N° 114 | novembre 2011

Et si les diabétiques mangeaient comme tout le monde ?

Parce qu’elle permet de mieux contrôler la glycémie et de prévenir les complications à long terme, la thérapie nutritionnelle occupe une place essentielle dans le diabète. Dans une perspective de santé publique, cette approche est d’autant plus importante, qu’en dépit d’une réduction de la mortalité cardio vasculaire globale, la mortalité cardio vasculaire attribuable au diabète ne cesse d’augmenter, …

Centrées sur la composition nutritionnelle de l’alimentation, les recommandations pour les diabétiques sont principalement axées sur le choix des glucides, des graisses et du cholestérol et s’inspirent de Mypyramid qui symbolise le modèle d’une alimentation saine.

Les données de 2 grandes études prospectives : EPIC et MEC

Jusqu'à présent, aucune étude ne s’était intéressée aux différences d’alimentation entre diabétiques et non diabétiques sur de vastes populations. C’est ce qu’on fait Nöthlings et coll. qui viennent de publier les résultats d’une vaste étude regroupant les données alimentaires de 2 grandes études prospectives : l’Etude EPIC en Europe et l’Etude MEC (MultiEthnic Cohort study) aux Etats-Unis.

L’étude EPIC, vaste étude multicentrique de population, réalisée entre 1992 et 2000, dans 10 pays européens, sur plus de 500 000 sujets, âgés de 35 à 70 ans, a permis de préciser l’influence de l’alimentation et du mode de vie sur diverses maladies chroniques. A partir de cette population, les auteurs ont sélectionné les sujets diabétiques avérés et les ont comparés avec des non diabétiques, appariés pour l’âge, l’IMC et d’autres facteurs de risque comme le tabac et l’HTA.

Au final, 6192 sujets diabétiques ont été comparés au même nombre de sujets non diabétiques en termes d’habitudes alimentaires. Ces comparaisons ont été faites à partir de questionnaires de fréquence de consommation alimentaire, complétés par un rappel calibré de l’alimentation sur 24 heures pour 8% des sujets.

L’étude MEC, conçue pour analyser l’alimentation et les risques de cancer au sein de 5 groupes ethniques, à Hawaï et en Californie, a inclu 215 000 sujets entre 1993 et 1996. Leurs habitudes alimentaires ont été évaluées à l’aide d’un questionnaire de fréquence de consommation à 180 items, regroupés en 14 groupes d’aliments. La survenue à 5 ans de diverses pathologies - dont le diabète - a été évaluée.

Au sein de cette population, 13 776 sujets diabétiques ont été comparés, en termes d’alimentation, à un même nombre de sujets non diabétiques.

Principales différences : les boisons et les sucreries

Dans l’étude EPIC, les principales différences de consommation alimentaires portaient sur les boissons non alcoolisées (plus consommées chez les diabétiques), ainsi que les sucreries, le vin et les jus de fruits (moins consommés par les diabétiques).

Principales différences dans l’étude MEC : une consommation plus importante de boissons non alcoolisées et les laitages chez les diabétiques ; des apports moindres de vin, de bière, de sucreries et de jus de fruits. Dans cette étude (mais pas dans EPIC) les auteurs on pu distinguer les boissons sucrées des boissons édulcorées : les diabétiques en consommaient 2,6 fois plus que les non diabétiques.

En stratifiant ces résultats par pays et origine ethnique, les diabétiques danois et hollandais de l’étude EPIC consommaient plus de boissons non alcoolisées que les non diabétiques, alors que leur consommation était plus faible dans les autres pays. Dans l’étude MEC, quelque soit l’ethnie, les diabétiques consommaient plus de boissons sans alcool (boissons light), et moins d’alcool que les non diabétiques.

Des progrès à faire en termes d’éducation nutritionnelle

Au final, ce sont surtout les boissons qui différencient la consommation alimentaire des diabétiques par rapport aux non diabétiques. Peu de différences ont été observées concernant la consommation de légumes, de poisson et de viande, quels que soient les pays et les ethnies.

On peut s’étonner que l’alimentation des sujets diabétiques (en dehors des boissons) diffère peu, au final, de celle des non diabétiques. Résultat que les auteurs de l’étude interprètent en supposant que les diabétiques avaient sans doute, au départ, des mauvaises habitudes alimentaires (qui auraient favorisé l’émergence de leur diabète) et qu’ils avaient déjà pas mal évolué en se rapprochant de l’alimentation de sujets non diabétiques, censés avoir de meilleures habitudes alimentaires.

On peut s’en accommoder. Mais on peut aussi conclure qu’il reste encore des progrès à faire en termes d’éducation nutritionnelle chez les diabétiques !

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Nöthlings et al, Food int ake with and without diabetes, European Journal of Clinical Nutrition (2011), 1-7
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