N° 139 | février 2014

Les ateliers culinaires pour adultes : sont-ils nécessaires et efficaces ?

Des liens ont été établis entre l’absence de savoir-faire culinaire, le manque de confiance en soi et de mauvais choix alimentaires, comme la consommation insuffisante de fruits et légumes 1. Les savoir-faire culinaires sont en déclin dans toutes les sociétés occidentales modernes, au point que cela constitue aujourd’hui un problème de santé publique 2.

Ce déclin peut être le résultat d’un certain nombre de facteurs comme, par exemple, la disparition de l’apprentissage classique de la cuisine, les avancées technologiques dans la production et la mise à disposition de plats tous préparés, les modifications des normes sociales concernant la cuisine et l’alimentation et l’implication grandissante des femmes dans le travail à l’extérieur 3.

Améliorer les savoir-faire culinaires

En réponse à ce phénomène, on assiste dans le monde à la multiplication de programmes associatifs proposant des ateliers culinaires de proximité, visant à améliorer les savoir-faire culinaires et à renforcer la confiance en soi. Une question demeure cependant : ces programmes, augmentent-ils réellement les compétences et se traduisent-ils par des comportements culinaires et alimentaires plus sains ? A ce jour, les preuves sont limitées. Dans une récente revue systématique des programmes d’ateliers culinaires pour adultes, une seule étude a été jugée suffisamment robuste pour fournir des résultats fi ables sur leur efficacité.

Le «Ministère de l’Alimentation de Jamie» en Australie

Le «Ministère de l’Alimentation de Jamie» est sans doute l’atelier culinaire de proximité le plus réputé. Il vise à enseigner les bases culinaires aux personnes qui ne cuisinent pas. Ce programme comporte 10 séances hebdomadaires d’une heure et demie qui font la promotion des aliments simples et frais et des moyens rapides pour les préparer.

Mis en place au Royaume-Uni, où il est opérationnel sur six sites, ce programme a été adapté pour l’Australie. Le premier site australien a été inauguré en 2011 à Ipswich dans le Queensland. Il a été financé à la fois par le gouvernement et par un distributeur de matériel culinaire, «The Good Guys ». La ville d’Ipswich a été choisie en raison de ses taux croissants d’obésité et de surpoids et d’une proportion significative d’habitants de faible niveau socioéconomique. En outre, il est intéressant de noter qu’une enquête couvrant l’ensemble du Queensland a montré que les consommations de fruits et légumes étaient faibles à Ipswich 4.

Un programme en cours d’évaluation

Si le « Ministère de l’Alimentation de Jamie » a bénéficié d’investissements privés et publics conséquents, aussi bien au Royaume-Uni qu’en Australie, il existe néanmoins peu de preuves de son efficacité. C’est pourquoi il a été demandé à l’Université de Deakin de l’évaluer à Ipswich.

Cette évaluation a débuté en novembre 2011 et devrait durer jusqu’au milieu de 2014. Elle intègre des méthodes d’analyses longitudinales de l’impact sur les participants, des résultats et des perceptions du programme. Le volet quantitatif est un modèle quasi expérimental, qui compare un groupe d’intervention et un groupe témoin composé de participants en liste d’attente.

A l’aide d’un questionnaire, certaines mesures sont effectuées au début du programme, à la fi n et 6 mois après sa clôture. On vise un échantillon de 142 participants dans chaque groupe. Les critères de jugement principaux sont les changements dans la confiance en soi en cuisine et la consommation de légumes auto rapportée. Les critères de jugement secondaires regroupent les changements de comportements individuels culinaires et alimentaires ainsi que les modifications des liens sociaux et de l’estime de soi. Des tests seront effectués pour déterminer si ces facteurs sont de modérateurs potentiels, facilitateurs ou ralentisseurs, des changements de comportements culinaires et alimentaires.

Une étude qualitative longitudinale permettra d’élucider comment et pourquoi ce programme exerce un impact sur ses participants. Un échantillon de 15 sujets sera sélectionné pour recueillir leurs expériences et leurs changements de comportement durant toute la durée de leur participation au programme. Des entretiens semi-directifs ont été menés au début du programme, à la fi n et six mois après sa clôture.

Premiers résultats fin 2014

Grâce à ces évaluations quantitatives et qualitatives, cette analyse globale du «Ministère de l’Alimentation de Jamie» à Ipswich apportera une contribution de poids aux publications qui évaluent l’efficacité des programmes d’ateliers culinaires de proximité. Elle fournira des preuves de l’impact de ce programme dans le ralentissement du déclin des savoir-faire culinaires et le renforcement de la confiance en soi. Elle démontrera la capacité de ce programme à traduire les savoir-faire culinaires en comportements culinaires et alimentaires plus sains. Les premières évaluations devraient être publiées fin 2014 et viendront conforter les investissements futurs dans ce programme au sein d’autres programmes équivalents.

Anna Flego
Research Fellow - Health Economics, Deakin Population Health SRC, Faculty of Health, Deakin University, Australie
  1. Winkler E, Turrell G: Confi dence to Cook Vegetables and the Buying Habits of Australian Households. J Am Diet Assoc 2009, 109(10):1759–1768.
  2. Winkler E: Food Accessibility affordability, cooking skills, and socioeconomic differences in fruit and vegetable purchasing in Brisbane, Australia. Australia: Queensland University of Technology, Institute of Health and Biomedical Innovation School of Public Health; 2008
  3. Caraher M, Lang T: Can’t cook, won’t cook: A review of cooking skills and their relevance to health promotion. Int J Health Promot Educ 1999, 37(3):89–100.
  4. Queensland Health: Self- reported Health Status 2009-2010. Local government Area Summary Report. Brisbane; 2011
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