N° 129 | mars 2013

Alimentation des femmes enceintes peut réellement être améliorée !

La santé est un bien précieux, surtout quand elle compte pour 2. C’est le cas pendant la grossesse. Pendant cette période privilégiée l’ouverture des femmes à des comportements bénéfiques pour la santé est un atout qu’il faut vraiment valoriser.

En effet, pendant la grossesse, la consommation d’alcool, le tabagisme, la sédentarité, une alimentation déséquilibrée, l’absence de vaccination anti-grippale peuvent conduire à de sérieux problèmes de santé pour la mère et pour son enfant à court et moyen terme.

Les femmes enceintes de milieu défavorisé paient un lourd tribut

Il peut s’agir, du fait d’une consommation de tabac et d’alcool d’infertilité, de fausses couches, de prématurité, de syndromes dysmorphiques ou polymalformatifs, de syndrome d’alcoolisme foetal. Sédentarité et déséquilibre alimentaire peuvent favoriser une prise de poids susceptible d’entraîner un diabète gestationnel, des malformations, une macrosomie, une hypertension artérielle, un accouchement prématuré, un risque accru de césarienne.

A l’inverse une alimentation riche en légumes à feuille verte, en fruits, en fibres, en calcium, en acides gras oméga 3 a des effets favorables sur le déroulement de la grossesse. D’où l’importance d’une prévention pour l’acquisition de comportements de santé favorables. Malheureusement les femmes enceintes de milieu défavorisé paient un lourd tribut à ces pathologies du fait du nombre des facteurs de risque qu’elles cumulent.

Identifier les facteurs de risque et les comportements à risque chez 22604 femmes enceintes

Une étude a cherché à identifier les facteurs de risque et les comportements à risque dans une cohorte de 22604 femmes enceintes américaines de 18-44 ans en 2001 et leur évolution jusqu’en 2009 ¹. Chaque année 2000 à 2900 femmes ont donc été examinées. La prévalence ajustée sur l’âge d’une activité physique de loisir d’une part et de la vaccination anti-grippale d’autre part, a augmenté significativement (p<0,05). La prévalence de la consommation d’alcool a diminué de façon non significative (p<0,065) ; la prévalence des compulsions alcoolisées (binge drinking), du tabagisme et de la consommation de fruits et de légumes (≥ 5 fois/jour) a peu varié. Durant les 9 ans de l’étude, le pourcentage de femmes enceintes ayant 4 comportements sains (pas de tabagisme actuel, pas de consommation d’alcool, une activité physique de loisir régulière et une vaccination anti-grippale) a augmenté régulièrement passant de 7,3 % en 2001 à 21,2 % en 2009 (p<0,001).

Des facteurs socio-démographiques influencent les comportements. Ainsi dans cette étude par exemple les femmes enceintes ayant un revenu élevé ou percevant leur rente comme très bonne sont plus enclines à débuter une activité physique ; de même les femmes qui perçoivent leur santé comme très bonne ont plus tendance à consommer plus de 5 fruits et légumes par jour.

Les leviers du changement

Beaucoup reste à faire et la récente revue de la littérature de Blumfield 2 montre que les apports observés restent très inappropriés par rapport aux recommandations chez les femmes enceintes avec un apport trop élevé en acides gras saturés et en graisses, un apport insuffisant en glucides, en fibres, en énergie et en acides gras polyinsaturés.

Plusieurs études ont cherché à identifier les leviers du changement. Dans une étude transversale récente Gardner et al 3 ont montré paradoxalement que les femmes enceintes ayant actuellement une consommation élevée de graisses et sucres avaient davantage l’intention de réduire ces aliments. Alors que les bénéfices perçus pour la mère et pour l’enfant augmentent leur intention de manger plus de fruits et de légumes, de manger moins gras et, dans une moindre mesure, moins sucré. Il n’y avait, par contre, pas d’effet de la menace, des barrières ou des normes, subjectives.

2 pistes d’action : prise de conscience et aide alimentaire

Prise de conscience et aide alimentaire sont 2 pistes d’action qui ont été testées :

• Dans une étude hollandaise 4, une sensibilisation à la nutrition a été proposée à des femmes multipares en âge de procréer, soit désirant, soit ne désirant pas concevoir d’enfants actuellement, soit à des femmes enceintes au 1er, au 2nd ou au 3ème trimestre de grossesse.

Les femmes enceintes ont été beaucoup plus sensibles aux messages nutritionnels que les autres, sans différence selon les trimestres de grossesse. Il n’y avait pas non plus de différence d’impact entre les 2 groupes de femmes nullipares.

• Un programme d’aide alimentaire, sous forme de « bons » pour les fruits et légumes, a été mis en place chez 602 femmes enceintes américaines 5, pendant 6 mois avec un suivi de 6 mois supplémentaires. L’intervention a entraîné une augmentation de la consommation de fruits et légumes et ceci a été soutenu pendant les 6 mois après l’intervention. Ceci se faisait soit auprès de supermarchés soit auprès de marchés de producteurs. Dans le premier cas la consommation a augmenté de 0,8 portions, dans le second de 1,4 portions, ce qui est significatif dans les 2 cas.

Ainsi l’alimentation des femmes enceintes peut réellement être améliorée, et ça, c’est vraiment un message positif !

Jean-Michel Lecerf
Service de Nutrition, Institut Pasteur de Lille, FRANCE
  1. Zhao G, Ford ES, Tsai J, Li C, Ahluwalia IB, Pearson WSet al. . Trends in health-related behavioral risk factors among pregnant women in the united states: 2001-2009. J Womens Health (Larchmt) 2012; 21:255-263.
  2. Blumfield ML, Hure AJ, Macdonald-Wicks L, Smith R, Collins CE. Systematic review and meta-analysis of energy and macronutrient intakes during pregnancy in developed countries. Nutr. Rev. 2012; 70:322-336.
  3. Gardner B, Croker H, Barr S, Briley A, Poston L, Wardle J. Psychological predictors of dietary intentions in pregnancy. J Hum Nutr Diet 2012; 25:345-353.
  4. Szwajcer E, Hiddink GJ, Maas L, Koelen M, van Woerkum C. Nutrition awareness before and throughout different trimesters in pregnancy: a quantitative study among dutch women. Fam Pract 2012; 29 Suppl 1:i82-i88.
  5. Herman DR, Harrison GG, Afifi AA, Jenks E. Effect of a targeted subsidy on intake of fruits and vegetables among low-income women in the special supplemental nutrition program for women, infants, and children. Am J Public Health 2008; 98:98-105.
Retour Voir l'article suivant