N° 74 | janvier 2008

Projet des Ecoliers Hollandais pour promouvoir la consommation de fruits et légumes : des différences selon l’origine ethnique

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La consommation des enfants est inférieure aux recommandations nutritionnelles

Bien souvent, dans de nombreux de pays occidentaux comme la Hollande, les enfants ne respectent pas les recommandations alimentaires. En particulier, la consommation de fruits et légumes (F&L) est inférieure aux recommandations1.

Au Pays Bas, il est recommandé aux enfants de 10-12 ans de manger 2 portions de fruits et 150-200 grammes de légumes par jour2.

Le Projet “fruits et légumes à l’école” a été développé pour encourager l’adhésion aux recommandations.

Un projet centré sur la disponibilité et l’accessibilité des fruits et légumes à l’école

Le projet a ciblé la disponibilité et l’accessibilité des F&L à l’école. Les enfants du groupe d’intervention ont reçu gratuitement un morceau de fruits ou une portion de légumes prêts à consommer deux fois par semaine. De plus, cette intervention était sensée augmenter l’exposition aux F&L, un facteur déterminant dans les préférences gustatives3.

Dans les principales villes de l’ouest de la Hollande, une minorité croissante (jusqu’à 50% dans certaines villes), n’est pas d’origine européenne. Ainsi, au moins un des deux parents est né au Maroc, en Turquie, au Surinam ou aux Antilles Néerlandaises. Des données suggèrent que ces enfants ont des comportements alimentaires qui diffèrent de leurs camarades d’origine hollandaise, y compris pour la consommation de F&L4. Puisque certaines minorités ont des consommations de F&L plus importantes, on pourrait s’attendre à un moindre effet de l’intervention dans ces groupes.

Des différences selon les origines ethniques ?

La présente étude avait pour but d’évaluer le suivi à un an du Projet des Ecoliers sur la consommation de F&L et ses déterminants potentiels5-9 comme par exemple, la connaissance des recommandations, les préférences gustatives, la disponibilité et l’accessibilité. Les enfants d’origine Hollandaise ont été évalués séparément des autres enfants.

Nous avons formulé l’hypothèse que l’intervention aurait un effet significatif sur la consommation des F&L, et que cet effet serait moins marqué chez les enfants ayant une origine hors Union Européenne.

L’utilisation de questionnaires validés pour les enfants et leurs parents

Cette étude était quasi expérimentale, avec une phase de pré et post-test et des groupes d’intervention et de contrôle.

Les parents et les enfants ont répondu à des questionnaires séparés, basés sur les questionnaires validés Pro Children10. Les écoliers participants (age moyen 9,9 années à l’inclusion) et leurs parents ont complété les questionnaires au début de l’étude et après un an. Les questions englobaient la consommation habituelle de F&L de l’enfant, les déterminants potentiels, les données démographiques, permettant des évaluations basées sur les rapports des parents et des enfants. Des analyses de régression multiples ont été utilisées pour évaluer les différences entre les groupes d’intervention et de contrôle durant le suivi, ajustées pour le genre, l’âge de l’enfant, le niveau d’éducation des parents et les taux de consommation de F&L au départ.

Au final on disposait de questionnaires pour 565 enfants d’origine hollandaise (232 dans le groupe d’intervention et 333 dans le groupe de contrôle) et 388 enfants d’autres origines (268 dans le groupe d’intervention and 120 dans le groupe de contrôle), ainsi que leurs parents. Les enfants étaient donc en majorité d’origine hollandaise (59%).

Un effet positif sur la consommation de fruits chez les enfants hollandais

Au départ, parmi les enfants d’origine hollandaise, la consommation quotidienne moyenne de fruits était de 1,58 portions (Ecart -Type (Û) = 1,06) et celle de légumes de 97,9 grammes (Û = 44.3). Après ajustement pour des facteurs confondants, la consommation moyenne de fruits était significativement plus élevée dans le groupe intervention, selon les rapports des enfants (différence= 0,23 morceaux par jour, Intervalle de Confiance à 95% IdC =0,07–0,39).

Et pour les légumes chez les enfants non européens

Parmi les enfants d’autres origines, la consommation quotidienne moyenne de fruits était de 2,02 portions (Û = 1,17) et de 120,6 grammes de légumes (Û = 66,3) au départ. Durant la période de suivi, la consommation ajustée de légumes était significativement plus élevée chez les enfants du groupe d’intervention versus ceux du groupe de contrôle (différence = 20,7 grammes par jour, IdC 95% = 7,6-33,7).

Des effets positifs et significatifs de l’intervention ont été également observés pour la perception de l’accessibilité parmi les enfants d’origine nonhollandaise et pour les rapports des parents sur les préférences gustatives des enfants d’origine non-hollandaise et des garçons d’origine hollandaise.

Une stratégie d’intervention prometteuse

Notre étude indique que le Projet de F&L à l’école a eu un impact significatif sur la consommation de fruits chez les enfants d’origine hollandaise et celle de légumes des enfants d’origine non-hollandaise, mais cela n’a été noté que dans les rapports des enfants. Ces résultats n’ont pu être confirmés chez les parents, sans doute à cause d’un manque de puissance de l’analyse. De plus, les parents n’ont pas observés leurs enfants durant la majorité du projet.

Notre hypothèse que les enfants d’origine non-occidentale profiteraient moins de l’intervention a été étayée uniquement pour la consommation de fruits, mais pas pour les légumes. En outre, les différences selon les origines ne peuvent être expliquées par le niveau d’éducation des parents.

En conclusion, offrir des fruits et légumes prêts à consommer aux élèves de l’école primaire semble être une stratégie d’intervention prometteuse pour promouvoir la consommation de F&L.

Nannah I. Tak
Département d'Epidémiologie & Biostatistiques
Saskia J. te Velde
Département de Santé Publique et de Santé du Travail Institut EMGO pour la Santé et la Recherche sur les Soins, Centre Médical Universitaire VU, Amsterdam, Pays Bas.
Johannes Brug
Institut EMGO pour la Santé et la Recherche sur les Soins Centre Médical Universitaire VU, Amsterdam, Pays Bas.
  1. Yngve A, Wolf A, Poortvliet E, Elmadfa I, Brug J, Ehrenblad B et al. Fruit and vegetable intake in a sample of 11-year-old children in 9 European countries: the Pro Children cross-sectional survey. Ann Nutr Metab 2005; 49:236-245.
  2. Anonymous. Zo eet Nederland (This is how the Dutch eat). Den Haag: Voedingscentrum; 1998.
  3. Wardle J, Herrera ML, Cooke L, Gibson EL. Modifying children’s food preferences: the effects of exposure and reward on acceptance of an unfamiliar vegetable. Eur J Clin Nutr 2003; 57(2):341-348.
  4. te Velde SJ, Wind M, Van Lenthe FJ, Klepp KI, Brug J. Differences in fruit and vegetable intake and determinants of intakes between children of Dutch origin and non-Western ethnic minority children in the Netherlands – a cross sectional study. Int J Behav Nutr Phys Act 2006; 3(31).
  5. Bere E, Klepp KI. Correlates of fruit and vegetable intake among Norwegian schoolchildren: parental and self-reports. Public Health Nutr 2004; 7:991-998.
  6. Bere E, Klepp KI. Reliability of parental and self-reported determinants of fruit and vegetable intake
    among 6th graders. Public Health Nutr 2004; 7:353-356.
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