N° 216 | avril 2021

Les régimes alimentaires sains et durables – Où en sommes-nous ?

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En 2010, la FAO a défini les régimes alimentaires durables en incluant les dimensions d’impact environnemental, d’adéquation nutritionnelle, d’accessibilité et de développement économique. Depuis, les chercheurs scientifiques s’intéressent davantage à l’impact environnemental de l’alimentation.

Le secteur des fruits et légumes est au cœur des préoccupations économiques et sociétales : l’enjeu « santé pour la population » et la transition écologique sont deux piliers d’une alimentation durable inclus dans les orientations nationales1 et européennes2. C’est dans ce contexte qu’Aprifel a souhaité initier sa communication sur la durabilité et l’environnement, en réalisant un état de l’art bibliographique sur les modèles alimentaires sains et durables, pour poser les faits scientifiques actuellement avérés sur le sujet.
Les impacts environnementaux se divisent en quatre compartiments : eau, climat, biodiversité et sol. Ils sont souvent évalués par l’Analyse de Cycle de Vie (ACV) pour chaque aliment, de sa production à sa fin de vie.
Pour référencer un maximum d’articles, neuf requêtes ont été définies sur Google Scholar (2010-2021). Deux tris ont permis de retenir 77 articles pour être approfondis et analysés, dont 58% portant sur le climat (figure 1).

Figure 1 : Nombres et pourcentages d'articles par catégorie : général, eau, climat et biodiversité

Une approche holistique nécessaire pour modéliser des régimes sains et durables

Comme le souligne la définition de la FAO, un régime alimentaire durable doit être sain au niveau nutritionnel, accessible, respectueux de l’environnement, socialement et économiquement acceptable et cohérent avec la culture locale.

De manière générale, les régimes alimentaires sains pour l’environnement le sont aussi pour la santé. Un modèle de régime durable n’est pas encore établi mais la consommation locale, cohérente avec la culture et nutritionnellement adéquate, permettrait de réduire la pression environnementale causée par les systèmes alimentaires3,4.

La réduction de la consommation des aliments non essentiels et la réduction des portions recommandées des aliments essentiels sont parmi les stratégies recommandées, mais l'acceptabilité culturelle de moins manger peut s'avérer difficile. Une approche sociologique serait donc indispensable5.

Le végétal, dont les fruits et légumes, au cœur de la solution de la durabilité

Les études montrent qu’une alimentation saine peut aussi être durable sur l’aspect climatique en réduisant la consommation de viande rouge et augmentant la part de végétaux. Hors, trois études soulignent l’intérêt d’étudier les empreintes carbone de chaque espèce animale pouvant être moindre (ex. les volailles, le poulet et le porc ont une empreinte carbone moins élevée que pour les ruminants)6,7,8.
Il a également été montré que la suppression totale des aliments contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre comme la viande et les produits laitiers pourrait ne pas être réaliste au niveau culturel et nécessiterait une supplémentation en certains micronutriments (fer, calcium, etc.) à cause d’éventuelles carences9.

Eau et biodiversité : des sujets peu traités

L’eau et la biodiversité restent des sujets peu traités, avec de nombreuses de limites : manque d’informations concernant les zones irriguées, les dates de mise en culture des champs et les demandes d’eau d’irrigation, et étape de la méthode d’ACV non détaillées. Néanmoins, les articles étudiés ont permis de dresser les résultats suivants :

  • Le régime méditerranéen correspondrait à un régime durable. S’il avait été appliqué en Italie, il aurait permis de réduire l’utilisation de 152 000 millions m2 d’eau entre 2006 et 201110.
  • Plus la consommation de produits d’origine animale est réduite, plus l’empreinte d’eau diminue11.
  • Les régimes à base de végétaux permettraient de récupérer 76% des terres consacrées à la production animale pour restaurer les écosystèmes12.
  • Aux Etats-Unis, le régime végétarien permettrait de sauver 200 millions ha pour un apport de 2000kcal/j, par rapport au régime courant13.

En conclusion, les différentes études soulignent la nécessité de réduire la consommation de produits d’origine animale en favorisant les régimes à base de végétaux. Consommer en proximité de son territoire permettrait une alimentation culturellement acceptable et respectueuse de l’environnement. Il serait donc essentiel de proposer des régimes alimentaires plus adaptés à l’échelle et à la culture territoriale, selon les valeurs de référence nationales. Une approche holistique permettrait de prendre en compte les enjeux de santé publique climatiques et économiques, en promouvant ainsi toutes les dimensions de la durabilité. Cet état de l’art possède néanmoins des limites comme différentes méthodes de calcul selon les articles, une variation du classement des aliments dans les catégories alimentaires ou bien des bases de données incomplètes

Léa Rios
Pôle scientifique, Agence pour la Recherche et l'Information en Fruits et Légumes (Aprifel), FRANCE
Nathalie Komati
Pôle scientifique, Agence pour la Recherche et l'Information en Fruits et Légumes (Aprifel), FRANCE
Delphine Tailliez-Lefebvre
Directrice adjointe, Agence pour la Recherche et l'Information en Fruits et Légumes (Aprifel), FRANCE

1Ministère de la solidarité et de la santé. National Nutrition Santé 2019-2023 : 43-44.
2Commission Européenne. The European Green Deal. 2020.
3Perignon et al. Global Food Security, 2019; 23: 227-235.
4Parker et al. QUT Law Review 1, 2018; 18(1): 1-44.
5Perignon M et al. Nutrition reviews, 2017 ;75(1) :2-17.
6Clune et al. Journal of Cleaner Production, 2016; 140: 766-783.
7González-García et al. Science Of The Total Environment, 2018; 644: 77-94.
8Xu et al. Journal of Cleaner Production, 2016; 112: 2581-2592.
9González-García et al. Science Of The Total Environment, 2018; 644: 77-94.
10Truzzi et al. Progress in Nutrition 2020; 22, Supplement 1: 00-00.
11Tompa et al. Nutrients 2020; 12(9) : 2578
12Castane et al. Journal of Cleaner Production 167, 2017: 929-937.
13Wood et al. Frontiers in Sustainable Food Systems 3, 2019; 89.

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