N° 202 | novembre 2019

Prévention nutritionnelle de l’obésité infantile dès la naissance : une expérience Polonaise

L’obésité infantile est un problème mondial de Santé Publique dont la prévalence ne cesse d’augmenter. Selon l’OMS, le nombre d’enfants de moins de 5 ans en surpoids et obèses est passé de 32 millions à 41 millions à l’échelle internationale. Dans le sud-est de la Pologne, entre 2008 et 2012, la prévalence de la surcharge pondérale chez les enfants d’âge préscolaire est passée de 9,1 % à 12,4 % et l’obésité de 7,2 % à 10,8 %.

Principales causes : une consommation excessive de calories et une activité physique réduite. Cependant, dans le cas de jeunes enfants dont le corps est en plein développement, la façon dont ils sont nourris et l’apport d’aliments appropriés jouent un rôle. Les styles autoritaires rigides et les restrictions créent un contexte émotionnel négatif pour l’alimentation, qui peut nuire à la maîtrise de soi. Les styles d’autorité caractérisés par une sensibilité, une réactivité et des intentions positives sont associés à un risque d’obésité moins élevé et à une alimentation souple, saine et autonome.

Des habitudes alimentaires saines dès la petite enfance
Des études soulignent l’influence de la durée de l’allaitement maternel sur la réduction du risque de surpoids et d’obésité chez les enfants. Le lait maternel contient une quantité appropriée de nutriments nécessaires pour l’enfant qu’aucun autre lait ne peut remplacer.

La période de diversification implique l’introduction de légumes, de fruits, de viande, de céréales... Les F&L sont une source de potassium, d’acide folique (vitamine B9),
de fibres et de vitamines A, C et K. Une alimentation riche en F&L permet de contrôler le poids et est associée à un risque réduit de maladies chroniques chez l’adulte. Des
études montrent que la consommation de F&L pendant la grossesse et l’enfance affecte les futures habitudes alimentaires de l’enfant.

Impact du régime alimentaire de l’enfant au cours de sa première année de vie
But de cette étude polonaise : évaluer l’impact du régime alimentaire de l’enfant au cours de sa première année de vie (durée de l’allaitement maternel, introduction de repas solides, début de l’alimentation proche de l’adulte) sur la prévalence du surpoids et de l’obésité à l’âge préscolaire.
L’étude comprenait 10 établissements d’enseignement préscolaire en Pologne et a réuni 300 enfants de 4 à 6 ans (162 filles, 138 garçons).

Les parents ont rempli un questionnaire familial détaillé (sexe, âge, IMC, lieu de résidence, niveau d’éducation des parents, etc.). Le carnet de santé de l’enfant a été demandé (poids de naissance, période d’allaitement, diversification de l’alimentation, début de la prise des mêmes repas que la famille...).

Taille et poids des enfants ont été mesurés afin de calculer le centile actuel d’IMC en référence aux courbes polonaises. Leur catégorie de masse corporelle a été déterminée sur cette base.

Les tests actuels de dépistage de l’OMS définissent le surpoids et l’obésité à partir des centiles :
• excès de poids > 85 centiles
• obésité ≥ 95 centiles

En Pologne, ces références entraînent un sur-diagnostic de l’obésité chez les enfants et les adolescents ; on suggère de définir l’obésité à la limite du 97e centile.
Les enfants ont également été divisés en fonction du poids de naissance et de la durée de la grossesse en :
• Adapté pour l’âge gestationnel : poids de naissance entre le 10e et le 90e centile d’âge gestationnel ;
• Petit pour l’âge gestationnel : poids de naissance inférieur au 10e centile ;
• Grand pour l’âge gestationnel : poids de naissance supérieur au 90e centile.

Les enfants allaités plus longtemps avaient un poids corporel actuel inférieur
12 % des enfants avaient une masse corporelle excessive et près de 71 % des pères et 32 % des mères étaient en surpoids ou obèses. 13,3 % étaient nés trop petits par rapport à leur âge gestationnel et plus de la moitié avaient été allaités pendant moins de six mois. Un cinquième des enfants avait commencé à manger les mêmes repas que le reste de la famille avant l’âge de 12 mois.
Statistiquement, les enfants en surpoids et obèses ont été allaités au sein très peu de temps, ont commencé précocement à manger les mêmes aliments que la famille et ont reçu tardivement des F&L, des céréales et produits carnés.
De nombreux chercheurs ont analysé la relation entre l’allaitement et le poids futur. L’OMS recommande qu’un enfant reçoive exclusivement du lait maternel pendant les 6 premiers mois de sa vie avant de commencer à introduire les aliments solides.
Cependant, de nombreuses études rapportent une faible prévalence d’allaitement en général ou d’allaitement supérieur à 6 mois...

Quels mécanismes potentiels ?
L’allaitement maternel semble protéger contre la future prise de poids chez les enfants. Cela tient sans doute à l’apport d’un produit naturel de la mère dont la composition équilibrée convient aux besoins de l’enfant. Le lait maternel a des propriétés nutritionnelles, immunologiques et trophiques essentielles pour
la croissance et la maturation du corps.

A l’inverse, un allaitement maternel trop court, remplacé par du lait 1er et 2e âge, favorise la prise de poids excessive chez l’enfant.
Les résultats de cette étude confirment ces données pour réduire le risque futur d’excès pondéral chez les enfants d’âge préscolaire.

Thierry Gibault
Endocrinologue, Nutritionniste - Paris, France
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