N° 173 | mars 2017

Impact bénéfique de la consommation de fruits et légumes sur la dépression et le tabagisme

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Les connaissances ne cessent de confirmer les bienfaits des fruits et légumes (F&L) sur la santé. Il a été démontré depuis longtemps qu’une consommation élevée de F&L protège des maladies chroniques et mentales, tout en favorisant plus globalement la santé physique et psychologique 1,2.

Comme nous l’exposons dans cet article, plusieurs études récentes suggèrent que les F&L peuvent être utiles dans la prévention du tabagisme et de la consommation de drogues. En outre, nous explorons plus en détail les explications possibles des mécanismes neurobiologiques et psychologiques mis en jeu.

Dans le cadre de notre étude, l’examen de la littérature révèle un lien entre la consommation de F&L et la diminution, voire la disparition, du tabagisme et de la dépression.

Par exemple, la consommation de F&L est associée à une réduction des symptômes dépressifs 3 et à un arrêt du tabagisme 4.

De plus chez les personnes présentant des antécédents de dépression, les chances d’arrêter de fumer sont inférieures, comparativement aux personnes n’ayant aucun antécédent de dépression 5.

Les F&L atténuent le lien entre symptômes dépressifs et tabagisme

Notre étude récente a montré que parmi les fumeurs consommant beaucoup de F&L, il n’existait aucun lien entre les symptômes dépressifs et la fréquence du tabagisme, ni entre les symptômes dépressifs et l’arrêt du tabagisme. En revanche, chez les fumeurs consommant peu de F&L, il existe une relation positive entre les symptômes dépressifs et la fréquence du tabagisme et une association inverse avec l’arrêt du tabagisme. Par conséquent, parmi les fumeurs consommant moins de F&L, ceux qui présentent des symptômes dépressifs plus élevés fument davantage et sont moins susceptibles d’arrêter de fumer. Des liens qui persistent après ajustement des données en fonction des comportements en rapport avec la santé et des caractéristiques démographiques communes.

Un changement même léger de consommation de F&L peut être bénéfique à l’arrêt du tabac

Dans des analyses transversales, l’effet de modération sur la fréquence du tabagisme était observé à partir d’une consommation de F&L 4,9 fois par jour, qui correspond aux recommandations générales. Il peut s’agir là d’une simple coïncidence, ou de l’aspect scientifique des 5 portions de F&L recommandées au quotidien. Pour le lien entre consommation de F&L et arrêt du tabagisme, le seuil longitudinal était très bas : des F&L 1,2 fois par jour. Ce résultat est conforme à notre précédente étude menée sur un échantillon national différent, chez qui l’arrêt du tabagisme était observé à partir d’un seuil longitudinal bas (des F&L 1,9 fois par jour) 4. Notre étude précédente avait également montré un lien inverse entre la consommation de F&L et 3 mesures de la dépendance à la nicotine (plus la consommation de F&L est élevée, plus faible est la dépendance à la nicotine). De plus la dépendance à la nicotine est elle aussi associée à la dépression.

Ces observations longitudinales, ainsi que le lien avec la dépendance à la nicotine, peuvent expliquer les résultats des analyses transversales. Il est possible qu’en cas de consommation élevée de F&L, le nombre de fumeurs diminue lorsque les symptômes dépressifs sont éliminés, sachant que ces derniers sont un obstacle à l’arrêt du tabagisme. Le seuil bas suggère également qu’un changement même léger peut être nécessaire à un arrêt du tabagisme associé à la consommation de F&L, hypothèse qu’il conviendrait d’étudier davantage. L’explication la plus claire et tangible concernant nos résultats est à chercher dans la neurobiologie de l’alimentation, de la consommation de drogues, de l’humeur et de la santé mentale.

La neurobiologie : le lien possible entre F&L, dépression et tabagisme ?

Le tabagisme et la consommation d’aliments sucrés, comme les fruits, favorisent une libération de dopamine, engendrant une sensation de plaisir ou un affect positif, tout en réduisant l’affect négatif, ce qui augmente ou inhibe certains symptômes dépressifs. Le tabagisme peut réduire l’envie de consommer des fruits, et vice-versa : les études ont montré que la consommation de fruits peut réduire la sensation de plaisir associée au tabac (le tabac a alors un goût moins agréable).

Les substances chimiques présentes dans les fruits, comme la vitamine C, interagissent également avec le système dopaminergique. Par ailleurs, la sérotonine joue un rôle de médiateur dans l’effet de la dopamine et modère les humeurs et affects négatifs. Les études ont montré que les F&L et le tabagisme inhibent les monoamines oxydases, augmentant ainsi les niveaux de dopamine et de sérotonine.

On peut émettre l’hypothèse qu’une consommation élevée de F&L pourrait être une alternative au tabagisme en tant qu’inhibiteur des monoamines oxydases, atténuant ainsi, voire éliminant, le lien entre tabagisme et dépression. Les références et mécanismes décrits ici sont présentés et débattus plus en détail dans la publication dont est issu cet article.

L’augmentation des F&L permettrait d’arrêter plus facilement de fumer ?

Au vu de nos résultats, dans le contexte de la neurobiologie sous-jacente, il est possible qu’une consommation élevée de F&L réduise l’influence de la dépression ou des symptômes dépressifs, qui sont un obstacle à l’arrêt du tabagisme. Globalement, ces mécanismes neurobiologiques suggèrent que chez les fumeurs qui consomment davantage de F&L, la hausse des affects positifs et la baisse des affects négatifs peuvent réduire le besoin du tabac.

Il conviendrait désormais de mener une étude expérimentale afin de voir si l’augmentation des F&L permet d’arrêter plus facilement de fumer. Cette démarche serait particulièrement pertinente parmi un échantillon de fumeurs présentant des antécédents de dépression ou un manque intense.

Étant donné les divers bienfaits des F&L sur la santé, nous recommandons aux fumeurs d’augmenter leur consommation de F&L pour atteindre des niveaux sains, afin de voir si leur humeur est améliorée et s’ils parviennent plus facilement à arrêter, en consultant éventuellement leur médecin ou un diététicien. Par exemple, nous leur recommandons de manger un fruit ou légume à chaque fois qu’ils ont envie de fumer, tout en consommant également des F&L à tous les repas. Compte tenu des liens inverses entre consommation de F&L, dépression et tabagisme, et de la neurobiologie sous-jacente, il est possible que les F&L soient également associés à un effet protecteur face à d’autres maladies mentales et addictions.

Jeffrey P. Haibach
Département des anciens combattants, Washington, DC, ÉTATS-UNIS
collaborateurs
Haibach JP, Homish GG, Collins RL, Ambrosone CB, Giovino GA. (2016) Fruit and vegetable consumption as a moderator of the association between depressive symptoms and cigarette smoking. Substance Abuse. 2016;37(4):571-578.
  1. He FJ, et coll. J Hum Hypertens 2007;21(9):717-28.
  2. Jacka F, et coll. Psychosom Med. 2011;73:483–490.
  3. Merrill RM, et coll. 2008;24:314–321.
  4. Haibach JP, et coll. Nicotine Tob Res. 2013;15:355–363.
  5. Hitsman B, et coll. Addiction. 2013;108:294–306.
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