N° 114 | novembre 2011

Rôle du Lycopène dans la prévention du risque d’ostéoporose chez les femmes ménopausées

Le lycopène : un antioxydant puissant

Le lycopène est un isomère acyclique à 40 carbones du betacarotène 1. De tous les caroténoïdes, il aurait la plus forte capacité à piéger les oxygènes singulets 2 ce qui en fait un antioxydant très puissant. Le lycopène est le principal caroténoïde qu’on retrouve dans le sérum humain ¹. Si plus de 80% du lycopène alimentaire provient des tomates et des produits dérivés 3, on le retrouve également dans la pastèque, le pamplemousse rose, le cynorrhodon et la goyave rose 4.

La capacité du lycopène à réduire les taux de marqueurs du stress oxydant est bien documentée. Les études montrent qu’il est capable de réduire les taux des marqueurs des lipides, des protéines et de l’ADN. Ses propriétés antioxydantes seraient responsables de sa capacité à réduire les risques de maladies chroniques liées à l’âge, souvent attribuées au stress oxydant. Certains travaux suggèrent que, grâce à son action anti oxydante, le lycopène pourrait réduire le risque d’infertilité, de diabète, de démence, de maladies cardiovasculaires et de plusieurs types de cancers 5. En outre, nos travaux suggèrent que le lycopène diminuerait le risque d’ostéoporose chez les femmes ménopausées.

Consommer des tomates pour améliorer la teneur en lycopène

Dans une étude transversale, nous avons montré que les personnes ayant d’importants apports quotidiens de lycopène consommaient, en moyenne, plus de tomates cuites ou des produits à base de tomates qui contiennent habituellement les plus grandes quantités de lycopène. Ainsi, une consommation accrue d’aliments riches en lycopène bio disponible, comme les produits à base de tomates 6 est à envisager si l’on souhaite augmenter les concentrations sériques du 5-cis lycopène (un puissant antioxydant).

Récemment, nous avons rapporté qu’une restriction en lycopène, pendant seulement un mois, entraîne une modification importante des taux de bio marqueurs du stress oxydatif et des marqueurs de résorption osseuse chez des femmes ménopausées âgées de 50 à 60 ans 7. S’abstenir de consommer des aliments contenant du lycopène entraîne une baisse significative du lycopène sérique qui coïncide avec une augmentation des taux des paramètres du stress oxydatif et du NTx, (N-télopeptide du collagène de Type I) un marqueur de la résorption osseuse. A long terme, cette augmentation significative du NTx pourrait aboutir à une diminution de la DMO et à une augmentation du risque de fracture ostéoporotique 8, ce qui suggère qu’une restriction prolongée peut être néfaste pour la santé osseuse 7.

Une réduction significative des marqueurs du stress oxydatif et de la résorption osseuse

Un argument supplémentaire en faveur de l’importance du lycopène alimentaire est fourni par notre essai randomisé et contrôlé. Il montre qu’un supplément de lycopène entraîne une augmentation significative des capacités antioxydantes totales, associée à une réduction significative des taux des paramètres de stress oxydatif et du marqueur NTx de résorption osseuse. Nos résultats montrent que des apports de lycopène de 30 mg par jour (sous forme de gélules ou de jus) peuvent diminuer le risque d’ostéoporose en réduisant les taux des paramètres de stress oxydatif et du marqueur NTx de résorption osseuse. Ainsi, la consommation de lycopène par les femmes ménopausées afin d’améliorer leur santé osseuse globale devrait être considérée comme un complément naturel pour la prévention et le traitement de l’ostéoporose 9.

8 à 10 mg par jour seraient souhaitables

Le lycopène est présent seulement dans un petit nombre d’aliments 4. Il faut donc les inclure dans l’alimentation quotidienne pour diminuer les conséquences négatives sur la santé des femmes, en particulier le risque d’ostéoporose. Actuellement, le lycopène n’est pas considéré comme un nutriment essentiel ; il n’existe donc aucun apport quotidien recommandé. Les résultats d’études d’intervention chez l’homme indiquent qu’une consommation entre 8 et 10 mg par jour serait souhaitable. Les résultats de nos travaux apportent des arguments supplémentaires pour l’importance de la consommation quotidienne de tomates et de produits à base de tomates afin de maintenir l’état de santé global et diminuer le risque de maladies chroniques liées à l’âge, en particulier l’ostéoporose, associée au stress oxydatif.

Erin S. Mackinnon
Département de Médecine, Division d’Endocrinologie et du Métabolisme, Laboratoire de Recherche sur le Calcium, Hôpital St. Michael, Toronto, Ontario, Canada
Leticia G. Rao
Département de Médecine, Division d’Endocrinologie et du Métabolisme, Laboratoire de Recherche sur le Calcium, Hôpital St. Michael, Toronto, Ontario, Canada
  1. 1. Rao et al. Role of antioxidant lycopene in cancer and heart disease. J Am Coll Nutr 19(5): 563-9 (2000).
  2. Di Mascio et al. Lycopene as the most efficient biological carotenoid singlet oxygen quencher. Arch Biochem Biophys 274(2): 532-8 (1989).
  3. Boileau T W et al. Jr. Bioavailability of all-trans and cis-isomers of lycopene. Exp Biol Med (Maywood) 227(10): 914-9 (2002)
  4. U.S. Department of Agriculture, A. R. S. (United States Department of Agriculture, 2009).
  5. Rao, A. V. & Rao, L. G. Carotenoids and human health. Pharmacol Res 55(3): 207-16 (2007).
  6. Mackinnon ES et al. Lycopene int ake by Canadian women is variable, similar among different ages, but greater than that reported for women in other countries. J Med Food. 2009 Aug;12(4):829-35.
  7. Mackinnon ES et al. Dietary restriction of lycopene for a period of one month resulted in signific antly increased biomarkers of oxidative stress and bone resorption in postmenopausal women. J Nutr Health Aging. 2011 Feb;15(2):133-8.
  8. Brown, J. P. & Josse, R. G. 2002 clinical practice guidelines for the diagnosis and management of osteoporosis in Canada. CMAJ 167S1-S34 (2002).
  9. Mackinnon ES et al. Supplementation with the antioxidant lycopene significantly decreases oxidative stress parameters and the bone resorption marker N-telopeptide of type I collagen in postmenopausal women. Osteoporos Int. 2011 Apr;22(4):1091-101.
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