N° 149 | janvier 2015

Elargir la prévention du cancer en améliorant la consommation de fruits et légumes

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Nutrition et santé: des problématiques plus vastes

La consommation de fruits et légumes (F&L) est associée à de moindres risques de maladies chroniques, dont les cancers. Malgré des bénéfi ces démontrés pour la santé, peu d’Américains consomment les quantités journalières recommandées 1. Il est clair qu’actuellement nous devons redoubler d’efforts pour changer les systèmes alimentaires. Contrairement aux interventions sur comportements individuels, les interventions au niveau des systèmes alimentaires concernent des problématiques plus vastes qui ont une influence sur la consommation de F&L. Ces interventions sont caractérisées par l’établissement de liens entre le secteur agricole, les services de santé communautaires et les programmes de santé publique. Mais ils n’ont qu’une expérience limitée du travail en commun, surtout lorsqu’il s’agit de mener des actions d’intervention.

Mobiliser les ressources existantes

L’augmentation de la consommation de F&L impliquerait une triade regroupant des programmes d’aide communautaire des universités américaines (Cooperative Extension Services - CES), des systèmes de santé publique (public health systems - PHS) et des centres de santé communautaire (community health centers - CHC). A travers la volonté de promouvoir la santé pour tous et d’assurer une vitalité économique et communautaire, cette collaboration offrirait une base commune de diffusions d’informations sur les interventions basées sur les preuves au niveau des systèmes alimentaires et de partage de ressources, afin d’obtenir le soutien du public et pérenniser les changements.

Le travail de longue haleine des PHS au niveau de la politique, des systèmes et des modifications environnementales a contribué à améliorer de manière importante la santé humaine au cours du siècle dernier. Egalement depuis un siècle, les CES font le lien entre la recherche et la pratique. Aujourd’hui, les CES ont « les pieds sur terre » ; ils forment un réseau impliquant plus de 100 universités et instituts d’enseignement supérieur. Les CHC représentent les maillons clés entre les CES et les PHS. Créés dans les années 60, ils proposent des soins centrés sur les patients pour des populations ayant peu accès aux soins médicaux, quels que soient leurs revenus. Aujourd’hui, plus de 7 500 CHC aux Etats Unis sont impliqués dans le développement local et économique dans le cadre de leur mission de soins.

Mettre cette triade en réseau

Les marchés de producteurs locaux appelés « le bon choix pour un nouveau départ » (The Right Choice Fresh Start - RCFS) représentent le premier partenariat entre ces trois entités, pour mettre en place un système alimentaire dédié à améliorer la consommation de F&L 2. L’objectif du programme RCFS était d’analyser la faisabilité d’implanter un marché de producteurs locaux au sein d’un CHC. Le CES en était le pivot en identifiant les agriculteurs, en offrant une assistance technique dans la gestion de ce marché local et en désignant des membres du Conseil de Surveillance du RCFS. Les agriculteurs ont diffusé l’information concernant le développement du marché local et y ont participé en tant que vendeurs.

Ces échanges entre les CES, CHC et PHS ont été mutuellement bénéfiques. Les chercheurs ont donné des conférences publiques pour décrire les bénéfices de la consommation de F&L et la prévention du cancer. Cette information a guidé les services d’éducation extérieure des CES. Les CHC ont créé des « ordonnances de produits locaux » pour inciter les patients bénéficiant de l’éducation thérapeutique sur le diabète à acheter des F&L et pour augmenter les revenus des agriculteurs. Plus tard, les PHS gouvernementaux ont soutenu les RCFS en soutenant financièrement le gérant du marché local et en créant un programme d’encouragement à une alimentation saine. Les CES ont également soutenu le gérant du RCFS en s’impliquant dans des réunions mensuelles d’organismes agricoles afin de présenter le gérant à d’autres agriculteurs-vendeurs. Ils ont diffusé des informations pertinentes sur les opportunités et les défi s associés à la production des F&L. Finalement, ce partenariat a permis au programme RCFS de rassembler plus de ressources pour proposer des aliments sains aux patients des CHC et améliorer les conditions économiques des petits producteurs.

S’appuyer sur les forces respectives

L’exemple des RCFS souligne les synergies entre les PHS, les CHC et les CES pour améliorer le développement local, économique et sanitaire. Traditionnellement, chacune de ces entités appliquait son expertise à ces objectifs ; en revanche, aucune n’avait été capable de changer le système alimentaire et d’améliorer la santé publique. En travaillant ensemble, les membres de cette triade ont l’opportunité de s’appuyer sur leurs forces respectives, en créant une culture de coéducation, en développant des savoir-faire et d’autres bénéfices mutuels, tout en aidant à réduire le risque de cancer dans la population générale.

Darcy A. Freedman
Université Case Western Reserve, Cleveland, Ohio, USA
Ninfa Peña-Purcell
Université du Texas A&M, College Station, Texas, USA
James R. Hebert
Université de Caroline du Sud, Columbia, South Carolina, USA
  1. Norat T et al. Fruits and vegetables: updating the epidemiologic evidence for the WCRF/AICR lifestyle recommendations for cancer prevention. Cancer Treat Res 2014; 159:35-50.
  2. Freedman DA et al. Extending Cancer Prevention to Improve Fruit and Vegetable Consumption. J Cancer Educ 2014; 29(4):790-5.
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