N° 152 | avril 2015

Régime méditerranéen et santé cognitive

Le terme « régime Méditerranéen » est utilisé pour décrire l’alimentation traditionnelle de Crète, du sud de l’Italie et d’autres pays Méditerranéens. Le régime Méditerranéen traditionnel est caractérisé par une forte consommation de fruits et légumes. Il comprend également une consommation modérée de produits laitiers (surtout du fromage et des yaourts), des quantités faibles à modérées de fruits de mer et de volailles et peu de viande rouge. L’huile d’olive est la principale source de graisses et le vin est consommé en quantité modérée au cours des repas.

Le régime Méditerranéen a été constamment associé à une espérance de vie prolongée et une faible prévalence de maladies chroniques sévères (maladies cardiovasculaires, cancers, diabète de type 2, syndrome métabolique). De nombreuses études observationnelles ont exploré l’association entre l’observance du régime Méditerranéen et l’évolution des fonctions cognitives.

Cette revue de littérature évalue les preuves existantes des effets du régime Méditerranéen sur les fonctions cognitives et le risque de démence. Elle explore les interactions potentielles entre ce comportement alimentaire et d’autres comportements, sous-entendant un effet potentiellement synergique avec l’hygiène de vie.

Effets du Régime Méditerranéen sur les fonctions cognitives et la démence

De nombreuses études ont examiné l’hypothèse d’un lien entre l’observance du régime Méditerranéen et la maladie d’Alzheimer et/ ou le déclin des fonctions cognitives. Parmi les aliments et nutriments abondants dans le régime Méditerranéen, il faut souligner l’huile d’olive (riche en acides gras mono insaturés, en tyrosol, en acide caféique et autres composés phénoliques), le poisson (contenant des acides gras n-3 polyinsaturés), le vin (composés phénoliques comme le resvératrol) et les fruits et légumes (riches en fl avonoïdes et en vitamines C et E). Ces composants ont été associés positivement à une réduction de l’inflammation et du stress oxydatif et inversement associés aux facteurs de risque cardio-métabolique, de déclin des fonctions cognitives et de démence 1. D’autres études n’ont cependant révélé aucune association entre le score d’observance du régime Méditerranéen et des mesures prospectives du déclin des fonctions cognitives. Ces contradictions peuvent être expliquées de différentes manières. Bien que l’alimentation ait des associations importantes avec la santé cognitive, ces dernières seraient complexes et varieraient selon les contextes géographiques, culturels ou sociodémographiques. Différents modulateurs, comme les interactions gène-environnement et des données environnementales, pourraient infl uencer l’évolution des fonctions cognitives au sein de différentes populations. A coté de l’alimentation, les comportements quotidiens seraient donc également un élément important du mode vie Méditerranéen.

Du régime Méditerranéen au style de vie Méditerranéen

La première pyramide du régime Méditerranéen2 n’avait pas mis en avant les comportements quotidiens en tant qu’éléments importants du style de vie Méditerranéen. Outre l’activité physique, d’autres facteurs liés au style de vie ont été proposés: le soutien social, le partage des aliments, les repas longs et la sieste après le déjeuner. Il n’existe pas encore d’études analysant d’autres habitudes liées à l’alimentation, comme les horaires et la composition des repas et les rituels des grandes tablées, comme éléments à part entière du régime Méditerranéen.

Pour cette raison, la Fondation pour le Régime Méditerranéen a lancé un nouveau concept en 2011 3. Toujours sous la forme d’une pyramide mais faisant plutôt référence à un style de vie. Ce nouveau modèle prend en compte des facteurs aussi bien qualitatifs que quantitatifs dans le choix d’aliments tout en intégrant des éléments socioculturels du style de vie Méditerranéen. Ce nouveau modèle souligne l’aspect convivial des repas qui contribue à renforcer les liens sociaux, la communication et le soutien social ainsi que l’importance d’un bon sommeil et d’un repos approprié durant la journée en plus de l’alimentation.

Impact du nouveau régime Méditerranéen sur la démence

Ce nouvel agrégat de comportements en lien avec l’alimentation, l’activité physique et la vie sociale n’a pas encore été évalué par rapport à la démence. Cependant, certaines données indiqueraient que chacun aurait son importance individuelle au niveau des fonctions cognitives et de leur déclin. Il pourrait exister entre eux des synergies.

Les interactions sociales, comme des conversations à table, des loisirs de groupe, d’autres formes d’engagement social, ont été étudiées en relation avec la prévalence et l’incidence de la démence ou dans le contexte de traitements non-médicamenteux, principalement avec l’activité physique.

De nombreuses études 2,4 ont montré que la socialisation est liée à de meilleures performances cognitives. Les interactions sociales permettent de maintenir et réaffi rmer les identités des individus et des groupes dans des familles souffrant de démence 5. Nous avons émis l’hypothèse que des interactions sociales accrues peuvent être bénéfi ques pour les patients atteints d’Alzheimer en diminuant leur sentiment de solitude, leur stress et les facteurs vasculaires qui contribuent au déclin des fonctions cognitives. Cela pourrait également augmenter leur estime de soi 6. Cette nouvelle approche permettrait d’approfondir notre compréhension du rôle du régime Méditerranéen et de développer des interventions encore plus globales et plus prometteuses en matière de santé cognitive.

Mary Yannakoulia
Département de Nutrition et Diététique, Université Harokopio, Athènes, GRECE
Nikolaos Scarmeas
Institut Taub pour la Recherche sur la Maladie d’Alzheimer et le Vieillissement du Cerveau, Centre Gertrude H. Sergievsky, Département de Neurologie, Université Columbia, New York, NY, USA & Département de Médecine Sociale, Psychiatrie et Neurologie, Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes, GRECE
Yannakoulia M, Kontogianni M, Scarmeas N. Cognitive health and Mediterranean Diet: Just diet or lifestyle pattern? Ageing Res Rev. 2015 Mar.
  1. Frisardi, V. et al. 2010. J. Alzheimers Dis. 22, 715–740.
  2. Willett, W.C. et al. 1995. Am. J. Clin. Nutr. 61, 1402S–1406S.
  3. Bach-Faig, A. et al. 2011. Public Health Nutr.14, 2274–2284.
  4. Gallucci, M. et al. 2009. Arch. Gerontol. Geriatr. 48, 284–286.
  5. Bennett, D.A. et al. 2006. Lancet Neurol.5, 406–412.
  6. Genoe, M.R., et al. 2010.J. Aging Studies 24, 181–193.
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