N° 91 | octobre 2009

Consommation des fruits et légumes par les écoliers : « cantines scolaires » ou « paniers-repas maison » ?

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Un déjeuner qui échappe souvent aux recommandations officielles

Les nouvelles normes nutritionnelles établies en 2006 par le gouvernement britannique pour les repas à l’école, entrent progressivement en vigueur. En septembre 2006, des normes transitoires ont été introduites et les recommandations finales ont été établies dans les écoles primaires en septembre 2008 et dans les écoles secondaires un an plus tard1. Malgré cela, de nombreux enfants préfèrent encore apporter leur panier-repas. C’est ainsi que le repas du midi échappe aux nouvelles recommandations : en 2008/2009 seuls 39% des écoliers du primaire prenaient leur déjeuner à la cantine2. Vu le nombre important d’enfants scolarisés, il est important que ces paniers-repas respectent les normes nutritionnelles.

Quatre écoles primaires passées à la loupe

Notre étude a porté sur la consommation alimentaire des enfants au repas de midi dans quatre écoles primaires du Sud Ouest de l’Angleterre3. Nous avons comparé la consommation des enfants qui prennent des repas préparés à l’école à celle des enfants qui apportent leur panier-repas. Cette étude a été menée entre novembre et décembre 2006, soit après l’introduction des normes transitoires. Les enfants ont été choisis au hasard dans les listes de classes ayant donné leur accord. Les ratios filles/garçons et paniers-repas/repas à la cantine étaient similaires ; ils avaient tous entre 6 et 11 ans. Les participants ont été observés au cours du déjeuner et les aliments consommés ou jetés ont été notés. Avec l’aide du personnel de la cantine, la taille des portions a été estimée selon les mesures domestiques et le guide de la taille des portions du programme d’analyse des nutriments CompEat.

Le groupe panier-repas mange plus de fruits

Sur les 120 écoliers (61 filles et 59 garçons) participant à l’étude, 62 prenaient un repas à l’école et 58 avaient leur panier-repas. Dans les deux groupes, l’apport calorique était voisin : 440 kcal pour les repas à la cantine versus 480 kcal pour les paniers-repas. Ces niveaux caloriques sont légèrement inférieurs aux recommandations nutritionnelles de 530 kcals (30% des recommandations) pour des enfants âgés de 7 à 10 ans. Si la majorité des écoliers prenant un repas préparé à l’école mangeaient au moins une portion de légumes, seulement 13% consommaient des fruits (Tableau 1). Dans le « groupe paniers-repas » c’était plutôt l’inverse : 58% des écoliers ont consommé une portion de fruits mais seulement 8% ont mangé une portion de légumes.
En moyenne, les repas préparés à l’école offraient certains avantages par rapport aux paniers-repas :

  • moitié moins de sucres (11% de l’apport calorique vs 22%)
  • beaucoup moins de sodium (542 mg vs 834 mg).

En revanche, les repas préparés à l’école contenaient des apports caloriques en matières grasses plus importants (38% vs 29%). Ils comportaient moins de graisses saturées, de calcium et de fer3.

Les fruits boudés à la cantine

Pour satisfaire aux normes, une portion de fruits et une portion de légumes/salade devaient au moins être proposées à chaque élève, chaque jour.

Les écoles s’y sont conformées : en grande majorité, les élèves prenant un repas à l’école consommaient au moins une portion de légumes. Cependant 19% des enfants n’y ont pas touchés.

En revanche, seulement 5 écoliers ont consommé les légumes contenus dans leur panier-repas.

Pour les fruits c’est moins glorieux : la plupart des écoliers n’ont pas mangé les fruits compris dans leur repas. Durant notre enquête, si des fruits frais, des salades de fruits et des crumbles aux fruits étaient offerts, d’autres desserts étaient proposés. Résultat : les fruits n’ont pas été choisis.

En revanche, 85% des enfants apportant une panier-repas ont consommé un fruit, souvent associés à d’autres douceurs comme un yaourt ou des biscuits.

Les enfants consommant des repas préparés à l’école ne pouvaient choisir qu’un seul dessert et… les fruits n’étaient pas souvent choisis.

Des améliorations nécessaires !

Des améliorations sont donc nécessaires dans les deux groupes, surtout pour les enfants prenant des repas préparés à l’école. Cela pourrait se faire en réduisant la disponibilité d’autres desserts ou en encourageant la consommation de fruits en dessert supplémentaire. Au Royaume-Uni, de nombreuses écoles et organisations comme l’Agence pour les Recommandations Nutritionnelles (Food Standards Agency) ou l’Alimentation à l’Ecole (School Food Trust) fournissent des informations pour préparer une panier-repas « saine ». Mobiliser les parents peut paraître difficile, mais une solution pourrait être d’inclure une politique nutritionnelle pour une alimentation saine à l’école. Des études supplémentaires sont évidemment nécessaires pour établir ces recommandations et les interventions portant sur l’amélioration du contenu des paniers-repas. On peut espérer qu’à l’avenir, les repas pris à l’école montreront des améliorations constantes.

Gail Rees
Ecole des Sciences Biomédicales et Biologiques, University de Plymouth, RU
  1. School Food Trust. A guide to introducing the Government’s food-based and nutrientbased standards for school lunches. 2007. http://www.schoolfoodtrust.org.uk
  2. Nelson M et al. National Indicator 52. Take up of school lunches in England 2008-2009. School Food Trust 2009. http://www.schoolfoodtrust.org.uk
  3. Rees GA et al. J Hum Nutr Diet. 2008; 21: 420-427
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