Faire face à la crise mondiale de l’obésité : quels leviers pour promouvoir une alimentation plus saine ?

Réductions sur les fruits et légumes, une stratégie efficace mais non suffisante contre l’obésité

Femme en train d'acheter des fruits et légumes au supermarché

Un travail réalisé aux Etats-Unis auprès de personnes en surpoids ou obèses démontre l’intérêt des réductions ciblées sur les fruits et légumes. Cette étude observe une augmentation de la consommation de fruits et légumes et des effets positifs sur le poids chez les personnes bénéficiant de réductions. L’efficacité de ces mesures reste cependant limitée dans le temps soulignant l’importance de stratégies plus globales pour lutter contre la progression du surpoids et de l’obésité.

Aux Etats-Unis, les habitudes alimentaires restent éloignées des recommandations nutritionnelles, en particulier chez les personnes les plus modestes. La consommation de fruits et légumes reste notoirement insuffisante, malgré des bénéfices pour la santé bien établis (Slavin et al., 2012).

A New-York :

Près de 30 % des adultes ne consomment aucun fruit ni légume (​NY State, Department of Health, 2021)

Seuls 15 % des adultes respectent les recommandations nutritionnelles (​Lee et al., 2022).

Un tiers des adultes de l’état de New York vivent en situation d’obésité (​CDC, 2024).

De nombreux facteurs influencent les habitudes alimentaires : le coût, le goût, l’accessibilité physique ou encore, l’éducation (Geliebter et al., 2013 ; Moran et al., 2019 ; Vadiveloo et al., 2021). Le prix des fruits et légumes, fait ainsi partie des principaux freins évoqués à leur achat et leur consommation (Darmon et al., 2015). Les stratégies d’incitation par le prix sont ainsi fréquemment mises en place pour encourager des choix alimentaires plus sains (Geliebter et al., 2013 ; Adam et al., 2016). Les supermarchés, principaux lieux d’achat des ménages, représentent un lieu privilégié pour leur déploiement.

Une étude récente (Nzesi et al., 2026) a ainsi évalué l’effet de promotions sur les fruits et légumes chez des adultes new-yorkais en surpoids ou obèses. Les auteurs ont analysé ’effet de ces incitations financières sur la qualité de l’alimentation, le poids et plusieurs indicateurs de santé.

Fruits : une réduction de 15 % pourrait soutenir durablement la consommation

Pour ce faire, les participants à l’étude ont reçu des bons d’achat de 15 % ou 30 % utilisables sur les fruits et légumes durant 32 semaines. Ils ont également été suivis pendant 16 semaines supplémentaires (voir méthodologie).

Pendant l’intervention, les participants n’ont pas consommé davantage de fruits, quel que soit le niveau de réduction. Cependant, la consommation de fruits a augmenté dans groupe bénéficiant de réductions de 15 % lors de la phase de suivi. A l’issue des 16 semaines de suivi, ces participants consommaient 137,4 g de fruits supplémentaires par jour. Cette différence, observée seulement en fin d’étude, pourrait refléter une adoption progressive de nouveaux comportements alimentaires.

Au contraire, aucune différence n’a été observée dans le groupe bénéficiant de 30 %. Des travaux précédents avaient montré une augmentation de la consommation de fruits pour des réductions comparables (Ball et al., 2015 ; Harnack et al., 2016). Les auteurs suggèrent qu’un retour au prix initial après une réduction de 30 % peut sembler plus marqué pour les participants. Cette hausse perçue du prix pourrait alors limiter les achats et la consommation de fruits après l’intervention.

Légumes : une réduction de 30 % augmente la consommation à court terme

Les réductions de 15 % n’ont pas eu d’effet sur la consommation de légumes. Les participants bénéficiant de 30 % de réduction consommaient davantage de légumes que le groupe contrôle à mi-intervention.

Au cours de l’intervention, les participants bénéficiant de 30 % de réduction consommaient environ une portion de légumes supplémentaire (88,6 g) par jour.
Nzesi et al., 2026

Ces participants ont donc privilégié l’achat de légumes plutôt que de fruits. Les légumes sont souvent perçus comme moins périssables, ce qui pourrait expliquer cette préférence. Le prix des fruits au kilo reste également plus élevé, malgré les bons d’achat. Les participants auraient ainsi favorisé des produits moins coûteux et qui se conservent plus longtemps.

Toutefois, cette hausse de consommation de légumes ne s’est pas maintenue jusqu’à la fin des périodes d’intervention et de suivi. L’incitation financière n’a donc pas permis une modification durable des habitudes alimentaires. Les auteurs suggèrent que l’effet des réductions sur la consommation pourrait diminuer avec le temps, à mesure que leur nouveauté s’estompe. Ils soulignent également que l’interruption de l’étude pendant la pandémie du Covid a pu influencer certains résultats.

Les stratégies d’incitation par le prix encouragent la perte de poids, avec une efficacité limitée à long terme

Le poids des participants était mesuré fréquemment au cours de l’intervention. A mi-intervention, les participants ayant reçu des bons d’achat avaient perdu davantage de poids que le groupe contrôle. Cependant, cette tendance reste limitée dans le temps.

A mi-intervention, le groupe bénéficiant d’une réduction de 30 % avait perdu 2,4 kg de plus que le groupe contrôle – soit une diminution du poids de 2,9 % par rapport au groupe contrôle. Cependant, cette perte de poids initiale ne s’est pas maintenue.

Seules les personnes ayant reçu les réductions de 15 % avaient une perte de poids significative à la fin de l’intervention :

Les participants bénéficiant de 15 % de réduction ont perdu 3,0 kg entre le début et la fin de l’intervention.
Nzesi et al., 2026

L’augmentation de la consommation de légumes pourrait expliquer la perte de poids observée. Les participants ont également remplacé certaines boissons sucrées par des boissons non caloriques, également accessibles grâce aux bons d’achat.

Bien que cette perte de poids constitue un signal encourageant, les auteurs tempèrent ce résultat. En effet, d’après la littérature scientifique, des bénéfices métaboliques sont observés dès 5 % de perte de poids (Wing et al., 2011 ; Farhana et Rehman, 2024). Ces observations concernent notamment des améliorations du cholestérol, de la glycémie ou de la pression artérielle. Ainsi, la perte de poids relevée dans cette étude semble insuffisante pour avoir un effet positif sur les paramètres de santé.

En conclusion, ce travail montre un effet prometteur des incitations financières pour améliorer les consommations de fruits et légumes et lutter contre le surpoids et l’obésité. Cependant, ce levier n’est pas suffisant à lui seul. Cette étude souligne ainsi la nécessité de développer des stratégies plus larges et efficaces pour réduire le surpoids et l’obésité et améliorer la santé.

Basé sur : Nzesi A., Tate A., Geliebter A. (2026). Price Discounts to Promote Supermarket Fruit, Vegetable, and Noncaloric Beverage Intake and Health Outcomes: A Randomized Controlled Trial, Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 156347, ISSN 2212-2672

Méthodologie
Messages clés
  • Une réduction de 15 % est associée à une augmentation durable de la consommation de fruits.
  • Une réduction de 30 % est associée à une augmentation ponctuelle de la consommation de légumes, qui ne dure pas dans le temps.
  • L’utilisation des bons d’achat est associée à une perte de poids chez les participants, durable uniquement pour les réductions de 15 %. Cependant, elle reste insuffisante pour entraîner des bénéfices métaboliques.
Références
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