N° 152 | avril 2015

Alimentation riche en caroténoïdes & fonctions cognitives

Si, pour la plupart, les données épidémiologiques sur la prévention du vieillissement cérébral par les caroténoïdes se sont focalisées sur le ß-carotène, en revanche, d’autres caroténoïdes auraient également des propriétés intéressantes.

Notre étude a évalué l’association entre une alimentation riche en caroténoïdes et les fonctions cognitives qui en découlent chez 2 983 adultes initialement âgés de 45 à 60 ans inscrits à l’étude SU.VI.MAX (Supplémentation en Vitamines et Minéraux Antioxydants).

Les données alimentaires et les mesures plasmatiques de divers caroténoïdes (lutéine, zéaxanthine, ß-cryptoxanthine, lycopène, α-carotène, trans-ß-carotène et cis-ß-carotène) ont été recueillies en 1994-1996 (concentrations de base).

Les performances cognitives ont été évaluées de 2007 à 2009 grâce à six tests neuropsychologiques, défi nissant un «score composite de cognition».

En utilisant le modèle de régression statistique RRR (Reduced Rank Regression) chez 381 participants, une tendance alimentaire, expliquant la plupart des variations des concentrations plasmatiques de caroténoïdes, a été déterminée et extrapolée à l’ensemble de l’échantillon.

En utilisant la méthode ANCOVA, les associations entre une alimentation riche en caroténoïdes et les fonctions cognitives mesurées 13 ans plus tard ont été estimées, les écarts entre les moyennes calculés ainsi que les Intervalles de Confi ance à 95% (IdC 95%) pour chaque tertile de la teneur en caroténoïdes alimentaires.

Association entre fonction cognitive et carotènes, ß-cryptoxanthine et lutéine

Nos résultats montrent que le premier régime alimentaire extrait des données était fortement corrélé aux taux plasmatiques de ß-carotène, α-carotène, ß-cryptoxanthine et lutéine, reflétant une alimentation riche en caroténoïdes.

Notre étude a mis en évidence une association forte entre les régimes riches en lutéine et en caroténoïdes, et moindre avec la zéaxanthine.

Que savons-nous ?

  • concernant le ß-carotène : des études antérieures ont montré un meilleur statut cognitif 1-3, un moindre déclin cognitif 4,5 ou une diminution du risque de démence 6 chez les sujets ayant une forte consommation de ß-carotène ou des biomarqueurs élevés.
  • concernant les xanthophylles : la lutéine et la zéaxanthine représenteraient 70% des caroténoïdes au niveau du cerveau et joueraient un rôle dans le maintien des fonctions cognitives 7.

Association positive entre un régime alimentaire riche en caroténoïdes et la consommation de fruits et légumes orange et verts, d’huiles végétales et de soupe

Ce régime alimentaire, déterminé grâce aux données sur l’exposition à la cinquantaine, est fortement corrélé à la consommation de fruits et légumes verts, d’huiles végétales, de fruits et légumes orange et de soupe. Il a été mis en évidence une corrélation négative avec la consommation de bière, de cidre et de vin.

De plus, il y avait une association positive avec le score composite des performances cognitives, estimé 13 ans après, même après ajustement pour des facteurs confondants, comme les facteurs sociodémographiques, les différences au niveau des styles de vie et l’état de santé.

Les régimes alimentaires riches en caroténoïdes étaient liés à de meilleurs scores de mémoire épisodique, de fluence sémantique, de mémoire de travail et des fonctions exécutives.

Nouvelles perspectives de santé publique

Nos travaux mettent en avant les groupes d’aliments dont la consommation conférerait une forte teneur plasmatique en caroténoïdes. La procédure RRR permet d’élaborer des messages nutritionnels de santé publique compréhensibles qui ont une importance capitale car la prévention est une stratégie rentable. La prévention de la démence devrait être initiée dès la cinquantaine lorsque les troubles cognitifs sont encore présymptomatiques 8,9.

En conclusion, notre étude vient étayer l’association positive entre une alimentation riche en caroténoïdes à la cinquantaine et les fonctions cognitives, surtout en termes de fonctions exécutives et de mémoire épisodique. Nos résultats montrent qu’une alimentation contenant de grandes quantités et variétés de fruits et légumes colorés peut aider à préserver la santé du cerveau vieillissant.

Emmanuelle Kesse-Guyot
Université Paris 13, Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN), Centre de Recherche en Epidémiologie et Statistiques, Inserm (U1153), Inra(U1125), Cnam, COMUE Sorbonne Paris Cité, F-93017 Bobigny, FRANCE
collaborateurs
  1. Jama JW, et al. Dietary antioxidants and cognitive function in a populationbased sample of older persons. The Rotterdam Study. 1996. Am J Epidemiol 144, 275–280.
  2. Akbaraly NT, et al. Plasma carotenoid levels and cognitive performance in an elderly population: results of the EVA Study. 2007. J Gerontol A Biol Sci Med Sci
  3. Ortega RM, et al. Dietary intake and cognitive function in a group of elderly people. (1997) Am J Clin Nutr 66, 803–809.
  4. Wengreen HJ, et al. Antioxidant intake and cognitive function of elderly men and women: the Cache County Study. 2007. J Nutr Health Aging 11, 230–237.
  5. Hu P, et al. Association between serum beta-carotene levels and decline of cognitive function in high-functioning older persons with or without apolipoprotein E 4 alleles: MacArthur studies of successful aging. 2006. J Gerontol A Biol Sci Med Sci 61, 616–620.
  6. Engelhart MJ, et al. Dietary intake of antioxidants and risk of Alzheimer disease. 2002 JAMA 287, 3223–3229.
  7. Johnson EJ. A possible role for lutein and zeaxanthin in cognitive function in the elderly. 2012 Am J Clin Nutr 96, 1161S–1165S.
  8. De la Torre JC Alzheimer’s disease is incurable but preventable. 2010. J Alzheimers Dis 20, 861–870.
  9. Mortimer JA, et al. Very early detection of Alzheimer neuropathology and the role of brain reserve in modifying its clinical expression. 2005. J Geriatr Psychiatry Neurol 18, 218–223.
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