N° 173 | mars 2017

Quand les fruits et légumes réduisent les risques cardio vasculaires chez les diabétiques de type 2

Le diabète de type 2 est une cause de morbidité et de mortalité prématurée en augmentant principalement le risque de maladie cardio vasculaire (MCV). De précédentes études ont démontré l’efficacité de certaines approches diététiques, comme le régime DASH (Dietary Approach to Stop Hypertension) ou le modèle méditerranéen, pour réduire le risque cardio vasculaire chez des sujets notamment diabétiques. Un point commun de ces régimes est d’accroitre la consommation de fruits et légumes (F&L). Un grand nombre d’études ont, en outre, démontré de manière indépendante les bénéfices pour la santé d’une alimentation riche en F&L en utilisant le taux plasmatique de vitamine C comme un marqueur objectif de leur consommation. Plus récemment, on a considéré la variété de consommation de F&L, plus que leur quantité, pour étudier la relation avec le diabète et les MCV.

Cependant aucune étude n’avait examiné les relations entre des mesures répétées de la consommation de F&L, en quantité et en variété, avec les facteurs de risque cardio vasculaire (FRCV), parmi des sujets diabétiques sur un suivi de 5 années, en utilisant les taux de vitamine C comme bio marqueur. C’est ce que vient de faire une équipe de l’Université de Cambridge dans une étude récemment publiée.

401 diabétiques nouvellement diagnostiqués

Pour ce faire, ils ont étudié une cohorte de patients diabétiques, issue de l’étude ADDITION-Cambridge (Anglo-Danish-Dutch Study of Intensive Treatment in People with Screen-Detected Diabetes in Primary Care) pour examiner la relation longitudinale entre la quantité et la variété de F&L consommés, les taux de vitamine C et les FRCV chez des diabétiques suivis pendant 5 ans.

A partir de cette vaste étude, 603 individus détectés diabétiques par dépistage (c’est-à-dire nouvellement diagnostiqués) ont été inclus. Les 401 sujets ayant complété tous les critères ont été suivis pendant 5 ans. Ils ont été randomisés en deux groupes.

  • Le groupe traitement intensif (n=177) devait suivre un régime intensif pour réduire et contrôler les FRCV (glycémie et taux de lipides sanguins) et étaient particulièrement encouragé à consommer au moins 5 portions de F&L par jour.
  • Le groupe classique (n=224) était invité à suivre les recommandations anglaises pour la prise en charge du diabète.

L’âge moyen des participants était de 61.4 ans au départ et 57% étaient des hommes. Leur consommation de F&L a été évaluée par un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire validé à 130 items et cotée avec un score de 1 à 9, allant de «jamais ou moins d’une fois par mois» à «plus de 6 fois par jour». La variété a été évaluée par la somme de chaque F&L spécifique (37 items) consommé au moins une fois par semaine. Pommes de terre et jus de fruits n’ont pas été inclus.

Le taux plasmatique de vitamine C a servi de bio marqueur spécifique de la prise de F&L

HbA1c, cholestérol total, HDL et triglycérides ont été dosés. On a également noté la tension artérielle, le poids, la taille, le tour de taille et on a établi des scores de risque cardio-métabolique agglomérés (CCMR) à partir de ces données.

Mesurées à la base, ces données ont été réévaluées à 1 an et à 5 ans.

Une augmentation significative des F&L la première année... mais qui ne s’est pas maintenue

La quantité de F&L consommée a augmenté chez les hommes et les femmes durant la première année de suivi (passant de 489.5 à 555.1 g/j) mais a diminué entre 1 et 5 ans (495 g/j).

Les fruits les plus consommés étaient les pommes, les oranges et les bananes et pour les légumes, les carottes, les petits pois et la salade verte.

A l’inverse de la quantité, la variété consommée s’est maintenue sur les 5 ans aux alentours de 23 à 24 par semaine. Les taux de vitamine C ont augmenté tout au long des 5 ans. Ils étaient faiblement corrélés à la quantité de légumes consommée, mais cette corrélation était un peu plus forte avec les fruits et la combinaison des F&L.

En termes de statistique, chaque augmentation de F&L de 250 g entre le début et la première année et de 270 g entre la première et la cinquième année de suivi était associée à une baisse du tour de taille (-0.92 cm), de l’HbA1c (-0.20%) et du risque CCMR (-0.07) et à 5 ans à une élévation du HDL CT (+0.04 mmol/l). L’élévation du taux de vitamine C était également associée à une augmentation du HDL-CT (0.04 mmol/l) et une diminution du CCMR (-0.07) entre la première et la cinquième année.

Une augmentation modeste de la consommation de F&L est associée à des améliorations cliniques significatives

Même si ces résultats ont leurs limites, cette étude démontre néanmoins qu’une augmentation même modeste de la consommation de F&L est associée à des améliorations cliniques significatives sur un nombre de FRCV importants, comme le tour de taille, l’HbA1c et le HDL-CT. L’augmentation de la consommation de légumes est associée à une amélioration de la TA systolique, alors que celle de fruits améliore les niveaux de triglycérides.

Les interventions doivent donc souligner l’importance d’augmenter - et de maintenir ! - la consommation de F&L pour améliorer la santé cardio métabolique des patients atteints de diabète. Il serait intéressant de mieux comprendre pourquoi les augmentations précoces de cette consommation ne sont pas maintenues sur le long terme afin d’améliorer cet écueil.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
MJE Lamb, SJ Griffin, SJ Sharp, and AJM Cooper. Fruit and vegetable intake and cardiovascular risk factors in people with newly diagnosed type 2 diabetes, European Journal of Clinical Nutrition, Eur J Clin Nutr. 2017 Jan; 71(1): 115–121
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