N° 136 | novembre 2013

Dépenser plus pour les fruits et légumes réduit la mortalité chez les sujets âgés

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L’insécurité alimentaire dans les groupes à risques

Pour l’Organisation Mondiale de Santé (OMS), la crise mondiale des prix alimentaires menace la santé publique et met en danger la santé des groupes les plus vulnérables comme les femmes, les enfants, les personnes âgées et les familles à faibles revenus 1. Les facteurs économiques jouent un rôle crucial et pourraient retentir sur le statut nutritionnel et la santé des individus. Face à l’insécurité alimentaire, les familles les plus pauvres redoutent les pénuries de nourriture ou d’argent pour acheter des vivres et sont ainsi confrontées à la raréfaction des aliments. Elles achètent souvent des aliments moins chers ou se privent tout simplement pendant un jour ou plus 2.

Les facteurs économiques menacent l’alimentation des personnes âgées

Certaines personnes âgées sont à risque de malnutrition à cause d’insuffisance alimentaire avec pour conséquence une moindre variété alimentaire, une exclusion des légumes et de la viande et de plus faibles apports en certains nutriments 3. Pour cette population, le choix et la consommation d’aliments dépendent surtout de la qualité, de la saveur et de considérations économiques et de santé 4. De plus, les personnes âgées pauvres réduisent fréquemment leurs dépenses alimentaires pour payer les soins médicaux – qui paradoxalement sont souvent liés à leur mauvaise alimentation 5.

Une meilleure qualité alimentaire est plus coûteuse

Une alimentation saine est plus onéreuse. Ainsi, dans une étude récente, nous avons montré que, même en intégrant la profession et les revenus (personnels ou familiaux), une alimentation diversifiée occasionnait des dépenses alimentaires plus importantes au sein d’une population représentative de Taïwanais âgés 6. Les personnes âgées de faible niveau socioéconomique choisissent plutôt des aliments moins chers. Les personnes âgées ayant la meilleure diversité alimentaire dépensent deux fois plus en viandes et en légumes que celles qui ont une diversité réduite. Lorsqu’on compare les dépenses du groupe ayant la meilleure diversité alimentaire par rapport à la plus réduite, on constate qu'elles sont multipliées par quatre pour les produits laitiers et par six pour les fruits !

Un risque de mortalité réduit chez les personnes âgées avec les fruits et légumes

Par rapport aux foyers à insécurité alimentaire modérée ou sévère, les foyers riches dépensent plus pour: les aliments d’origine animale, les légumes, les graisses et les huiles 7. Les consommations de légumes, légumineuses (fèves) et fruits les plus importantes sont associées à un risque réduit de mortalité toutes causes dans les populations de personnes âgées 8-10. Ceci peut correspondre à une consommation réduite d’aliments moins nutritifs 11. En Indonésie rurale, dans les foyers dépensant plus pour les aliments d’origine végétale, les enfants âgés de moins de 5 ans ont une plus forte mortalité 12. Dans notre étude, seules les dépenses pour les fruits et légumes (F&L) chez les Taïwanais âgés montrent un effet protecteur sur la mortalité toutes causes, mais pas les autres dépenses alimentaires. Les personnes ayant une consommation de légumes de Q4 (61-80ème percentiles) - mais pas de Q5 (81-100ème percentiles) - ont une diminution du risque de mortalité de 45% comparées à celles de Q1 (les 20% les plus bas). Dans ce groupe Q4, la consommation de légumes était de 463 g/jour et celle de fruits de 377 g/jour, ce qui correspond aux recommandations de l’OMS.

Ces données sont en accord avec la politique de santé publique qui encourage la consommation de 5 portions de fruits et légumes par jour 10,13. De plus, si les personnes âgées augmentaient leurs dépenses alimentaires quotidiennes de $15 Taiwanais (soit 0.50 $ Américain), le risque de décès diminuerait de 12% pour des légumes et de 10% pour les fruits. Cette augmentation de $15 pour chacune de ces catégories d’aliments ne devrait pas représenter un frein économique pour la majorité des Taiwanais âgés mais elle pourrait l’être pour les personnes en marge de la société...

Quelles implications pour la santé publique

Il est évident que de plus fortes consommations de F&L sont bénéfiques pour la longévité 9,10. Cependant, certains facteurs physiques (comme la capacité à mâcher 14) et des facteurs économiques peuvent limiter la consommation de F&L chez les personnes âgées. L’ensemble du système agro-alimentaire contribue à la disponibilité, l'abordabilité et l’utilité des F&L. Il faut donc intégrer l’achat, le stockage et la préparation des aliments qui sont impliqués dans l’amélioration de l’état final de santé 15,16. A Taiwan, les politiques de santé publique ne devraient pas se focaliser uniquement sur la promotion d’une alimentation saine ou d’une augmentation de la consommation de F&L, mais aussi sur la réduction des freins économiques à l’achat d’aliments sains, en particulier les F&L. Les services de santé doivent prendre en compte les catastrophes naturelles et les différentes saisons qui peuvent radicalement modifier la disponibilité des F&L et faire rapidement monter les prix. Les prix inabordables pour les personnes économiquement marginalisées (surtout les personnes défavorisées) pourraient être minimisés. Il est clair que porter notre attention sur les budgets alimentaires, en particulier ceux des F&L, devrait faire partie de la politique d’alimentation et de santé publique.

Meei-Shyuan Lee
Ecole de Santé Publique, Centre Médical de la Défense Nationale, Taipei, Taiwan, République de Chine
Yuan-Ting Lo
Ecole de Santé Publique, Centre Médical de la Défense Nationale, Taipei, Taiwan, République de Chine
Mark L Wahlqvist
Ecole de Santé Publique, Centre Médical de la Défense Nationale, Taipei, Taiwan, République de Chine
  1. Lo YT et al. Asia Pac J Clin Nutr 2009;18(4):598-604
  2. Sarlio-Lahteenkorva S, Lahelma E. J Nutr 2001;131(11):2880-2884.
  3. Lee JS, Frongillo EA, Jr. J Nutr 2001;131(5):1503-1509.
  4. Lilley J. Nutr Food Sci 1996;96(2):4-7.
  5. Wu Y. Retrieved July 16, 2013, from http://www.ifigr.org/workshop/fall09/wu.pdf.
  6. Lo YT et al. Appetite 2012;58(1):180-187.
  7. Melgar-Quinonez HR et al. J Nutr 2006;136(5):1431S-1437S.
  8. Lee MS, Huang YC, Su HH, Lee MZ, Wahlqvist ML. J Nutr Health Aging 2011;15(10):815-821.
  9. Nothlings U et al. J Nutr 2008;138(4):775-781.
  10. Bellavia A et al. Am J Clin Nutr. First published ahead of print June 26, 2013 as doi: 10.3945/ajcn.112.056119.
  11. Campbell AA et al. J Nutr 2010;140(1):189S-194S.
  12. Campbell AA et al. J Nutr 2008;138(11):2244-2249.
  13. Lo Y-T et al. Nutr J 2012;11(1):113.
  14. Lee MS et al. J Am Geriatr Soc 2010;58(6):1072-1080.
  15. Chang YH et al. J Epidemiol Community Health. 2012;66(7):e20.
  16. Chen RC et al. Public Health Nutr. 2012;15(7):1142-1149.
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