Faire face à la crise mondiale de l’obésité : quels leviers pour promouvoir une alimentation plus saine ?
Édito

Selon l’OMS, l’obésité est une maladie chronique et récidivante, résultant d’une interaction complexe entre la génétique, la neurobiologie, les comportements alimentaires et les modes de vie, les environnements alimentaires et des facteurs socio-économiques plus larges. Au fil des dernières décennies, de profondes transformations liées à la mondialisation et à l’industrialisation des systèmes alimentaires ont modifié les régimes alimentaires, les habitudes de vie et l’accès à l’alimentation, favorisant des environnements de plus en plus obésogènes. Il en résulte une crise mondiale de santé publique : plus d’un milliard de personnes vivent aujourd’hui en situation d’obésité, et sa prévalence continue d’augmenter dans presque tous les pays (NCD Risk Factor Collaboration, 2024).
En 2022, 43 % des adultes dans le monde étaient en surpoids, contre 25 % en 1990, et environ 16 % souffraient d’obésité. Longtemps perçus comme des problèmes propres aux pays à revenu élevé, le surpoids et l’obésité progressent désormais rapidement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, y compris parmi les populations les plus vulnérables (NCD Risk Factor Collaboration, 2024). Les enfants ne sont pas épargnés : on estime que 35 millions d’enfants de moins de cinq ans étaient en surpoids en 2024, dont près de la moitié en Asie (UNICEF, 2025).
Ces tendances sont d’autant plus préoccupantes que leurs conséquences sanitaires sont bien documentées. Un indice de masse corporelle élevé constitue un facteur de risque majeur de maladies non transmissibles ayant contribué, à lui seul, à environ 3,7 millions de décès en 2021. Au-delà de la santé physique, l’obésité chez l’enfant et l’adolescent entraîne également des répercussions psychosociales, affectant la qualité de vie, les résultats scolaires et le bien-être à long terme (GBD 2021 Risk Factor Collaborators, 2024). Sur le plan économique, le fardeau est tout aussi alarmant, les coûts mondiaux étant estimés à 3 000 milliards de dollars par an d’ici 2030 (Okunogbe et al., 2022).
Dans ce contexte, comprendre comment prévenir efficacement le surpoids et l’obésité et encourager une alimentation saine est plus urgent que jamais. Ce numéro d’Equation Nutrition explore trois approches complémentaires qui mettent en lumière la complexité des comportements alimentaires et les leviers d’action possibles.
Le premier article (Vaughan et al., 2026) fondé sur les données du système de surveillance COSI de l’OMS dans huit pays européens, examine la relation entre les compétences culinaires des enfants et leurs habitudes alimentaires. Les résultats suggèrent qu’une plus grande implication dans la préparation des repas à la maison est associée à une consommation plus élevée de fruits et légumes. Toutefois, la plupart des compétences étudiées étaient également liées à un risque légèrement accru d’obésité, soulignant la nature nuancée de ces relations. Il est intéressant de noter que le simple fait d’éplucher les aliments était associé à une réduction du risque d’obésité d’environ 15 %. Ces résultats mettent en évidence à la fois le potentiel et les limites d’une approche centrée sur les compétences individuelles et soulignent la nécessité de poursuivre les recherches afin de mieux comprendre les mécanismes causaux.
Le deuxième article (Nzesi et al., 2026) évalue si des incitations économiques peuvent modifier les comportements alimentaires. Dans cet essai contrôlé randomisé mené à New York auprès d’adultes en surpoids ou obèses, des réductions de prix sur les fruits, les légumes et les boissons non caloriques ont entraîné des changements mesurables. Une remise de 15 % a significativement augmenté la consommation de fruits au fil du temps, tandis qu’une réduction de 30 % a temporairement stimulé la consommation de légumes et conduit à une légère perte de poids initiale. Ces résultats soulignent le rôle de l’accessibilité économique comme déterminant clé des choix alimentaires, tout en suggérant qu’un changement durable des comportements nécessite probablement davantage que des incitations financières à court terme.
Le troisième article (Gonzalez et al., 2026) présente une intervention communautaire innovante au Mexique, dans laquelle des enfants ont été formés comme « promoteurs de santé » afin d’influencer leurs pairs. Comparée aux stratégies éducatives traditionnelles, cette approche a conduit à des améliorations de la composition corporelle, de la qualité de l’alimentation et des marqueurs biologiques chez les enfants participants. En s’appuyant sur les dynamiques sociales et l’influence des pairs, cette intervention illustre le potentiel des modèles communautaires pour favoriser des environnements et des comportements plus sains.
Pris ensemble, ces travaux renforcent un message central : la lutte contre l’obésité nécessite des stratégies multidimensionnelles qui dépassent la seule responsabilité individuelle. Alors que l’obésité continue de progresser à l’échelle mondiale, en particulier dans les contextes de transition nutritionnelle rapide, la conception d’interventions efficaces, équitables et durables demeure une priorité essentielle.
Psychologue clinicienne, thérapeute comportementale et professeure émérite à l’université de Gand, faculté de psychologie, Caroline Braet enseigne notamment la psychopathologie du développement. Ses travaux de recherche portent sur le développement de l’obésité infantile, son traitement et les problématiques associées au surpoids chez l’enfant. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages et articles consacrés à l’obésité infantile.
Membre de plusieurs associations européennes (comme l’European Child Obesity Group, l’European Association for Behavior Therapy, le réseau européen COST-CA16102) et de l’Eating Disorder Research Society, elle a été nommée membre d’honneur de l’Association italienne des thérapeutes comportementaux (depuis 2004) et de l’Association néerlandaise des thérapeutes comportementaux (depuis 2013).
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Également à découvrir dans ce numéro :
- Notre infographie fait le focus les nutriments des fruits et légumes contribuant à leurs effets protecteurs vis-à-vis de l’obésité ;
- Avis d’expert, deux questions à Delphine Trujillo;
- En pratique : 5 conseils pour aborder le poids en consultation ;
- En bref, notre mini veille de juin 2026 sur l’alimentation, la santé, la durabilité et les fruits et légumes.