N° 80 | septembre 2008

Comment accroître la consommation de fruits et légumes chez les enfants à l’école primaire ?

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Dans de nombreux pays, les recommandations nutritionnelles conseillent de consommer une grande quantité de fruits et légumes (F&L). Cependant, chez les écoliers européens, cette consommation demeure inférieure aux recommandations1.

Des déterminants présumés du comportement

Les modifications des comportements en matière de santé reposent sur deux théories: la théorie de la Cognition Sociale2 et la théorie du Comportement Programmé3. Selon celles-ci, on pourrait augmenter la consommation de F&L en modifiant certains déterminants présumés du comportement (attitude, influence sociale, efficacité personnelle ou contrôle du comportement4, 5, etc.). Les études portant sur les déterminants de la consommation de F&L chez les enfants ont montré que les préférences gustatives, la disponibilité, la consommation des parents et la connaissance des recommandations ont une influence potentielle supplémentaire6, 9.

Cependant, la majorité de ces études étant transversales, elles ne permettent pas de conclure à l’existence d’une relation de cause à effet entre les déterminants et la consommation de F&L. Il est possible que les modifications de la consommation de F&L précèdent celles des facteurs potentiels… Ainsi, une exposition accrue aux F&L pourrait modifier les préférences gustatives10, 11.

Des études longitudinales sont donc nécessaires pour mieux comprendre les corrélations entre les déterminants potentiels significatifs et la consommation de F&L chez les enfants.

Quelle relation entre les déterminants et la consommation de F&L ?

Les données hollandaises des études Pro Children et Dutch Schoolgruiten nous ont fourni l’occasion d’examiner les modifications de la fréquence de consommation des F&V et les déterminants potentiels à trois moments différents (Figure 1).

L’objectif de notre étude était de déterminer si les changements positifs des déterminants potentiels ou leur maintien à des niveaux élevés durant la première période (du début à la première visite) étaient corrélés au maintien ou à l’augmentation d’une consommation élevée de F&L (association A - Figure 1) durant cette même période et les périodes suivantes (association B- Figure 1). En outre, nous avons analysé si la modification ou le maintien des consommations élevées des F&V étaient associés à des variations de même nature pour les variables identifiées comme potentiellement importantes dans la consommation de F&L (association C - Figure 1).

Plus de 600 petits hollandais étudiés

Cette étude prévoyait une mesure au début et deux mesures de suivi. Seuls les enfants des écoles d’intervention étaient inclus, puisqu’il était plus probable d’observer chez eux des modifications des déterminants potentiels de la consommation de F&L suite aux interventions13, 14. Ces données servaient d’observations pour une cohorte longitudinale.

Au total, 344 enfants du projet Dutch Schoolgruiten (âge moyen au début = 10 ans) et 258 enfants de l’étude Pro Children (âge moyen au début = 10,7 ans) ont rempli des questionnaires incluant des données de démographie générale, de fréquence habituelle de consommation de F&L, des déterminants potentiels importants, comme : les préférences gustatives, la disponibilité des F&L, la connaissance des recommandations nutritionnelles, l’efficacité personnelle dans la préparation des F&L et les influences parentales.

3 associations évaluées

Les trois associations entre les modifications des déterminants et celles de la consommation de F&L ont été évaluées par des analyses de régression, ajustées pour le sexe et l’âge de l’enfant, le niveau d’éducation des parents, l’origine ethnique et le lieu de résidence (l’étude Schoolgruiten).

Association A – chez les enfants qui avaient augmenté ou maintenu une consommation de fruits ou légumes très fréquente durant la première période, il y avait une augmentation plus probable des facteurs suivants :

  • préférences pour les F&L,
  • encouragement actif des parents,
  • règles familiales sur la consommation des F&L,
  • perception d’une disponibilité accrue des fruits à la maison,
  • efficacité personnelle dans la consommation des fruits,
  • parents ou amis montrant l’exemple de la consommation de légumes,
  • parents qui facilitent la consommation des légumes.

Association B – chez les enfants qui, plus tard dans le temps, avaient augmenté ou maintenu une consommation de fruits ou légumes très fréquente, il y avait une augmentation plus probable des facteurs suivants durant la première période :

  • préférences pour les fruits,
  • facilitation parentale de la consommation de légumes,
  • règles familiales de consommation de légumes (demander et permettre), disponibilité des légumes à la maison.

Association C – on a observé des associations à long terme entre les consommations de F&L de haut niveau ou de niveau stable durant la première période et les déterminants suivants ultérieurs :

  • préférences accrues ou stables pour les F&L et
  • connaissances accrues ou stables des recommandations nutritionnelles pour la consommation de fruits.

Cette étude montre que les déterminants importants pour la modification des comportements alimentaires sont :

  • la préférence pour les F&L,
  • des parents qui facilitent la consommation des F&L,
  • les règles familiales de consommation de F&L
  • la disponibilité des F&L à la maison.

De plus, des modifications de la fréquence des consommations de F&L ont également induit des modifications des préférences pour les F&L et des connaissances des recommandations nutritionnelles concernant les fruits.

Ces résultats confortent les théories de la modification du comportement et étayent les nouvelles théories d’associations directes et indirectes entre les déterminants et le comportement.

En outre, cette étude apporte quelques preuves que le changement du comportement (l’augmentation ou le maintien d’une consommation fréquente de F&L) serait précédé par l’augmentation ou le maintien de certains déterminants potentiels à un niveaux élevé, aussi bien dans l’étude Pro Children que dans l’étude Schoolgruiten.

En conclusion, il est important de moduler les futures interventions conçues pour augmenter la consommation de F&L en fonction de ces facteurs déterminants.

Nannah I. Tak
Département d'Epidémiologie & Biostatistiques
Saskia J. te Velde
Département de Santé Publique et de Santé du Travail Institut EMGO pour la Santé et la Recherche sur les Soins, Centre Médical Universitaire VU, Amsterdam, Pays Bas.
Johannes Brug
Institut EMGO pour la Santé et la Recherche sur les Soins Centre Médical Universitaire VU, Amsterdam, Pays Bas.
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