La littératie alimentaire, un levier pour adopter une alimentation plus riche en fruits et légumes

Édito

Parents et enfants heureux en cuisinant - Littératie alimentaire Aprifel

Malgré des recommandations sanitaires largement connues appelant à une consommation accrue de fruits et légumes, les apports restent largement insuffisants à l’échelle mondiale. La consommation moyenne quotidienne atteint, ainsi, 267g par personne, alors que l’OMS recommande d’atteindre au moins 400g (ERC, 2021). Ce décalage entre les connaissances et les comportements ne se limite pas aux fruits et légumes mais traduit des contradictions plus larges dans les habitudes alimentaires.

Face à cet enjeu, la littératie alimentaire constitue un cadre structurant pour combler cet écart et favoriser des changements durables de comportements. La littératie alimentaire se définit comme la « capacité à prendre des décisions favorisant la santé individuelle et un système alimentaire durable, en tenant compte des dimensions environnementales, socio-économiques, culturelles et politiques » (Cullen, 2015). Elle repose sur des connaissances, des compétences pratiques et des expériences, mais demande aussi des capacités d’analyse critique. Ces compétences se développent durant l’enfance et l’adolescence et peuvent évoluer tout au long de la vie.

Ainsi, renforcer la littératie alimentaire représente un levier pour permettre aux individus de prendre davantage en main leurs choix alimentaires et, plus largement, leur santé. En effet, plusieurs travaux démontrent qu’un faible niveau de littératie alimentaire est associé à une connaissance limitée des maladies chroniques, à une prévalence accrue de ces pathologies, ainsi qu’à une moindre capacité d’auto-gestion (Metcalfe et al., 2021 ; Hollywood et al., 2018).

Ce mois-ci, l’édition d’Equation Nutrition explore le lien entre littératie et habitudes alimentaires et illustre comment les interventions destinées à augmenter la littératie alimentaire peuvent permettre d’améliorer les comportements.

Le premier article (Lee et al., 2023) analyse l’association entre les consommations alimentaires et les scores de littératie alimentaire d’adultes coréens. Cette étude compare notamment les niveaux de littératie entre adultes et personnes âgées. Ses résultats montrent que les individus dont l’alimentation est proche des recommandations nutritionnelles ont généralement des scores de littératie plus élevés. Cette association est particulièrement forte concernant la consommation de fruits frais. De plus, les personnes ayant des niveaux de littératie élevés sont plus susceptibles d’avoir des apports en fruits et légumes adéquats.

Le deuxième article (Butcher et al., 2024) s’intéresse aux techniques de changement de comportement utilisées dans les interventions visant à renforcer la littératie alimentaire. Cette étude souligne l’importance d’agir, à la fois, sur l’amélioration des connaissances et des compétences – au travers d’activités pratiques – pour obtenir des changements durables. La fixation d’objectifs apparaît comme une technique-clé. Dans ce travail, un grand nombre de participants ont exprimé le souhait d’augmenter leur consommation de fruits et légumes. Cet objectif a débouché sur une hausse significative de la consommation de fruits, mais pas celle des légumes.

La nature des informations auxquelles les personnes sont exposées dès leur plus jeune âge semble un déterminant clé de la littéracie alimentaire. Le troisième article (Jindarattanaporn et al., 2023) met, ainsi, en lumière le rôle de l’environnement informationnel. Ce travail montre que chez des jeunes thaïlandais, l’exposition à des contenus internet concernant la santé est positivement associée à la consommation de fruits et légumes. Ainsi, pour cette population, renforcer l’analyse critique apparaît comme un levier particulièrement pertinent.

Ensemble, ces travaux soulignent qu’améliorer la littératie alimentaire permet d’autonomiser les personnes et d’améliorer leur capacité à adopter une alimentation saine et durable. Il est, ainsi, particulièrement intéressant de noter qu’un niveau élevé de littératie est associé à une consommation accrue de fruits et légumes. Ces travaux montrent également que pour obtenir des résultats durables, les interventions destinées à améliorer la littératie doivent être efficaces, évolutives et intégrer des techniques de changement de comportement. Dès l’enfance, il est, ainsi, crucial de développer à la fois les connaissances, les compétences pratiques et l’esprit critique afin de permettre des choix éclairés dans un environnement alimentaire toujours plus complexe. A ce titre, la littératie alimentaire représente une stratégie clé pour favoriser la santé tout au long de la vie.

Ce concept sera au cœur du symposium organisé par Aprifel lors du congrès ICN IUNS 2025, intitulé « Littératie et connaissance alimentaires : donner à chacun le pouvoir d’agir pour une consommation accrue de fruits et légumes ». Organisé le lundi 25 août, cet évènement réunira quatre experts en psychologie et en sciences cognitives qui mettront en évidence le rôle de la littératie alimentaire sur les préférences alimentaires.

Marion Hetherington Littératie alimentaire Aprifel
Marion Hetherington Biopsychologie
Université de Leeds, Royaume-Uni
A propos de l’auteur

Marion Hetherington est professeure émérite en biopsychologie à l’Université de Leeds. Ses recherches portent sur l’appétit humain tout au long de la vie. Elle est titulaire d’un doctorat de l’Université d’Oxford et a bénéficié de bourses postdoctorales à la Johns Hopkins University et aux NIH. Elle a occupé des postes académiques aux universités de Dundee, Liverpool et Glasgow Caledonian, avant d’être nommée professeure de biopsychologie à Leeds en 2008. Ses travaux se concentrent sur le développement des préférences alimentaires chez le nourrisson, l’expression de la faim et de la satiété pendant les repas, ainsi que la manière dont les aidants y répondent. Elle s’intéresse également à l’anorexie du vieillissement. Ses projets récents incluent la recherche sur la supplémentation alimentaire pour réduire le risque de malnutrition chez les personnes âgées.

Note de l’équipe d’Aprifel – Également à découvrir dans ce numéro d’Equation Nutrition
  • Notre infographie – Littératie alimentaire : 3 dimensions complémentaires pour des choix alimentaires éclairés
  • L’avis d’expert : Ateliers culinaires : quel intérêt pour faire évoluer les habitudes alimentaires ? deux questions à Damien Galtier
  • 5 conseils pratiques pour développer la littératie alimentaire de vos enfants
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