N° 179 | octobre 2017

Quand les recommandations alimentaires tournent court. Que savent réellement les femmes enceintes australiennes ?

Nous avons interrogé 388 femmes enceintes dans toute l’Australie à propos de ce qu’elles mangeaient, de leurs connaissances nutritionnelles et de leur confiance dans ces dernières. Leur motivation, leur attitude envers une nourriture saine et leurs tentatives pour adopter une telle alimentation et la conserver, ont été mesurées. Nous avons étudié la façon dont leurs croyances et leur comportement correspondaient aux recommandations australiennes en termes de nourriture saine pour les principaux types d’aliments, y compris les fruits et légumes (F&L).

Pour y parvenir, nous avons adapté un questionnaire connu et l’avons rendu accessible en ligne, ainsi que dans des cliniques prénatales et des lieux publics.

Les femmes se disent «fortement motivées » pour manger sainement durant leur grossesse...

La majorité des femmes (72 %) sont prêtes et décidées à introduire des changements dans leur alimentation, et sont en majorité (65 %) très confiantes pour le faire. Seules 2 % des femmes pensent que ces changements alimentaires ne les concernent pas. Les trois quarts ont essayé d’adopter ou de conserver un régime alimentaire sain pendant leur grossesse. Elles pensaient que des connaissances sur un régime alimentaire sain (d’après les recommandations sur les principaux groupes d’aliments) étaient très importantes pendant la grossesse. La majorité a également indiqué ne pas avoir de doute à ce sujet. Pourtant, leurs réponses ont été contradictoires...

.... mais que la réalité démontre le contraire, avec une sous-consommation de fruits, légumes, céréales et pain

Alors que les femmes pensaient avoir des connaissances approfondies sur ce qu’il est important de consommer pour manger sainement au cours de la grossesse et une confiance assez élevée dans leur changement de comportement, les résultats de l’enquête indiquent que dans certains domaines, elles ne devraient pas en être aussi sûres.

Dans l’ensemble, aucune des femmes enceintes – malgré leur forte motivation, leurs connaissances supposées et la confiance dans leurs actions – ne respectait véritablement les recommandations pour les 5 principaux groupes d’aliments. Il y avait une sousconsommation de fruits, légumes, céréales et pain ainsi qu’une surconsommation de viande :

  • 93 % ne respectaient pas les recommandations concernant les légumes
  • 90 % ne respectaient pas les recommandations concernant les fruits
  • 52 % mangeaient trop de viande
  • 30 % consommaient trop de produits laitiers (même si 30 % consommaient la quantité recommandée – soit le pourcentage le plus élevé pour l’ensemble des groupes d’aliments)

Leurs connaissances sur l’apport recommandé des 5 principaux groupes d’aliments, y compris les F&L, étaient limitées (55 % ignoraient l’apport correct en F&L).

Une probabilité plus élevée de manger une quantité correcte de fruits et légumes en début de grossesse

Les femmes qui possédaient les connaissances les plus précises sur la consommation recommandée de F&L avaient davantage tendance à indiquer que leur alimentation était conforme aux recommandations nutritionnelles. Les connaissances les plus fiables sur ces recommandations étaient associées à de meilleures habitudes alimentaires, avec la probabilité que la consommation des groupes alimentaires sélectionnés augmente significativement : 8 fois plus de probabilités pour les F&L et 6,8 fois plus pour le pain et les céréales. Les femmes en début de grossesse avaient également une probabilité plus élevée de manger une quantité correcte de F&L.

La majorité des femmes enceintes ont une alimentation loin d’être optimale

Même si les femmes enceintes étaient fortement motivées et confiantes quant au fait d’être capables de manger sainement et déclaraient qu’elles connaissaient et comprenaient les recommandations alimentaires, les résultats ont indiqué une compréhension moins bonne que celle qu’elles annonçaient et une conformité moins élevée avec les recommandations. De tels résultats doivent fortement préoccuper les professionnels de santé.

En majorité, les femmes enceintes ont une alimentation qui est loin d’être optimale, ce qui risque d’affecter à la fois leur santé et celle de leur bébé, aujourd’hui et dans l’avenir.

Les femmes enceintes qui ont confiance dans leurs connaissances nutritionnelles et leur capacité à conserver un régime alimentaire sain peuvent estimer ne pas avoir besoin de rechercher des informations, en particulier auprès de sources officielles comme les professionnels de santé. Leur confiance représente en réalité un obstacle pour se rendre dans les services de santé et bénéficier des ressources disponibles.

Un outil utile en consultation

Les professionnels de soins de santé pourraient utiliser en consultation un bref questionnaire de fréquence de consommation alimentaire (p. ex. 5 à 6 questions sur les 5 groupes alimentaires) comme outil rapide d’évaluation des connaissances des femmes. Cela peut aider à engager une conversation avec les femmes enceintes à propos de leurs connaissances nutritionnelles et de leur comportement en matière d’alimentation saine. L’utilisation d’un tel outil réduirait la possibilité qu’un professionnel de santé suppose, chez une femme apparemment informée, un niveau de connaissances supérieur à celui qu’elle a en réalité. Cela pourrait également instaurer une relation de confiance stable avec un professionnel de santé, concernant les habitudes alimentaires à un moment où la femme est, à juste titre, fortement motivée pour changer.

Khlood Bookari
École de la santé et de la société, Université de Wollongong, AUSTRALIE
Heather Yeatman
École de la santé et de la société, Université de Wollongong, AUSTRALIE
Moira Williamson
École d’infirmiers, Université de Wollongong, AUSTRALIE & École d’infirmiers et de sage-femmes, Université du Queensland central, AUSTRALIE
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