N° 74 | janvier 2008

Une réduction de l’obésité infantile grâce à de meilleures disponibilité et accessibilité en fruits et légumes à l’école

L’épidémie d’obésité touche presque tous les pays du monde, quel que soit leur niveau économique1. Dans les pays les plus riches, la prévalence de l’obésité augmente non seulement chez les adultes mais également chez les enfants, ce qui représente un nouveau défi majeur de santé publique. Bien que les causes de l’obésité infantile soient complexes, une mauvaise alimentation jouerait un rôle majeur. Un moyen de réduire le fardeau de l’obésité serait donc de se focaliser sur des interventions pour promouvoir un mode de vie sain dès l’enfance afin d’instaurer de bonnes habitudes alimentaires ayant un impact à long terme. Une consommation quotidienne suffisante de fruits et légumes en fait partie.

Disponibilité et accessibilité influencent les préférences alimentaires des enfants

Il faut parfois qu’un enfant goûte un aliment entre 10 et 15 fois avant de l’adopter2-3. Une disponibilité et une accessibilité accrue de fruits et légumes exposent les enfants de façon répétée aux fruits et légumes, ce qui influence leurs préférences4. Chez les enfants, la disponibilité et l’accessibilité des fruits et légumes, ainsi que les préférences gustatives, sont constamment et positivement associées à une consommation accrue de fruits et légumes5.

Les fruits et légumes devraient être disponibles et accessibles aussi bien à la maison qu’à l’école, car ce sont les lieux où les enfants passent la majorité de leur temps. Jusqu’à présent, seules quelques études réalisées chez les enfants ont évalué les interventions augmentant l’accessibilité et la disponibilité des fruits et légumes à la cantine en milieu scolaire5-6.

Des changements mineurs porteurs d’influence majeure

Aux Etats-Unis, une intervention en restauration scolaire a proposé une variété de fruits et légumes au repas de midi, fournissant ainsi de nouveaux modèles de comportements sains et un soutien communautaire pour que les enfants mangent les fruits et légumes7. Cette intervention a augmenté de manière significative la consommation de fruits pendant le déjeuner (de 0,14 à 0,17 portions). Ce changement pourrait paraître mineur, mais, si on l’appliquait à une plus grande population d’enfants, il pourrait avoir une importance majeure en santé publique. Cette étude souffre cependant d’une limitation majeure : la population était assez homogène avec 90 % d’enfants caucasiens et seulement 21% des enfants bénéficiant d’un repas gratuit ou à tarif réduit à la cantine, qui est un indicateur de faible revenus familiaux.

Une étude d’observation menée dans une population plus diversifiée (4567% de non Caucasiens, 52-59% ayant un repas gratuit ou à tarif réduit) n’a observé aucune différence dans la consommation de fruits et légumes chez les enfants de 6-12 ans ayant accès à un bar à salade en libre service et ceux ayant des portions de fruits et légumes pré-définies8. Par contre, ils ont retrouvé un rapport direct entre la consommation des fruits et légumes et le nombre de fruits et légumes offerts dans les bars à salade. Cependant, cette étude n’a pas pris en compte l’origine des enfants ni le fait d’avoir un repas gratuit ou à prix réduit.

Quand un programme pilote inspire un partenariat de recherche public-privé

Plus récemment, une expérience pilote de bar à salade a été menée en Californie du Sud dans trois écoles élémentaires. Elle a montré des résultats prometteurs en comparant les fréquences de consommation de fruits et légumes dans un échantillon transversal d’enfants avant et après intervention (2,97 to 4,09, p<0,001)9. Parallèlement l’augmentation de la consommation de fruits et légumes a été directement liée à une diminution statistiquement significative des taux de cholestérol, de matières gras saturées, du pourcentage des calories provenant des matières grasses et de l’apport calorique global. Dans cette étude, les écoles étaient fréquentées surtout par des enfants d’origine Latino, Afro Américaine ou Asiatique, provenant de foyers à faibles revenus. Ce programme pilote de bar à salade a inspiré un partenariat de recherche public-privé entre les services alimentaires des écoles fédérées du district de Los Angeles (le deuxième district scolaire aux Etats-Unis par la taille), le Département de Pédiatrie de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et la Croix Bleue de Californie (la mutuelle de santé la plus importante aux Etats Unis). Ce partenariat évalue rigoureusement l‘intervention sur le bar à fruits et légumes associée à un programme d’éducation en nutrition dans les écoles élémentaires.

