N° 156 | septembre 2015

Bien manger pour avoir des spermatozoïdes « en pleine forme »

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L’infertilité affecte 10–15% de tous les couples en âge de procréer. Les facteurs masculins contribuent à presque 50% des cas d’infertilité 1. Au cours des dernières décennies, beaucoup de discussions ont porté sur des modifications de la qualité du sperme 2–4.

De précédentes études ont montré qu’une forte consommation d’antioxydants, de fruits, de légumes, de volailles, de fruits de mer, de lait écrémé, de crustacés, de laitues, de tomates, d’abricots et de pêches, ainsi qu’une faible consommation de sucreries et de viandes transformées, notamment à forte teneur en matières grasses saturées, seraient bénéfi ques en termes de qualité du sperme 5–12.

Nous avons donc évalué l’association entre les habitudes alimentaires et le risque d’asthénospermie dans une étude cas-contrôle chez des hommes iraniens, afi n de mieux comprendre le rôle du régime alimentaire dans l’étiologie de l’asthénospermie*.

Deux types de régime alimentaire ont émergé

Au total, 107 hommes souffrant d’asthénospermie et 235 cas témoins ont été interrogés dans des cliniques d’infertilité iraniennes à Téhéran, de janvier 2012 à novembre 2013. Les données alimentaires habituelles ont été recueillies grâce à un questionnaire semi-quantitatif de fréquence alimentaire. Les données de qualité du sperme ont été analysées selon la cinquième édition des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Des régimes alimentaires ont été identifiés en utilisant une analyse factorielle. Le premier tertile a servi de catégorie de référence pour des analyses de régression.

Risque réduit d’asthénospermie chez les participants ayant une alimentation de type prudent

Nos résultats révèlent que dans le groupe «prudent» les participants du tertile le plus élevé avaient un risque d’asthénospermie 54% moindre que les participants du tertile le plus faible (p = 0,003); après ajustement sur les facteurs confondants. Par contre, on retrouvait une association positive entre une alimentation « occidentale» et le risque d’asthénospermie (tertile le plus élevé : Odds Ratio [OR] = 2,86; Intervalle de confiance à 95% [IC 95%], 1,83–2,97).

Ces données suggèrent donc qu’une alimentation composée principalement d’aliments végétaux est associée à un risque réduit d’asthénospermie tandis qu’une alimentation de type occidental est un indicateur de risque accru.

Notre étude indique également que les actions visant à améliorer la qualité de l’alimentation devraient se focaliser sur l’ensemble du régime alimentaire et pas seulement sur quelques aliments ou nutriments spécifiques.

Puisque les données épidémiologiques à ce sujet sont assez restreintes, de nouvelles études cas-contrôles et prospectives de cohorte bien conçues sont nécessaires pour confirmer la relation entre les habitudes alimentaires et le risque d’asthénospermie dans les pays développés et en voie de développement.


*L’asthénospermie est une diminution de la motilité et de la vitalité des spermatozoïdes ; elle est une des causes majeures d’infertilité ou de fertilité réduite chez l’homme.

Ghazaleh Eslamian
Université des Sciences Médicales Shahid Beheshti, Téhéran, IRAN
collaborateurs
Eslamian G, Amirjannati N, Rashidkhani B, Sadeghi MR, Baghestani AR, Hekmatdoost A. Adherence to the Western Pattern Is Potentially an Unfavorable Indicator of Asthenozoospermia Risk: A Case-Control Study. J Am Coll Nutr. 2015 Mar 12:1-9.
  1. Rowe PJ, Comhaire FH, Hargreave TB, Mahmoud AMA, and the World Health Organization: “WHO Manual for the Standardized Investigation, Diagnosis and Management of the Infertile Male.”Geneva: World Health Organization, 2000.
  2. Pastuszak AW, Lipshultz LI. Words of wisdom. Re: human semen quality in the new millennium: a prospective cross-sectional population-based study of 4867 men. Eur Urol 62:1197–1198, 2012.
  3. Osegbe DN, Amaku EO. Semen features of 596 truly infertile men. Eur Urol 13(3):169–73, 1987.
  4. Hu FB: Dietary pattern analysis: a new direction in nutritional epidemiology. Curr Opin Lipidol 13:3–9, 2002.
  5. Young SS, Eskenazi B, Marchetti FM, et al. The association of folate, zinc and antioxidant intake with sperm aneuploidy in healthy non-smoking men. Hum Reprod. 23:1014–1022, 2008.
  6. Eskenazi B, Kidd SA, Marks AR, et al. Antioxidant intake is associated with semen quality in healthy men. Hum Reprod 20:1006–1012, 2005.
  7. Mendiola J, Torres-Cantero AM, Moreno-Grau JM, et al. Food intake and its relationship with semen quality: a case-control study. Fertil Steril 91:812–818, 2009.
  8. Mendiola J, Torres-Cantero AM, Vioque J, et al. A low intake of antioxidant nutrients is associated with poor semen quality in patients attending fertility clinics. Fertil Steril 93:1128–1133, 2010.
  9. Eslamian G, Amirjannati N, Rashidkhani B, et al. Intake of food groups and idiopathic asthenozoospermia: a case-control study. Hum Reprod 27:3328–3336, 2012.
  10. Minguez-Alarcon L, Mendiola J, Lopez-Espin JJ, et al. Dietary intake of antioxidant nutrients is associated with semen quality in young university students. Hum Reprod 27:2807–2814, 2012.
  11. Afeiche M, Williams PL, Mendiola J, et al. Dairy food intake in relation to semen quality and reproductive hormone levels among physically active young men. Hum Reprod 28(8):2265–75, 2013.
  12. Jensen TK, Heitmann BL, Jensen MB, et al. High dietary intake of saturated fat is associated with reduced semen quality among 701 young Danish men fromthe general population. AmJ Clin Nutr 97:411–418, 2013.
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