N° 125 | novembre 2012

Quels sont les facteurs sociaux liés à la prévalence du diabète dans 94 pays

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Cette étude a cherché à quantifier les liens entre certains facteurs sociaux et la prévalence du diabète. Jusqu’alors la plupart des recherches n’avaient exploré que les relations individuelles entre certains facteurs sociaux – disponibilité de certains aliments, indicateurs d’urbanisation (posséder une voiture, présence d’autoroutes et degré d’autonomie) – et les maladies non transmissibles. Nous sommes allés plus loin, en quantifiant les relations entre le diabète et de multiples variables socio-économiques, en ayant soin d’isoler les effets qui sont en rapport direct de ceux qui sont indépendants des interactions avec les autres influences sociales.

Une grande variété de sources de données

Nos sources de données ont englobé la Fédération Internationale du Diabète, l’Organisation Mondiale de la Santé, la Banque Mondiale et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation). Nous en avons extrait les estimations 2010 pour les prévalences nationales du diabète. Ensuite, pour chaque pays, nous avons identifié les variables susceptibles d’être associées au diabète au niveau individuel : disponibilité calorique totale, accès aux sucres, aux graisses animales, aux fruits et légumes (selon le niveau de production, les importations et les exportations), marqueurs d’une moindre activité physique (nombre de voitures par habitant et l’importance économique du secteur des services), PNB (Produit National Brut) par habitant, importations et mortalité par tranche d’âge. Nous avons utilisé divers modèles statistiques afin d’analyser les relations croisées entre ces différents facteurs et la prévalence du diabète dans 94 pays.

Quand l’accès aux fruits et légumes augmente de 10%, la prévalence du diabète diminue de 30,6%

Nos résultats mettent en évidence des associations statistiquement significatives entre de multiples indicateurs sociaux et la prévalence du diabète, après ajustement pour des facteurs clés comme le PNB per capita (parité de pouvoir d’achat), le taux de mortalité et le taux d’investissements provenant de l’étranger (marqueur de l’intégration du pays dans l’économie mondiale et de l’exposition à des aliments en conserve et industriels).

Ainsi, nous avons estimé que, lorsque l’accès aux fruits et légumes (F&L) augmentait de 10%, la prévalence du diabète diminuait de 30,6%. En parallèle, lorsque l’accès aux sucres diminuait de 10%, la prévalence du diabète diminuait de 61,5%. Une réduction de 10% de l’accès aux graisses animales était associée à une réduction de 29,0% de la prévalence du diabète. Une diminution de 500 calories par jour et par personne était associée à une réduction de 5,2% du diabète.

Quelles recommandations en pratique ?

Sans préjuger de lien de causalité, nous avons placé ces résultats dans le contexte des individus dans une population.

Pour une alimentation quotidienne individuelle moyenne de 2000 calories, nos résultats suggèrent qu’une augmentation de la consommation de F&L de 5% peut être atteinte en ajoutant une à deux portions de F&L par personne par jour. Cette opération serait associée à une réduction de 17% de la prévalence du diabète.

De même, réduire l’énergie provenant des sucres de 5% correspondrait à diminuer les apports énergétiques en sucres de 100 calories par jour, soit une canette de boissons sucrées ou la moitié d’une barre chocolatée en moins. Cette réduction serait associée à une baisse de 27% de la prévalence du diabète.

Diminuer de 5% les apports caloriques en graisses animales réduirait les apports caloriques de 100 calories et serait associé à une réduction de 15% de la prévalence du diabète dans la population.

L’augmentation des cas de diabète est devenue un véritable fardeau pour les pays en voie de développement. Les politiques de santé publique visant à augmenter l’accès aux F&L et à limiter l’excès de sucres, de graisses animales et de calories en général, doivent être examinées minutieusement, dans le cadre global d’une approche nutritionnelle holistique.

Proposer plus de F&L aux habitants

Dans la société actuelle, des modifications peuvent être apportées par toute une gamme d’actions politiques. L'une d'elle consisterait à augmenter la consommation de F&L par :

  • l’amélioration de la distribution (les F&L sont périssables avant d’arriver à destination, en particulier dans des climats chauds comme ceux de l’Inde ou de l’Afrique),
  • la réduction de leur coût,
  • des subventions,
  • des incitations à la consommation individuelle.

Les politiques visant à réduire la disponibilité - et donc la consommation - des sucres ou des graisses animales, ou à augmenter la consommation de F&L, pourraient également examiner les accords commerciaux pour s’assurer que les politiques économiques prennent également en compte la disponibilité et le coût des produits sains par rapport aux produits malsains.


Les pays inclus dans cette étude : Extrême Orient et Pacifique : Australie, Chine, Indonésie, République de Corée, République Populaire du Laos, Mongolie, Philippines, Vietnam. Europe et Asie Centrale : Albanie, Arménie, Autriche, Biélorussie, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie Croatie, Chypre, République Tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, France, Georgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Kazakhstan, Kirghizstan, Lettonie, Luxembourg, Macédoine (Ancienne République Yougoslave), Moldavie, Pays Bas, Norvège, Pologne, Fédération de Russie, Slovaquie, Espagne, Suède Turquie, Ukraine, Royaume Uni. Sous Continent Indien : Bangladesh, Népal, Pakistan, Sri Lanka. Amérique Latine et Caraïbes : Argentine, Belize, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, République Dominicaine, Equateur, Salvador, Guatemala, Guyana, Honduras, Mexique, Panama, Pérou, St. Vincent et les Grenadines, Trinidad et Tobago. Moyen Orient et Afrique du Nord : Jordanie, Maroc, Syrie, Tunisie. Afrique Sub-Saharienne : Angola, Botswana, Cape Vert, République Centrafricaine, Comores, République Démocratique du Congo, République du Congo, Ethiopie, Gambie, Ghana, Kenya, Liberia, Malawi, Ile Maurice, Mozambique, Namibie, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Afrique du Sud, Soudan, Swaziland, Ouganda, Zambie.

Karen R. Siegel
Section des Sciences Biologiques et Biomédicales, Ecole Doctorale Laney, Université Emory & Département Hubert de Santé Globale, Ecole Rollins de Santé Publique, Université Emory
K.M. Venkat Narayan
Département Hubert de Santé Globale, Ecole Rollins de Santé Publique, Université Emory - USA
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