N° 90 | septembre 2009

Croyances et comportement des Australiens envers les fruits et légumes

Un consensus entre connaissances scientifiques et conseils de santé publique

A travers le monde, les gouvernements se basent sur des recommandations nutritionnelles (“dietary guidelines”) afin de développer des politiques et des programmes pour améliorer l'alimentation. Les Recommandations Nutritionnelles Australiennes offrent à la population générale des conseils sur les choix alimentaires sains1. Elles s'intéressent à divers facteurs comme la variété de l'alimentation, la consommation suffisante de fruits, de légumes et de céréales, la limitation des matières grasses, du sel et des sucres et l'alimentation des enfants. Ces recommandations représentent actuellement le meilleur consensus entre les connaissances scientifiques et les conseils de santé publique. Elles sont régulièrement mises à jour pour tenir compte des modifications des données épidémiologiques et des nouvelles connaissances scientifiques.

Au sein de la communauté, les problèmes d'alimentation et nutrition vont bien au delà des problèmes de santé traités dans les Recommandations Nutritionnelles.

Les inquiétudes, les barrières, les croyances…

Il y a un besoin urgent de promouvoir des comportements alimentaires basés sur les recommandations nutritionnelles pour que les consommateurs fassent du “choix d'une alimentation saine”, “un choix facile”. Comprendre les attitudes des consommateurs, leurs croyances et leurs perceptions face à ces recommandations, aidera les gouvernements à développer des stratégies efficaces pour promouvoir les changements. L'étude des attitudes et des croyances, ainsi que l'auto-évaluation de comportements alimentaires, apportent des connaissances utiles. Le Département de la Santé de l'Australie de l'Ouest a mené des enquêtes nutritionnelles en 1995, 1998, 2001 et 2004. Ces enquêtes téléphoniques ont porté sur les modifications des connaissances, des attitudes et des croyances concernant les Recommandations Nutritionnelles. Elles ont également tenté d'identifier les inquiétudes nutritionnelles, les barrières et les promoteurs d'un comportement alimentaire sain. L'échantillon était composé de 2854 adultes, âgés de 18 à 64 ans, habitant la région métropolitaine de Perth, dans l’Ouest de l’Australie2.

Des économies à long terme pour le système de santé

L'Enquête Nutritionnelle Nationale Australienne a montré que les adultes Australiens consommaient chaque jour seulement la moitié des quantités recommandées de fruits et légumes. A l'époque, les preuves que la consommation de F&L apportait des bénéfices significatifs pour la santé ne faisaient qu'émerger. Le Gouvernement a considéré l'augmentation de la consommation de F&L comme une priorité qui devait entraîner des économies à long terme pour le système de santé. A l'époque, la publicité pour les fruits et légumes était beaucoup moins répandue que celle pour d'autres aliments moins nutritifs. En 2002, le Département de la Santé de l’Ouest de l’Australie a développé la campagne de marketing social “Go for 2&5®” pour promouvoir les F&L. Pour plus d'informations sur cette campagne, visitez le site web www.gofor2and5.com.au. Les résultats des Enquêtes Nutritionnelles de Surveillance ont permis de développer cette campagne et d'évaluer son impact dans le temps.

“J'en mange déjà assez !” = FAUX !

En 2004, la probabilité qu'un adulte sache qu'il devrait manger deux portions de fruits par jour a été multipliée par trois fois et demie par rapport à 1995 et la probabilité qu'il sache devoir manger cinq portions de légumes par jour, multipliée par quatre. En général, les femmes connaissaient mieux les recommandations que les hommes.

Les principales barrières à l'augmentation de la consommation de F&L étaient restées similaires mais plus de personnes rapportaient des barrières à l'augmentation de la consommation des légumes. Principale raison évoquée ? “Parce que j'en mange déjà assez”. Avec le temps, moins de gens pensaient qu'ils consommaient suffisamment de F&L. D'autres freins à l'augmentation de la consommation étaient : l'absence de choix, la pauvre qualité des produits, le manque de temps et les efforts nécessaires pour préparer les F&L.

Le temps : un vrai problème

En 2004, beaucoup plus d'adultes citaient le “manque de temps” comme barrière à une alimentation saine qu'en 1995. Pour répondre à cette demande, il va falloir mettre en place des stratégies pour promouvoir des collations et des repas rapides et faciles. L'industrie y a déjà répondu, par exemple en développant des F&L à forte valeur ajoutée comme les oignons hachés, les citrouilles pelées et tranchées, les salades préparées etc.

Lever les barrières pour les légumes

Bien que de nombreuses personnes pensent que les F&L sont bénéfiques pour leur santé, elles croient souvent - et à tort ! - qu'elles en mangent déjà assez. C'est la raison principale pour laquelle elles n'ont pas cru devoir augmenter leur consommation. Quand les personnes interrogées ont réalisé qu'elles devraient consommer plus de F&L, elles ont rapporté des barrières d'ordre pratique à la consommation des légumes, comme la disponibilité, le coût et la qualité… Par rapport aux fruits, les consommateurs pensaient que les légumes étaient plus difficiles et plus longs à préparer.

Eduquer les consommateurs au nombre idéal de portions de F&L et les aider de manière pratique à faire tomber les barrières - surtout celles qui freinent la consommation de légumes - sont des priorités.

Christina Pollard
Ecole de Santé Publique - Université Technologique de Curtin - Perth - Australie
  1. Dietary Guidelines for all Australians [<http://www.nhmrc.gov.au/PUBLICATIONS/synopses/dietsyn.htm>.]
  2. Pollard C, Miller M, Woodman R, Meng R, Binns C: Changes in Knowledge, Beliefs, and Behaviors Related to Fruit and Vegetable Consumption Among Western Australian Adults, 1995 to 2004. American Journal of Public Health 2009, 99(2):355-361.
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