N° 123 | septembre 2012

Promotion des Fruits et Légumes chez les enfants dans une crèche de Caracas

Télécharger Imprimer

Au Venezuela, deux situations ont présidé au lancement de la campagne « 5 par jour » par l’Université Centrale du Venezuela (UCV) :

  • l’épidémie croissante des Maladies Non Transmissibles (MNT) liées aux changements des habitudes alimentaires et aux modes de vie malsains,
  • le classement des maladies chroniques parmi les principales causes de mortalité.

Des opportunités multiples

Les fruits et légumes (F&L) n’occupaient pas une place de choix dans les programmes officiels de santé publique ou les politiques de prévention des MNT au Venezuela, même s’ils faisaient partie des recommandations nutritionnelles.

En outre, on assiste également à une augmentation inquiétante du surpoids et de l’obésité chez les enfants. Il existe donc de multiples opportunités pour lancer des programmes de promotion des F&L au Venezuela 1. L’UCV tente d’étendre cette campagne et d’obtenir le soutien d’autres institutions et secteurs de la société, conscients des bénéfices pour la santé d’augmenter la consommation des F&L et de la pratique d'activités physiques.

Le soutien des étudiants

Cette opération a bénéficié d’une opportunité exceptionnelle, grâce à la loi vénézuélienne sur le service communautaire des étudiants de l’enseignement supérieur promulguée en 2005. Grâce à cette situation propice, la campagne d’éducation « 5 par jour » a été initiée dans le contexte des Recommandations de Service Communautaire de la Faculté des Sciences de l’UCV. Il s’agissait d’une formidable occasion d’intégrer les programmes éducatifs et ludiques concernant les F&L dans les écoles publiques, tout en utilisant la bonne volonté d’étudiants engagés et formés au préalable à l’initiative conjointe OMS/FAO sur la promotion des fruits et légumes 2.

Une intervention en quatre phases

Nous présentons les résultats d’une brève intervention (mars – juin 2009), réalisée par deux étudiants en licence à l’UCV, dans une crèche pour les enfants des employés de l’UCV appelée « Negra Matea ». Un échantillon de cinquante- huit enfants en bas âge (tout-petits, bambins et enfants d’âge pré-scolaire) des deux sexes a été réparti en 4 groupes. Leurs parents et 18 employés du Centre ont également participé aux activités de la phase finale.

L’intervention a été divisée en 4 phases

  • Phase 1 : Evaluation des connaissances initiales des enfants sur les F&L par la reconnaissance et l’identification sur des images en couleur.
  • Phase 2 : Des activités, utilisant la dynamique de groupe, destinées à renforcer les connaissances des F&L (chansons enfantines, exercices et danses, théâtres de marionnettes et scénettes avec des costumes de F&L). Les enfants ont participé à l’alimentation de deux tortues de la crèche avec des légumes à feuilles. Ces activités étaient adaptées aux différents âges des participants.
  • Phase 3 : Identification des préférences F&L. Un mini-marché a été mis en place dans la crèche où les enfants pouvaient choisir et « acheter » leurs F&L préférés. Cette sélection était enregistrée. Plus tard, des séances de dégustation de 12 fruits et de 10 légumes ont été conduites par le diététicien de la crèche.
  • Phase 4 : Enfin, une foire aux F&L. Les F&L, déjà présentés aux enfants, ont été présentés à leurs parents et aux employés (en présence des enfants) et leur réponse a été enregistrée. Les parents ont reçu des bilans d’évaluation « 5 par jour » avec les résultats et les scores de leurs enfants durant toutes ces activités ainsi que le résultat final. Ils ont bénéficié d’une information motivationnelle sur les bénéfices de la consommation des F&L.

Une nette augmentation des connaissances des fruits et légumes

Au terme de l'étude, les connaissances des F&L (avant et après l’intervention) ont été comparées. Avant l’intervention, de nombreux F&L initialement présentés aux enfants leur étaient inconnus. Après, leurs connaissances avaient augmenté de 6-13% pour les légumes et de 10-35% pour les fruits (Figure 1). Les enfants étaient capables de reconnaître un plus grand nombre de fruits (45%) que de légumes (27%).

Des résultats à enrichir

La corrélation entre la connaissance et les préférences F&L n’était pas statistiquement significative (p> 0.05) pour les groupes I et II, tandis que les groupes III et IV étaient prêts à goûter et à manger la grande majorité des F&L qu’ils connaissaient et reconnaissaient (p <0,05). Ces résultats concordent avec ceux de Busick et al., qui ont observé une faible corrélation entre la capacité à identifier les F&L et la volonté d’y goûter chez les enfants 3. L’acceptation des aliments chez les enfants d’âge préscolaire est souvent considérée comme un comportement de préférence de base, hautement corrélé avec une consommation illimitée, établissant la mesure de ce que les enfants sont prêts à manger lorsqu’on leur propose. Quand on propose de manière répétée de nouvelles saveurs aux enfants, sans coercition, ils apprennent à accepter de nouveaux aliments qu’ils avaient auparavant rejetés 4.

Ces résultats ont été comparés à ceux rapportés par leurs parents et le personnel sur les saveurs et les préférences durant la foire F&L. Une faible relation entre les groupes, les parents et les employés, a été observée, indiquant que les dispositions des enfants à tester les différents F&L étaient faiblement corrélées aux goûts des adultes qui interagissent avec eux (p>0.05). Il faudrait examiner ceci de manière plus détaillée car la foire F&L a été le seul événement où cela a été mesuré. Cependant, on a bien perçu que les adultes avaient conscience de l’importance des F&L.

Marilin Chivico
Ecole de Biologie, Faculté des Sciences, Université Centrale du Venezuela, Caracas
Jailyn Carrasquel
Ecole de Biologie, Faculté des Sciences, Université Centrale du Venezuela, Caracas
Eliana Delgado
Ecole de Biologie, Faculté des Sciences, Université Centrale du Venezuela, Caracas
Cristina Olaizola
Ecole de Biologie, Faculté des Sciences, Université Centrale du Venezuela, Caracas
María Soledad Tapia
Ecole de Biologie, Faculté des Sciences, Université Centrale du Venezuela, Caracas
Service Communautaire : Une bonne Opportunité. Ces types d’intervention continuent avec de bonnes perspectives même si elles couvrent seulement des activités à court terme.
  1. Olaizola C, Esté ME, Tapia MS et al. Rev Chil Nut. 2006; 33 Supl 1:306-315.
  2. Tapia MS., Olaizola C and Delgado-Mora E. Rev Española Nutrición Comunitaria 2010; 6:45-50.
  3. Busick D, Brooks J, Pernecky S et al. Appetite 2008; 51:468–473.
  4. Contento I, Randell JS, Basch C. J Nutr Educ Behav 2002; 34(1):2-25.
Retour Voir l'article suivant