N° 216 | avril 2021

Optimisation de l’alimentation pour atteindre les objectifs nutritionnels et atténuer le changement climatique – L’expérience italienne

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Les recommandations nutritionnelles sont les principaux outils disponibles pour aider les consommateurs à adopter de bonnes habitudes et pour élaborer des politiques en faveur de choix alimentaires sains. Jusqu'à présent, elles se fondaient sur les données courantes pour limiter les risques relatifs à l’alimentation sur la santé et pour traduire les valeurs nutritionnelles de référence en portions alimentaires1. Toutefois, cette approche ignore les aspects de durabilité susceptibles d’avoir un impact indirect sur la santé humaine et le mode de vie, comme les implications environnementales, économiques et sociales. La prise en compte de la durabilité dans toutes les politiques, y compris les politiques alimentaires, est essentielle pour limiter les problèmes liés à l'environnement. Les méthodes mathématiques et le traitement des données évoluent et constituent désormais des outils puissants pour optimiser l'alimentation sur le plan nutritionnel, économique et environnemental2. A cet égard, les recommandations sur l’alimentation élaborées dans les pays européens représentent une première étape vers la promotion d’une alimentation durable3,4.

Optimisation de l’alimentation : traduction des besoins nutritionnels en choix alimentaires en tenant compte des dimensions de la durabilité

L'optimisation de l'alimentation est une approche mathématique qui traduit les besoins nutritionnels en choix alimentaires tout en tenant compte d'autres contraintes liées à l'alimentation, y compris, par exemple, le coût de l'alimentation, les habitudes de consommation et l'impact sur l’environnement5. Le modèle élabore objectivement un régime optimal sur la base d'un ensemble de contraintes qui sont simultanément respectées si le modèle fournit une solution6.
La plupart des études d'optimisation utilisent des contraintes nutritionnelles et de coût dans l'analyse des problèmes et des solutions alimentaires ; or, récemment, douze études ont ajouté des contraintes écologiques et révélé que les impacts environnementaux de l’alimentation peuvent être réduits de moitié, tout en respectant les exigences nutritionnelles existantes2. Seules deux études ont eu la particularité de combiner trois dimensions : l'aspect nutritionnel, l'impact environnemental en termes d'émissions de gaz à effet de serre (GES) et le coût. Elles montrent que l'utilisation de critères de contraintes écologiques et nutritionnelles ne se traduirait pas par une alimentation plus coûteuse, mais au contraire que ces régimes pourraient être encore plus abordables7.

Atteindre les objectifs nutritionnels et réduire l'impact sur l'environnement – une étude de cas

Une étude nationale a été réalisée afin de définir un modèle alimentaire sain et durable avec un faible taux d’émissions de GES, répondant aux exigences nutritionnelles et tenant compte des habitudes courantes de consommation alimentaire en Italie8. Une base de données dûment conçue a été élaborée, établissant un lien entre la composition nutritionnelle des aliments et leurs émissions de GES, s’appuyant sur 921 produits alimentaires consommés en Italie selon la dernière enquête nationale sur la consommation alimentaire (INRAN-SCAI 2005-2006). La programmation linéaire a été utilisée pour développer de nouveaux régimes alimentaires distincts pour les hommes et les femmes, âgés de 18 à 60 ans (n = 2 098 sujets), afin de minimiser les émissions de GES. Le programme est basé sur des objectifs alimentaires et des critères d'acceptabilité ainsi que sur 13 critères nutritionnels (Tableau 1) visant à atteindre un régime alimentaire sain et culturellement acceptable pour la population italienne. Les régimes optimisés ont réduit les émissions de CO2éq de 43 % pour les hommes et de 50 % pour les femmes. La programmation linéaire a permis de combiner un choix d'aliments de meilleure qualité nutritionnelle et ceux ayant des émissions de GES plus faibles.

Les régimes optimisés proposés envisagent la transition d'un modèle alimentaire à forte teneur en aliments d'origine animale (y compris la viande et les viandes transformées) à un régime riche en produits d'origine végétale tels que les fruits et légumes (limite supérieure : 500 g/jour), et surtout les légumineuses et les céréales, sans modification des quantités de produits laitiers.

Marika Ferrari
Council for Agricultural Research and Economics - Research Center on Food and Nutrition, ITALIE
Article basé sur : Ferrari M et al. Could Dietary Goals and Climate Change Mitigation Be Achieved Through Optimized Diet? The Experience of Modeling the National Food Consumption Data in Italy. Front. Nutr., 2020; 7:48.

1 FAO/WHO: https://www.who.int/nutrition/publications/nutrientrequirements/WHO_TRS_880/en/. 2010.
2van Dooren C. Front Nutr 2018: 21;05:48
3Brink E et al. Public Health Nutrition 2019 : 22(13); 2419–2435
4Gonzales Fischer C et al. FAO and Oxford University 2016
5Gazan R et al. Adv Nutr 2018: 9; 602–616
6Dantzig GB et al. Linear Programming 2.Theory Extensions. 2003
7van Dooren C et al. Sustainability.2015:7;12837.
8Ferrari M et al. Frontiers in Nutrition. 2020: 7, 48.

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