N° 149 | janvier 2015

Eradiquer la malnutrition sous toutes ses formes Le défi de la Deuxième Conférence internationale sur la nutrition (Rome, 2014) OMS/FAO

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De mai à octobre 2015, la ville de Milan accueillera la prochaine Exposition universelle. Près de 150 pays participeront à cette grande manifestation (au moins 20 millions de visiteurs attendus) dont le thème est « Nourrir la planète, énergie pour la vie ».

Le bilan des avancées réalisées au cours des 22 années séparant les deux rencontres (1992, 2014)

L’événement aura notamment pour but de sensibiliser les opinions publiques à l’importance de la sécurité alimentaire mondiale. Il sera l’occasion de souligner les résultats d’une manifestation qui s’est tenue à Rome, du 19 au 21 novembre 2014 : la Deuxième Conférence internationale sur la nutrition (CIN2). Organisées conjointement par la FAO et l’OMS, ces trois journées ont permis à des représentants du monde entier – chefs d’état, ministres, ambassadeurs, experts, représentants des secteurs privés et associatifs – d’établir un diagnostic partagé sur les causes et les défi s posés par la malnutrition et de prendre des engagements visant à la combattre.

La CIN2 faisait suite à une première conférence organisée à Rome près d’un quart de siècle auparavant, en 1992. Les participants réunis récemment dans la capitale italienne ont d’abord réaffirmé « le droit de chacun à avoir accès à une alimentation sûre, suffi sante et nutritive (…), en accord avec les croyances, la culture, les traditions, les habitudes et les préférences alimentaires des individus. » Ils ont également dressé le bilan des avancées réalisées au cours des 22 années séparant les deux rencontres.

De réels progrès… mais 1 être humain sur 9 connaît encore la faim

José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO, a souligné que depuis 1992 « d’importantes avancées ont été accomplies en matière de lutte contre la faim et la malnutrition, mais ces progrès ont été insuffisants et inégaux ». De son côté, le représentant de la France a rappelé que, sur la même période, « la part de la population mondiale souffrant de la faim a reculé de 24 à 12 %, ce qui est une avancée considérable, surtout si on tient compte de la croissance démographique très rapide. » (…) Mais plus de 800 millions d’êtres humains restent privés d’un droit fondamental, le droit à l’alimentation ». Outre la sous-alimentation, 2 milliards de personnes souffrent de carences en micronutriments, principalement en vitamine A, iode, fer et zinc. La malnutrition chronique des enfants, mesurée par le retard de croissance, a également baissé mais, en 2013, elle affectait encore 161 millions d’enfants de moins de 5 ans.

Aux 805 millions d’affamés (2012-2014) font face 500 millions d’adultes souffrant d’obésité et 42 millions d’enfants en surcharge pondérale. En 1992, personne n’avait imaginé une telle expansion de l’obésité, ni le fait qu’elle toucherait aussi massivement les pays en développement, aujourd’hui confrontés au paradoxe du manque et de l’excès.

Raison fondamentale de la malnutrition : la pauvreté

L’analyse, par les participants de la Conférence, des causes de la faim dans le monde insiste sur le fait que ce scandale n’est en rien lié à l’incapacité du système alimentaire mondial à produire globalement assez de nourriture pour les 7,3 milliards d’humains qu’héberge notre planète. Il y parvient très bien, et y parviendrait encore mieux si les énormes pertes et gaspillages alimentaires étaient réduits (le tiers de la nourriture produite est en effet perdu ou part à la poubelle !) La raison fondamentale de la malnutrition est autre : c’est la pauvreté, l’incapacité financière à acheter de quoi manger. De nombreux facteurs aggravants, liés au sous-développement, s’y ajoutent : pratiques inadaptées en matière d’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants, hygiène insuffisante, manque d’eau potable, absence d’accès à l’éducation et aux soins de santé, ingestion d’aliments contaminés, etc. Bien entendu, les situations de conflits, la sécheresse et les inondations ou encore les épidémies affectent encore davantage la sécurité alimentaire et la nutrition des populations concernées.

Comment relever le défi ?

La Conférence a mis l’accent sur la nécessité de lutter contre la malnutrition sous toutes ses formes : sous-alimentation, retard de croissance, défi cit ou excès pondéral chez le jeune enfant, carences en micronutriments, obésité de l’adulte...

Au nombre des objectifs énoncés, on retiendra plus particulièrement la nécessité de renforcer toutes les politiques susceptibles d’améliorer la nutrition : politiques agricoles et de santé, et aussi politiques commerciales, de consommation, de protection sociale… Le renforcement de la cohérence entre ces différentes politiques a été jugé prioritaire ainsi que la collaboration entre gouvernements, secteurs privés, sociétés civiles et communautés. Autre impératif : le renforcement de la coopération internationale afin, prioritairement, d’éradiquer la faim dans les pays du Sud.

La Conférence CIN2 a reconnu l’importance de cibler en priorité les ménages les plus vulnérables, les femmes (particulièrement celles qui sont enceintes ou qui allaitent) ainsi que les nourrissons et les jeunes enfants vivant dans des situations d’urgence. Un accent particulier a été mis sur la nutrition des mille premiers jours (de la conception à l’âge de deux ans) ainsi que sur la pratique de l’allaitement (exclusif lors des six premiers mois de la vie et poursuivi jusqu’à l’âge de deux ans et au-delà). Sur un autre plan, les signataires de la Déclaration de Rome sur la nutrition se sont engagés à améliorer l’information et l’éducation des consommateurs en matière de nutrition / santé, de façon à ce qu’ils puissent faire des choix alimentaires éclairés.

Les participants de la Conférence admettent que certains changements socio-économiques peuvent avoir un impact sur les habitudes alimentaires et l’activité physique, augmentant alors le risque d’obésité et de maladies non transmissibles. Sont pointés du doigt le mode de vie de plus en plus sédentaire ainsi que la « consommation accrue d’aliments à forte teneur en matières grasses, notamment saturées, et en acides gras trans, en sucre et en sel/sodium ». La Déclaration finale mentionne également que « les gouvernements devraient protéger les consommateurs, en particulier les enfants, contre la publicité et la commercialisation abusives d’aliments. » On aurait aimé dénonciations plus explicites et plus vigoureuses… Ainsi qu’une approche positive de l’alimentation, mettant clairement en avant, entre autres facteurs bénéfiques, les atouts santé des fruits et des légumes frais.


« les gouvernements devraient protéger les consommateurs, en particulier les enfants, contre la publicité et la commercialisation abusives d’aliments. »

Eric Birlouez
Sociologue de l’agriculture et de l’alimentation, Paris, FRANCE
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