N° 120 | mai 2012

En Nouvelle Zélande, quand les enfants font leur « Devoirs Sains », ils mangent plus de fruits et légumes

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Alors que la plupart des interventions concernant la nutrition et l’activité physique chez les enfants se focalisent sur l’environnement scolaire, certaines données suggèrent qu’à la maison les enfants auraient accès à plus d’aliments malsains et seraient moins actifs 1,2.

L’intervention Néo Zélandaise pilote Healthy Homework (littéralement « devoirs sains »), financée par le Conseil de Recherche Médical, a eu lieu en 2009. Elle a porté sur deux écoles, l’une dans la catégorie du décile le plus élevé et l’autre dans celle du décile le plus bas (En Nouvelle Zélande, les écoles publiques reçoivent un décile de 1 a 10 suivant les revenus des parents qui dépendent de cette zone. Décile 1 correspond aux parents les plus pauvres, Décile 10 aux parents les plus riches). Quatre classes ont bénéficié de l’intervention et quatre classes ont constitué un groupe témoin. L’objectif principal de cette étude était d’améliorer les comportements alimentaires et l’activité physique des enfants (n=100, âge 9-11 ans).

Les devoirs à la maison : impliquer autant que possible la famille et les parents

Dans cette étude, nous avons conçu, instauré et évalué le premier programme de devoirs obligatoires à la maison ayant pour objectif d’améliorer les comportements de santé en dehors de l’école. Dix comportements liés à la nutrition et l’activité physique ont été identifiés, dont la consommation de fruits et légumes. Pour atteindre les objectifs du Curriculum Néo Zélandais pour la Santé et l’Education Physique (New Zealand Health and Physical Education Curriculum), on a conçu un programme de devoirs à la maison durant six semaines, complété par une unité d’enseignement en classe. Les devoirs consacrés aux fruits et légumes visaient non seulement à faire prendre conscience de l’importance de la consommation des fruits et légumes mais également à la promouvoir et à encourager activement les écoliers à consommer les portions recommandées, soit au moins deux portions de fruits et trois portions de légumes chaque jour durant une semaine.

Chaque tâche était conçue de manière à impliquer autant que possible la famille et les parents. Des questions supplémentaires encourageaient les recherches personnelles. Pour évaluer la consommation avant et après l’intervention, nous avons utilisé des carnets alimentaires sur 4 jours (2 jours en semaine et 2 jours de week-end). Remplir ces carnets faisant partie des devoirs, nous avons supposé que ces carnets seraient bien tenus et suffisamment précis. L’évolution de la consommation des fruits et légumes a été comparée dans chaque groupe et entre groupes avant et après l’intervention.

Une augmentation significative de la consommation de fruits et légumes durant le week-end

Dans le groupe intervention, on a noté une augmentation significative (p=0,001) de la consommation de fruits et légumes durant le week-end, avant et après intervention La consommation de fruits a augmenté d’au moins 0,5 portions (+ 0,5 à 1 portion); celle des légumes de 1,5 portions (+ 0,5 – 2.0 portions).

En comparant les groupes intervention et témoin, un effet positif a été observé sur

  • la consommation de légumes durant le week-end (0,83 portions par jour, IC 95%: 0,24-1,43; p = 0,007)
  • la consommation globale (0,45 portions par jour, IdC 95% : 0,09 – 0,82; p = 0,016).

Les résultats n’étaient pas significatifs durant les jours de semaine.
Aucune relation n’a été observée avec le sexe ou l’école fréquentée.

Des petites améliorations qui pourraient s’appliquer à d’autres comportements sains

Cette augmentation de la consommation des légumes représente environ 28% des recommandations quotidiennes (3 portions par jour) 3. Nos résultats sont significatifs et comparables à ceux d’autres études focalisées uniquement sur la consommation de fruits et légumes qui montraient une augmentation de la consommation de fruits et légumes de 0,2-0,6 portions 4,5.

Cette amélioration de la consommation de fruits et légumes était une des principales priorités de l’initiative « Les Devoirs Sains ». Nos résultats représentent de petites améliorations au niveau de l’environnement familial qui pourraient s’appliquer à d’autres comportements sains.

Cela va-t-il durer ? La réponse prochainement

La question primordiale reste de savoir si cette augmentation de la consommation de légumes va perdurer au delà de l’intervention puisqu’aucun suivi à long terme n’a été prévu dans l’étude pilote.

C’est pourquoi, une étude plus vaste « Devoirs plus Sains » est actuellement en cours dans 20 écoles des Iles du Nord et du Sud de la Nouvelle Zélande. Un suivi de 6 mois a été incorporé dans cette nouvelle étude, afin d’évaluer les effets de cette intervention à court et à long terme. Nous pensons que des devoirs qui se focalisent sur des comportements sains, impliquant les membres de la famille et l’environnement familial, représentent une voie prometteuse pour améliorer l’état de santé des enfants en particulier leur consommation des fruits et légumes. Nous espérons que les résultats de cette étude plus étendue viendront conforter nos résultats actuels.

D’autres enquêtes, utilisant cette même approche d’encouragement des enfants à modifier activement leur comportement par des devoirs qui complètent les connaissances acquises en classe seront nécessaires.

Caryn Zinn
Professeur à l’Université AUT, Membre de l’Ordre des Nutritionnistes de Nouvelle Zélande
  1. Rockell JE, Parnell WR, Wilson NC, Skidmore PM, Regan A: Nutrients and foods consumed by New Zealand children on schooldays and non-school days. Public Health Nutr 20101-6.
  2. Duncan JS, Schofield G, Duncan EK: Pedometer-determined physical activity and body composition in New Zealand children. Med Sci Sports Exerc 2006, 38:1402-1409.
  3. Ministry of Health. Food And Nutrition Guidelines for Healthy Children Aged 2–12 Years. A background paper. 2003. Ministr y of Health: Wellington.
  4. Blanchette L, Brug J: Determinants of fruit and vegetable consumption among 6-12- year-old children an ! effective interventions to increase consumption. J Hum Nutr Diet 2005, 18:431-443.
  5. Knai C, Pomerleau J, Lock K, McKee M: Getting children to eat more fruit and vegetables: a systematic review. Prev Med 2006, 42:85-95.
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