N° 179 | octobre 2017

Aide alimentaire en France : évolutions de la consommation des fruits et légumes entre 2004-2005 et 2011-2012 (études Abena)

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La sécurité alimentaire est compromise dans les populations faisant face à d’importantes difficultés financières. Les structures d’aide alimentaire contribuent à atténuer ces difficultés en distribuant des aliments ou des repas gratuitement, ou à des coûts modiques comme dans les épiceries sociales. La problématique d’une aide alimentaire de bonne qualité nutritionnelle, c’est-à-dire n’apportant pas seulement un complément d’un point de vue quantitatif, est centrale car ces populations connaissent des risques de maladies chroniques plus élevés qu’en population générale. L’accès aux fruits et légumes est ainsi un des éléments-clé de la qualité de leur alimentation

Etudes ABENA : décrire les comportements alimentaires des personnes recevant de l’aide alimentaire en France

Les études Abena (Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire) réalisées en 2004-2005 et en 2011-2012, visaient à décrire les comportements alimentaires des personnes recevant de l’aide alimentaire en France. Leur répétition, selon un protocole identique, a permis de mesurer des évolutions après, notamment, la mise en place d’un vaste programme d’amélioration de l’aide alimentaire en France, suite à la diffusion de la première vague des résultats de 2004-2005.

En 2011-2012, l’étude a été réalisée à Paris, Marseille et Dijon ainsi qu’en Seine-St-Denis, Val-de-Marne et dans les Hauts-de-Seine, sur la base d’un échantillon aléatoire à deux degrés (tirage au sort des structures d’aide, puis des personnes bénéficiaires de l’aide au sein de ces structures).

En 2004-2005, les mêmes zones géographiques avaient été enquêtées à l’exception du Val-de-Marne et des Hauts-de-Seine. Les critères d’inclusion étaient :

  • d’être âgé de 18 ans ou plus ;
  • d’être capable de répondre au questionnaire en français, seul ou avec l’aide d’un interprète et
  • d’être le récipiendaire de l’aide.

Compte tenu de la réalisation de l’enquête sur les lieux mêmes de distribution (qu’il s’agisse de repas, de colis ou d’une épicerie sociale), le questionnaire a été conçu pour être rempli pendant moins d’une heure.

Par conséquent, l’évaluation de l’alimentation reposait sur des questions simples de fréquence pour les principaux groupes d’aliment. De nombreux autres thèmes ont été abordés dans le cadre de cette interview : conditions de vie socioéconomiques ; histoire du recours à l’aide ; modes d’approvisionnement ; insécurité alimentaire… Un examen de santé était également proposé pour disposer de mesures anthropométriques et de la pression artérielle, et de divers marqueurs biologiques.

Huit personnes sur 10 recevant une aide alimentaire déclarent consommer des fruits et légumes au moins une fois par jour

Au total, plus de 1500 personnes ont été incluses. Les trois-quarts étaient des femmes, et la moitié avait entre 35 et 54 ans. Près des deux-tiers étaient célibataires ; neuf sur dix vivaient dans un appartement ou une maison. Enfin, les deux-tiers avaient un enfant au moins. Contrairement aux produits non périssables et les conserves, dont l’approvisionnement se faisait grâce à l’aide alimentaire en majorité, les fruits et légumes frais étaient acquis d’abord via l’aide alimentaire pour moins de 10% des personnes interrogées.

En 2011-2012, huit personnes sur 10 recevant de l’aide alimentaire déclaraient consommer des fruits et légumes au moins une fois par jour. Néanmoins, elles étaient la moitié à déclarer en consommer une ou deux fois maximum, et un quart, trois ou quatre fois par jour. Seuls 6,5% déclaraient en consommer cinq fois par jour.

Ce constat peu favorable était cependant en amélioration depuis 2004- 2005 : 70% des personnes interrogées alors, consommaient des fruits et légumes une à deux fois par jour, 10% en consommaient trois à quatre fois, et moins de 2%, cinq fois.

Des améliorations des consommations indépendantes des évolutions de profils

Ces différences entre 2004-2005 et 2011-2012 étaient statistiquement significatives (P< 0,0001), et le restaient après ajustement sur les caractéristiques sociodémographiques.

Une des explications de ces changements pouvait se trouver dans les modifications des caractéristiques des personnes recevant de l’aide alimentaire en 2011-2012, par rapport à 2004-2005. Ces profils ont évolué, vers des personnes plus fréquemment nées en France, âgées de 65 ans et plus, célibataires, sans enfant, diplômées du secondaire et ayant un travail. Un tel résultat permet donc de conclure à des améliorations des consommations indépendamment des évolutions de profils.

Objectifs : améliorer la disponibilité de fruits et légumes

A l’exception des aliments amylacés, tous les groupes d’aliments ont montré des évolutions favorables. Néanmoins, les marges de progrès restaient encore très importantes tant ces consommations étaient éloignées des recommandations nationales du PNNS.

La réédition de cette enquête permettra d’actualiser ces tendances et de proposer de nouvelles pistes d’amélioration de la qualité de l’aide alimentaire, entre autres en ce qui concerne la mise à disposition de fruits et légumes.

Katia Castetbon
Université libre de Bruxelles, Ecole de Santé Publique, Centre de Recherche « Epidémiologie, Biostatistique et Recherche Clinique », BELGIQUE
Castetbon K, Grange D, Guibert G, Vernay M, Escalon H, Vincelet C. Recent changes in sociodemographic characteristics, dietary behaviors and clinical parameters of adults receiving food assistance in France. BMC Public Health 2016;16:779. Voir également : Grange D, Castetbon K, Guibert G, Vernay M, Escalon H, Delannoy A, Féron V, Vincelet C. Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire Etude Abena 2011-2012 et évolutions depuis 2004-2005. Observatoire régional de santé Ile-de-France, Institut de veille sanitaire, Institut national de prévention et d’éducation pour la santé ; 2013. 186 p. Bellin-Lestienne C, Deschamps V, Noukpoapé A, Hercberg S, Castetbon K. Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Étude Abena, 2004–2005. Institut de veille sanitaire, Université de Paris 13, Conservatoire national des arts et métiers ; 2007. 74 p.
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