N° 153 | mai 2015

LE TEMPS : Ingrédient clé d’une alimentation plus saine

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Autrefois, le repas familial préparé à la maison était un moment sacré. Des études ont montré une nette association entre la consommation régulière de repas en famille et des habitudes alimentaires plus saines, surtout chez les jeunes enfants 1. L’évolution vers une économie de services, l’émergence de familles à double revenu et les agendas bien remplis des adultes, comme des enfants, ont hélas tout changé... Pour les Américains, non seulement le temps passé en famille a diminué, mais également le temps consacré à préparer les repas et à la vaisselle a été réduit à moins de 33 minutes par jour 2.

Le manque de temps serait plus prévalent chez les parents ayant des revenus modestes

Le peu de temps dédié à la préparation des repas à la maison serait l’une des raisons d’une alimentation malsaine. Aux Etats-Unis, le manque de temps serait plus prévalent chez les parents ayant des revenus modestes. Les parents à revenus modestes ou moyens utilisent de plus en plus de plats à emporter pour le repas familial. Même ceux qui considèrent qu’un repas familial sain est important, proposent souvent des aliments faciles à préparer à leurs enfants 3. Pizzas, hot dogs, poulet frit et hamburgers font maintenant partie intégrante du dîner familial 4. Ainsi, des analyses de l’enquête nationale de santé et de nutrition (the National Health and Nutrition Examination Survey NHANES 2003-8) ont révélé que certains dîners aux Etats-Unis sont composés uniquement d’aliments prêts à l’emploi, consommés sans couverts et avec les mains: pizzas, tacos, frites, chips, bâtonnets de poisson, sandwichs et pilons de poulet...

Le temps passé à préparer les repas à la maison est associé à une alimentation de meilleure qualité

Nous avons examiné le temps consacré à l’alimentation, aux achats alimentaires et les habitudes alimentaires chez 1319 participants de l’étude de l’obésité de Seattle SOS (Seattle Obesity Study) 5. Les participants SOS ont répondu lors d’enquêtes téléphoniques à des questions sur leur alimentation et leur santé, ainsi qu’à d’autres concernant la durée moyenne du temps consacré à la préparation des aliments, à la cuisson des repas et au rangement après les repas. On a également demandé aux participants à quelle fréquence ils mangeaient à l’extérieur et quel était leur budget alimentaire. La qualité de l’alimentation a été estimée grâce à des auto-évaluations de la consommation de légumes, de salade verte ou de fruits entiers par rapport aux matières grasses ou aux sucreries.

Les personnes qui passaient le moins de temps à cuisiner à la maison étaient plutôt des adultes, ayant une activité professionnelle, privilégiant... la facilité. Passer moins d’une heure par jour à préparer les aliments entraînait une plus grande fréquence de restauration rapide et plus de dépenses alimentaires à l’extérieur de la maison. A l’inverse, les jeunes femmes mariées, avec des enfants et des revenus plus élevés, avaient plus de probabilité de passer plus de 2h/jour à préparer des repas à la maison.

De manière significative, le temps passé à préparer les repas à la maison était associé à une alimentation de meilleure qualité. Ce constat est basé sur la consommation fréquente de légumes, de salades, de fruits entiers et de jus de fruits. Les personnes passant plus de temps à préparer leurs repas à la maison dépensaient moins d’argent pour des repas pris à l’extérieur, les dépenses par personne chutant de $22/semaine à $15/ semaine.

Les jeunes enfants sont plus susceptibles de consommer régulièrement un repas en famille

Passer plus de temps à préparer les repas à la maison peut être important pour favoriser le développement d’habitudes alimentaires plus saines. Qui prend maintenant le temps de s’assoir pour prendre un repas en famille ? En nous basant sur les données du Module des Consommateurs NHANES 2007-2008, nous nous sommes posés la question : « Quels groupes démographiques aux Etats-Unis seraient les plus susceptibles de s’asseoir ensemble pour consommer un repas familial équilibré, préparé et consommé à la maison ? ». La réponse est une question d’âge. Pour tous les repas (y compris le dîner), les jeunes enfants sont plus susceptibles de consommer un repas en famille de manière régulière. Egalement, au moment du dîner, les adultes plus âgés ont plus de probabilité de consommer un repas fait maison que les jeunes adultes.

Les revenus familiaux et la taille du foyer sont également associés à la consommation régulière de repas en famille. Les familles à faibles revenus ont une plus forte probabilité de prendre un dîner fait maison. Les Chicanos (Mexicano-Américains), et autres adultes d’origine hispanique, ont également plus de probabilité de prendre leur repas à la maison que les blancs non hispaniques. En fait, contrairement aux attentes, ce sont de grandes familles à faibles revenus et peu d’éducation qui ont le plus de probabilités de cuisiner et de manger régulièrement à la maison.

Une alimentation plus saine et moins coûteuse

Avoir une alimentation saine nécessite plus que la simple connaissance d’aliments sains. De nouvelles recherches indiquent qu’allouer plus de temps à la préparation des repas à la maison serait la clé d’une alimentation plus saine et moins coûteuse. Si prendre du temps pour cuisiner et apprécier un repas en groupe fait partie d’un style de vie sain, il est important de faciliter ces comportements. Par exemple, on peut enseigner la cuisine aux enfants et promouvoir des politiques favorables au temps passé en famille sur le lieu de travail. Parallèlement, l’industrie agro-alimentaire et les détaillants devraient aider les familles à identifier les aliments frais à un prix abordable, à forte valeur nutritive et faciles à préparer.

Adam Drewnowski
Centre de Nutrition et Santé Publique, Université de Washington, Seattle WA 98195-3410, ETATS-UNIS
Pablo Monsivais
Centre de Recherche en Alimentation et Activité Physique et Unité d’Epidémiologie du Conseil de Recherche Médical, Ecole de Médecine Clinique de l’Université de Cambridge, Boîte Postale 285, Institut des Sciences du Métabolisme, Cambridge, ROYAUME-UNI
  1. Fulkerson JA, et al. Journal of Nutrition Education and Behavior 2014;46(1):2-19.
  2. Hamrick KS, et al. US Department of Agriculture, Economic Research Service, 2011.
  3. Jabs J, et al. J Nutr Educ Behav 2007;39(1):18-25.
  4. Devine CM, et al. Soc Sci Med 2006;63(10):2591-603.
  5. Monsivais P, et al. Am J Prev Med 2014;47(6):796-802.
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