N° 149 | janvier 2015

Soutien social, consommation de fruits et légumes et activité physique chez des survivants au cancer

L’impact de nombreuses modifications comportementales sur la santé, la qualité de vie et le taux de survie chez les survivants au cancer a été analysé. Des études précédentes ont montré qu’encourager les cancéreux à être plus actifs physiquement et à consommer plus de fruits et légumes serait un des moyens de modifier la durée de survie au cancer, ainsi que la probabilité d’une deuxième tumeur 1,2.

Dans cet esprit, notre étude a pour but d’examiner les symptômes de dépression, l’espoir, le soutien social et la qualité de vie en relation avec la consommation de fruits et légumes (F&L) et l’activité physique (AP) chez des personnes ayant survécu à des cancers diagnostiqués durant les 4 dernières années.

Sur 128 participants, moins d’un tiers consommait 5 portions de F&L

En 2010, les participants ont été recrutés dans un centre d’oncologie du sud-est des Etats-Unis. Ils ont répondu à une enquête postale (taux de réponse 22,7%) évaluant ces facteurs psychosociaux, la consommation de F&L et l’AP. Nos analyses se sont focalisées sur les 128 participants qui ont bien complété toutes les mesures de notre étude.

Seulement 28% ont signalé une consommation de 5 portions de F&L ou plus par jour, c’est à dire moins d’un tiers consommant les quantités recommandées. Les participants consommaient en moyenne 1,78 portions de fruits et 2,42 portions de légumes par jour. Environ 20 % des participants étaient physiquement actifs au moins 4 fois par semaine, la moyenne étant de 2,17 jours/semaine de marche pour l’AP.

5 F&L par jour sont associés à un soutien social plus important

D’après nos travaux, de nombreux facteurs psychosociaux sont associés à la consommation de F&L et à l’AP, mais le plus important d’entre eux était le soutien social.

Le soutien social prenait surtout la forme d’une implication dans les soins et dans la préparation des repas des participants, en encourageant une plus forte consommation de F&L. Ces résultats concordent avec des travaux antérieurs, indiquant que le soutien social est associé à une intention de consommer des F&L 3,4.

Il a également été montré que les femmes consomment plus de F&L que les hommes 5,6. Elles possèdent de meilleures connaissances des recommandations actuelles et ont une plus grande conscience des liens entre l’alimentation et la santé. Elles sont convaincues de l’importance de consommer des F&L pour leur santé et possèdent une plus grande confiance en leur capacité de consommer des F&L dans des situations difficiles ou précaires 7,8.

En revanche, pas de relation entre symptômes dépressifs, consommation de F&L et activité physique

Notre étude n’a pas pu mettre en évidence d’association significative entre des signes dépressifs et la consommation de F&L et l’AP. Ceci pourrait être lié aux symptômes somatiques associés à la dépression dans les tests de dépistage qui refléteraient plutôt un mauvais état de santé général 9.

Cependant, avoir plus d’espoir serait lié à une plus forte consommation de F&L et à l’AP chez les survivants au cancer, ce qui s’accorde aux publications de recherches précédentes décrivant une association entre des espoirs plus importants et la nutrition ainsi que l’AP chez des étudiants universitaires 10. Ainsi, l’espoir refléterait un meilleur état mental chez les survivants au cancer 11.

Un lien entre consommation de F&L et bien-être social et familial

De plus, nous avons constaté que les échelles de qualité de vie, évaluant le bien-être social et familial et le bien-être fonctionnel, sont significativement plus élevées chez les personnes consommant plus de F&L et pratiquant plus souvent une AP. Le bien-être social et familial est également fortement corrélé à l’échelle de soutien social. Néanmoins, étant donné la nature transversale de notre étude, il n’est pas clair qu’une meilleure qualité de vie soit responsable d’une plus grande consommation de F&L et de plus d’AP ou l’inverse.

Notre étude a des implications aussi bien en recherche qu’en pratique. Encourager les survivants au cancer à être plus actifs physiquement et à consommer plus de F&L serait une manière d’influencer leur taux de survie. De nouvelles recherches devraient se focaliser sur les liens entre ces variables dans un échantillon plus important et vérifier si des interventions pour augmenter l’espoir ainsi que le soutien social et réduire les symptômes dépressifs pourraient augmenter la consommation de F&L et l’AP chez des survivants au cancer.

Carla J. Berg
Département des Sciences du Comportement et de l’Education à la Santé, Ecole Rollins de Santé Publique, Université d’Emory, Atlanta, GA, ETATS-UNIS
collaborateurs
Coleman S, Berg CJ, Thompson NJ. Am J Health Behav. Social support, nutrition intake, and physical activity in cancer survivors.
  1. Wei EK, et al. Time course of risk fac¬tors in cancer etiology and progression. J Clin Oncol. 2010;28(26):4052-4057.
  2. Winzer B, et al. Physical ac¬tivity and cancer prevention: a systematic review of clini¬cal trials. Cancer Causes Control. 2011;22(6):811-826.
  3. Brug J, et al.. Psychosocial determi¬nants of fruit and vegetable consumption. Appetite. 1995;25(3):285-296.
  4. Burke V, et al. Health promo¬tion in couples adapting to a shared lifestyle. Health Educ Res. 1999;14(2):269-288.
  5. Serdula MK, et al. Trends in fruit and vegetable consumption among adults in the United States: Behavioral Risk Factor Surveillance Sys¬tem, 1994–2000. Am J Public Health. 2004;94(6):1014- 1018.
  6. Serdula MK, et al. Fruit and veg¬etable intake among adults in 16 states: results of a brief telephone survey. Am J Public Health. 1995;85(2):236- 239.
  7. Baker AH, Wardle J. Sex differences in fruit and vegeta¬ble intake in older adults. Appetite. 2003;40(3):269-275.
  8. Emanuel AS, McCully SN, Gallagher KM, Updegraff JA. Theory of Planned Behavior explains gender dif¬ference in fruit and vegetable consumption. Appetite. 2012;59(3):693-697.
  9. Zich JM, Attkisson CC, Greenfi eld TK. Screening for de¬pression in primary care clinics: the CES-D and the BDI. Int J Psych Med. 1990;20(3):259-277.
  10. Berg CJ, et al. The role of hope in engaging in healthy behaviors among college students. Am J Health Behav. 2011;35(4):402-415.
  11. Hoppmann CA, et al. Linking possible selves and behavior: do domain-specific hopes and fears translate into daily activities in very old age? J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2007;62(2):104-111.
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