N° 176 | juin 2017

Diversification alimentaire: une période clé pour l’introduction des légumes

Les parents veulent faire au mieux pour leurs enfants et il leur est conseillé d’introduire les aliments solides après 6 mois d’allaitement. Au début de la diversification alimentaire, les parents utilisent diverses méthodes pour encourager leurs enfants à accepter les aliments solides. Dans certaines cultures, il est habituel de prémâcher les aliments avant de les donner aux nourrissons ; dans d’autres, les légumes sont préparés en purée et donnés à la cuillère pendant la période de sevrage. Récemment, les parents adoptent la diversification menée par l’enfant (DME), en fournissant aux bébés des petits aliments solides qu’ils peuvent manger avec les doigts, de manière à encourager leur autonomie dès le début.

Les parents doivent être attentifs

Alors que la plupart des recommandations en matière de sevrage portent davantage sur la période à partir de laquelle il convient d’introduire des aliments solides, les principes directeurs pour l’alimentation complémentaire de l’enfant allaité publiés par l’OMS 1 donnent des conseils sur la manière d’introduire ces aliments et en quelle quantité (Figure 1). Une alimentation active implique d’être attentif à la manière dont les nourrissons expriment leurs besoins ainsi que leurs goûts et aversions. Pour ce faire, les parents doivent être capables d’identifier, d’interpréter et satisfaire les signaux de la faim, de l’appétit et de la satiété, ainsi que les préférences personnelles (voir Hetherington, 2017).

Une occasion exceptionnelle de goûter de nouveaux aliments

Il est difficile d’introduire les légumes en quantités suffisantes lorsque les enfants sont en âge d’aller à l’école, car ils sont rebutés par leur goût amer et leur texture inhabituelle 2. Mais, l’introduction de légumes variés pendant la diversification alimentaire favorise leur acceptation durant cette période, ce qui offre à l’enfant une occasion exceptionnelle de goûter de nouveaux aliments, particulièrement des légumes. A 6 mois, les bébés sont curieux d’essayer de nouveaux aliments et posent les bases d’une alimentation saine. En outre, les préférences établies au début de la vie se maintiennent par la suite. Ainsi lorsque les parents proposent une grande variété de légumes pendant les 10 premiers jours de la diversification, plutôt qu’aucun légume ou des légumes peu variés, les enfants les acceptent davantage et en consomment plus pendant une période pouvant durer 6 ans 3.

Ajouter des légumes au lait ou au riz

Au Royaume-Uni, la plupart des mères commencent par proposer à leur enfant du riz ou des fruits, probablement dans l’espoir que cette première expérience plaira au bébé. Le riz pour les bébés, composé de lait maternel ou maternisé, peut constituer une transition entre l’allaitement et les aliments solides, et les fruits sont naturellement sucrés. Or, en commençant par des légumes, les parents ont plus de chances de faciliter l’acceptation de ces aliments à un moment crucial : lorsque l’enfant découvre les différents goûts 4. En France, les mères disent ajouter des légumes dans le lait peu avant le sevrage. Nous avons essayé cette méthode chez un petit échantillon de mères britanniques en ajoutant systématiquement des légumes (cuits en purée) dans le lait pendant 12 jours, puis du riz pour bébés pendant 12 jours. Résultat: les enfants appréciaient davantage les légumes et en mangeaient plus que ceux du groupe témoin. Les enfants qui avaient reçu des légumes selon cette méthode présentaient moins d’expressions faciales négatives, adoptaient un comportement plus positif et mangeaient plus rapidement les légumes lors de séances filmées en laboratoire 5. Par conséquent, même si les mères rechignent parfois à privilégier les légumes dans l’introduction des aliments solides 6, elles peuvent le faire progressivement afin que leur bébé accepte leurs saveurs pures et variées.

En conclusion, lorsque la période d’allaitement prend fin, l’alimentation complémentaire constitue une occasion optimale d’introduire en premier lieu et souvent une variété de légumes, inciter les enfants à apprécier et manger ces aliments, posant ainsi les bases d’une alimentation saine.

Marion M. Hetherington
Institut de Sciences Psychologiques, Université de Leeds, ROYAUME-UNI
  1. OMS, & Dewey, K. (2001). In Journal of Clinical Nutrition (pp. 1–37). https://doi.org/10.1017/S1368980011002485.
  2. Evans, C. E. L., Christian, M. S., Cleghorn, et al (2012). The American Journal of Clinical Nutrition,96(4), 889–901. https://doi.org/10.3945/ajcn.111.030270.
  3. Maier-Nöth A, Schaal B, Leathwood P et al. (2016). PLoS ONE 11: e0151356.
  4. Schwartz C, Madrelle J, Vereijken CMJL et al. (2013). Appetite 71:321-331.
  5. Hetherington MM, Schwartz C, Madrelle J et al. (2015). Appetite 84: 280-290.
  6. Chambers, L., Hetherington, M., Cooke, L., et al (2016). Nutrition Bulletin, 41(3), 270–276. https://doi.org/10.1111/nbu.12220.
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