N° 79 | juillet 2008

Union pour la méditerranée…contre le diabète !

Si l’évolution actuelle se poursuit, le diabète atteindra le niveau d’une pandémie en 2030. D’où l’importance des tentatives de prévention qui reposent sur un mode de vie adapté. A ce jour, divers essais randomisés ont bien montré le rôle protecteur joué par la perte de poids et une activité physique régulière. Mais l’alimentation, notamment méditerranéenne - qui a fait ses preuves dans le domaine cardio-vasculaire, a elle aussi, sa place contre le diabète…

Le régime méditerranéen… Si on connaît bien ses bénéfices en termes de protection cardio-vasculaire, peu d’études prospectives ont étudié l’impact d’un tel régime sur la survenue du diabète dans des populations initialement bien portantes. C’est ce que vient de faire une équipe espagnole, conduite par le Professeur MartinezGonzalez du département de médecine préventive de l’Université de Navarra. L’intérêt de cette étude de grande envergure est d’avoir utilisé un score d’adhésion au régime méditerranéen, validé et mis au point par une spécialiste de la question, le Pr Antonia Trichopoulou de l’Université d’Athènes.

Plus de 13000 sujets suivis pendant plus de 4 ans

Pour prendre part à ce projet, 13 380 sujets bien portants (anciens étudiants, infirmières et diplômés de diverses universités) ont été sélectionnés à partir de l’étude SUN (Seguimiento Universidad de Navarra) (étude de suivi de l’Université de Navarra). Ils étaient tous indemnes de diabète et ont été suivis pendant plus de 4 ans. Leurs habitudes alimentaires ont été étudiées dans le détail, au moyen d’un questionnaire à 136 items, portant sur la taille des portions et la fréquence de consommation de chaque aliment au cours de l’année précédente. L’adhésion au modèle méditerranéen a été appréciée à travers le score de Trichopoulou, coté de 0 à 9. Pour prendre en compte tous les facteurs en jeu, on a également recueilli des données sociodémographiques, anthropométriques, de mode de vie, des informations cliniques et des données d’activité physique. Les nouveaux cas de diabète apparus au cours du suivi des participants ont été validés par des données médicales et des questionnaires analysés par des médecins.

Le suivi a duré en tout 4,4 ans. Au final, 33 nouveaux cas de diabète de type 2 confirmé ont été diagnostiqués chez les 13 000 participants.

Une réduction de 83% du risque de diabète avec le régime méditerranéen !

Les sujets qui avaient le score méditerranéen le plus élevé (>6) avaient également le plus haut niveau d’activité physique de loisir. Ils étaient, en outre, plus âgés, avaient un IMC un peu plus important et un apport énergétique un peu plus conséquent. Ils présentaient, enfin, une plus forte prévalence d’hypertension artérielle et plus d’antécédents familiaux de diabète.

Les choses deviennent plus intéressantes quand on étudie le risque de diabète en fonction du niveau de score méditerranéen. On retrouve alors une association inverse entre les deux, après ajustement pour le sexe, l’âge, et tous les autres facteurs de confusion.

Ainsi, un score supérieur à 6, témoignant d’une forte adhésion au modèle méditerranéen, est associé à une réduction relative de 83% du risque de développer un diabète !

Quand on considère ce score comme une variable continue, les auteurs parviennent à estimer qu’une augmentation du score de 2 points est associée à une réduction du risque relatif de diabète de 35%.

L’adiponectine : la clé du problème ?

Les mécanismes potentiels pouvant expliquer cet effet protecteur sont multiples et reposent sans doute sur l’association des divers composants alimentaire du régime. Par exemple, il a été montré, à travers quelques études, que l’huile d’olive protégeait de l’insulinorésistance et du syndrome métabolique. Une alimentation riche en acides gras mono-insaturés améliore plus la sensibilité à l’insuline et le profil lipidique qu’un régime riche en hydrates de carbone. On a également montré que les sujets suivant une alimentation méditerranéenne secrétaient plus de GLP-1.

Outre l’huile d’olive, les multiples constituants du régime méditerranéen contribuent à réduire les marqueurs d’inflammation et de dysfonction endothéliale, qui sont considérés comme des prédicteurs de la survenue de diabète de type 2.

Enfin, à partir de la cohorte de l’étude NHS des infirmières, il a été mis en évidence que les femmes qui avaient le score méditerranéen le plus élevé avaient également des concentrations en adiponectine (une protéine sécrétée par le tissu adipeux qui améliore la sensibilité à l’insuline) plus élevées de 23% par rapport à celles qui suivaient le moins ce modèle alimentaire.

Malgré ses biais potentiels (reconnus par les auteurs avec, en premier lieu, un petit nombre de sujets diabétiques), cette étude conforte les bénéfices d’une alimentation méditerranéenne, riche en huile d’olive, mais aussi en fruits légumes, céréales, oléagineux, légumineuses et poisson pour la prévention du diabète. Il serait temps de s’y mettre !

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
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