ;
  • la nature des transformations à privilégier pour ne pas dégrader la qualité nutritionnelle des aliments ;
  • la diversification des circuits d’approvisionnement conduisant à une offre alimentaire plus équilibrée ;
  • la gestion des ressources de proximité pour réduire le coût des transports et améliorer l’offre en produits de terroir et de saison ;
  • les moyens de permettre aux agriculteurs ou aux intermédiaires de percevoir une rémunération normale.

A travers ces grandes questions, on comprend que notre vision de la question alimentaire est trop partielle et que beaucoup de recommandations alimentaires demeurent inefficaces face à un paysage alimentaire trop imparfait.

Organiser la production en fonction de la nutrition préventive

Premier socle d’une alimentation durable : organiser la production alimentaire en fonction de la nutrition préventive qui représente la manière de s’alimenter pour assurer un bon fonctionnement de l’organisme et préserver la santé. Elle nous enseigne que la seule façon pour l’homme de bien se nourrir est d’utiliser une large gamme de produits végétaux naturels (produits céréaliers, légumes secs, féculents divers, fruits, légumes, graines et fruits oléagineux) complétée par des apports modérés de produits animaux et d’huiles végétales. En exploitant la diversité et la qualité nutritionnelle de ces aliments, on peut composer des milliers de recettes correspondant à une grande partie des cuisines du monde ce qui facilite l’adoption de régimes équilibrés protecteurs.

Il faut prendre conscience que les aliments n’ont pas tous la même efficacité agronomique : il faut, par exemple, plus de 10 fois plus de surface pour produire un kilo de protéines animales que de protéines végétales. Inutile d’exporter notre modèle occidental de grands consommateurs de produits animaux ! Par contre, apprenons à consommer plus de légumes secs, ce qui sera à la fois bon pour l’environnement et bénéfique pour notre santé. Autre exemple : l’efficacité agronomique et écologique du maraîchage de plein champ en légumes de saison. Doubler la consommation en fruits et légumes ne nécessiterait finalement que peu de surface. Compte tenu de l’efficacité de ces aliments en termes de gestion de santé publique, on s’attendrait à une politique agricole qui facilite l’accessibilité aux fruits et légumes.

Travailler la terre comme un jardin nourricier que l’on préserve

Certes, il faut réduire la consommation de produits animaux si elle est trop élevée… Mais il faut surtout veiller à ce que les produits transformés ne fassent pas de concurrence déloyale aux produits naturels. On pourrait presque dire qu’il faut travailler la terre comme un jardin nourricier que l’on préserve et dans lequel on puise une richesse extraordinaire de micronutriments protecteurs.

A l’heure de la prise de conscience écologique générale, il n’y a pas d’autre voie pour l’humanité que de développer une agro écologie, tournée vers la satisfaction des besoins nutritionnels de l’homme. A nous d’organiser la chaîne alimentaire en conséquence, d’adopter de bons comportements alimentaires, de développer une éducation nutritionnelle fondée sur une vision globale et durable de l’alimentation. Il est temps de se mobiliser dans notre vie quotidienne, en privilégiant la consommation de produits naturels ou en réduisant celle de produits transformés. Il est temps aussi d’interpeller nos politiques sur ce sujet dans une période propice aux grands débats de société.

Christian Rémésy
Directeur de recherche - INRA - FRANCE
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