N° 85 | février 2009

Comportements à risque, si (même) les étudiants allemands s’y mettent…

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Certains comportements individuels, comme le tabagisme, le manque d’activité physique, une alimentation de piètre qualité nutritionnelle ou la consommation d’alcool, représentent des facteurs de risques majeurs de morbidité et de mortalité dans les pays développés1, 2. De telles habitudes sont souvent des indicateurs d’un style de vie “malsain” 3, 5.

L’entrée à l’université représente un changement important dans la vie d’un adolescent, marqué par un contrôle parental moindre et une exposition plus importante au tabac ou à l’alcool. L’environnement universitaire peut ainsi jouer un rôle important dans le développement de leurs comportements de santé.

Quand les étudiants veulent changer leurs comportements…

L’objectif de notre étude6 était donc d’évaluer :

  1. la prévalence des comportements à risque pour la santé chez des étudiants allemands,
  2. leur volonté de modifier ces comportements. Une cohorte de 1262 étudiants de 1ère année a été recrutée dans des universités de droit, d’enseignement et de médecine, à Marburg en Allemagne. Divers questionnaires ont permis d’évaluer leur consommation de fruits et légumes, leur activité physique ainsi que leur consommation de cigarettes et d’alcool.

Les étudiants ont également été interrogés sur leur volonté de changer leurs comportements (selon les “étapes de changement” de Prochaska7 dans le sens de manger au moins 5 fruits et légumes par jour, pratiquer 20 min d’une activité physique intense 3 fois/semaine, arrêter la cigarette et le “binge drinking” (plus de 4 à 5 verres par occasion).

Ainsi, pour évaluer leur volonté de modifier leur consommation de fruits et légumes :

  • Quand ils en consommaient moins de 5 portions par jour, on leur a demandé s’ils étaient prêts à augmenter leur consommation à plus de 5 portions par jour au cours des 30 prochains jours (“étape de préparation”) ou des 6 prochains mois (“étape de contemplation”) ;
  • Quand ils en consommaient déjà plus de 5 portions par jour, on leur a demandé s’ils étaient prêts à continuer à le faire au moins pendant les 6 prochains mois (“étape d’action”) voire plus longtemps (“étape de maintien”).

N’avoir aucune intention de changer de comportement définissait “l’étape de pré-contemplation”.

Une majorité de comportements à risque

  • Seulement 3,8% des étudiants ont rapporté manger au moins les 5 portions de fruits et légumes recommandées par jour. Les étudiants en enseignement et en droit consommaient en moyenne moins de fruits et légumes que les autres.
  • Concernant l’activité physique, seulement 40% des étudiants, toutes universités confondues, en pratiquaient une 3 fois/semaine pendant au moins 20 min. ; 16% n’en avaient aucune. Ceux qui pratiquaient le moins d’activité physique ? Les étudiants en droit…
  • Plus de 30% de la totalité des étudiants étaient des fumeurs habituels, avec des taux de fumeurs plus élevés chez les étudiants en enseignement et plus bas chez les étudiants en médecine.
  • Parmi l’ensemble : 9,1% seulement des étudiants ont été classés comme “non-buveurs” (pas d’alcool depuis au moins un mois), 62% rapportaient s’être saoulés au moins une fois depuis un mois. Les étudiants en droit présentaient le plus fort taux d’épisodes de “binge drinking” alors que les étudiants en médecine sont les moins touchés.
  • En moyenne, les femmes mangeaient plus de fruits et légumes, faisaient moins d’activité physique et consommaient moins de cigarettes et d’alcool que les hommes.

Les étudiants en médecine seraient plus conscients des comportements à risque ?

  • Quand on a examiné la combinaison des facteurs de risque, seulement 2% de l’ensemble des étudiants ne présentaient aucun des 4 facteurs de risques, alors que 10,5%, 34,5%, 34,8% et 18,2% étaient respectivement exposés à 1, 2, 3 et 4 facteurs de risque. Les comportements étaient tous corrélés les uns aux autres, la corrélation la plus forte s’observant entre le nombre de cigarettes et le nombre de verres d’alcool par semaine.
  • En outre, en majorité, les étudiants ne semblaient pas prêts à modifier leurs comportements. Seulement 6,5% se sont déclarés prêts à changer tous leurs comportements dans un futur proche (“étape de préparation”) et un tiers était prêt à modifier au moins un de leurs comportements.
  • Les fumeurs présentaient le plus de facteurs de risque. Ils mangeaient, en moyenne, deux fois moins de fruits et légumes que les non-fumeurs, passaient moins de temps à pratiquer une activité physique et consommaient plus d’alcool que les non-fumeurs.
  • D’une manière générale, les étudiants en médecine semblaient mois exposés aux facteurs de risque que les autres étudiants. Ce résultat pouvait être attendu dans la mesure où ces étudiants ont fait le choix préalable de s’orienter vers une profession ayant trait à la santé.

L’université : un lieu stratégique d’intervention

Cette étude révèle une prévalence importante des comportements à risque chez des étudiants d’université, avec en particulier : une faible consommation de fruits et légumes, une vie sédentaire, de mauvaises habitudes en termes de tabac et d’alcool. Tous ces comportements sont corrélés les uns aux autres, les fumeurs semblant être la population la plus à risque. Les femmes adoptent un comportement plus favorable que les hommes (excepté pour l’activité physique) et les étudiants en médecine révèlent un comportement légèrement plus favorable que les autres.

En définitive, l’université, qui constitue un changement d’environnement important pour les jeunes étudiants, devrait faire l’objet de futures études. Un tiers des étudiants se disent prêt à changer au moins un de leurs comportements. Cela représente une opportunité pour favoriser les changements. Des interventions adaptées devraient être mises en place à l’université pour promouvoir la santé. Ces résultats méritent d’être validés dans d’autres universités afin d’identifier les populations à risque et d’identifier les moyens de promouvoir des programmes efficaces pour la promotion de la santé dans des populations étudiantes.

Stefan Keller
Department of Public Health Sciences, University of Hawaii, USA
  1. Mokdad, A.H., et al., 2004. JAMA 291, 1238-1245.
  2. World Health Organisation (WHO), 2002.
  3. Glasgow, R.E., et al., 2004. Am. J. Prev. Med. 27, 88-101.
  4. Chiolero, A., et al., 2006. Prev. Med. 42, 348-353.
  5. Poortinga, W., 2007. Prev. Med. 44, 124-128.
  6. Keller, S., et al., 2004. Preventive Medicine 46 (3), 189–95
  7. Prochaska, J.O., et al., Am. Psychol. 47, 1102-1114.
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