Les neuf stratégies majeures pour prévenir l’obésité infantile1

L’OMS mentionne la promotion de la consommation des fruits et légumes parmi les neuf stratégies majeures pour prévenir l’obésité infantile1. Offrir aux enfants des fruits et légumes les jours d’école serait une étape prometteuse dans la promotion de la consommation de fruits et légumes, qui préviendrait l’obésité et améliorerait la santé globale. Voici la liste complète des stratégies de l’OMS pour la prévention de l’obésité chez les nourrissons, les jeunes enfants, les enfants et les adolescents :

Chez les nourrissons et les jeunes enfants :

  • Promouvoir l’allaitement maternel exclusif.
  • Eviter l’adjonction de sucres et d’amidon dans les laits infantiles.
  • Apprendre aux mères à laisser leur enfant réguler sa consommation calorique plutôt que de l’obliger à terminer son assiette.
  • S’assurer d’une consommation adaptée d’oligo-éléments nécessaires à une croissance optimale et régulière

Chez les enfants et les adolescents :

  • Promouvoir un mode de vie actif
  • Limiter le temps accordé à la télévision.
  • Promouvoir la consommation de fruits et légumes.
  • Restreindre la consommation d’aliments riches en énergie et pauvres en oligo-éléments (e.g. les confiseries industrielles).
  • Restreindre la prise de boissons sucrées
Wendy Slusser
Hôpital pour Enfants Mattel, UCLA, Los Angeles, Californie
  1. WHO, Diet, Nutrition and the prevention of chronic diseases. Report of a Joint WHO/FAO Expert consultation. WHO Technical Report Series 916. Geneva; 2003.
  2. Skinner JD, Carruth, BR, Bounds W, Ziegler PJ. Children’s Food Preferences: A Longitudinal Analysis – Research. J Am Diet Assoc. 2002; 102(11): 1638-1647.
  3. Hendy H, Williams K and Camise T. “ Kids Choice” School lunch program increases children’s fruit and vegetable acceptance. Appetite 2005; 45:250-263.
  4. Bere E, and Klepp K. Changes in accessibility and preferences predict children’s future fruit and vegetable intake. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity 2005; 2:15-23
  5. Blanchette L, and Brugg J. Determinants of fruit and vegetable consumption among 6-12 year old children and effective interventions to increase consumption. J. Hum Nutr Dietet. 2005;18:431-443.
  6. Knai C, Pomerleau J, Lock K, McKee M. Getting children to eat more fruit and vegetables: A systematic review. Preventive Medicine 2006; 42(2):85-95.
  7. Perry CL, Bishop DB, Taylor GL, Davis M, Story M, Gray C, Bishop SC, Mays RA, Lytle LA, Harnack L.A randomized school trial of environmental strategies to encourage fruit and vegetable consumption among children. Health Educ Behav. 2004; 31(1):65-76.
  8. Adams M, Pelletier RL, Zive M and Sallis J. Salad bars and fruit and vegetable consumption in elementary schools: a plate waste study. J Am Diet. Assoc. 2005; 105: 1789-1792.
  9. Slusser, WM, Cumberland B, Browdy B, Lange L, Neumann C (2007). A school salad bar increases frequency of fruit and vegetable consumption among children living in low-income households. Public Health Nutr. Jul 5:1-7
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