N° 86 | avril 2009

Favoriser une consommation élevée de fruits et légumes en entreprise, l’exemple Danois

Classiquement, on supposait que les interventions pour la promotion d’une alimentation saine pouvaient être les mêmes partout. Voici une étude Danoise qui montre que les interventions sur le lieu de travail doivent s’adapter aux spécificités de l’environnement où elles s’implantent. Une adaptation qui doit se faire en collaboration avec tous les partenaires locaux. Les intermédiaires clés dans les questions d’alimentation et de nutrition : le personnel et l’encadrement des restaurants d’entreprise.

L’apport de la sociologie des organisations

Depuis l’adoption, en 1986, de la charte d’Ottawa pour la promotion de la santé (https://www.who.int/healthpromotion/ conferences/previous/ottawa/en/), la promotion d’une alimentation saine dans les collectivités a pris de l’importance. En collectivité, elle peut toucher un grand nombre d’individus, en particulier ceux qui ne s’engageraient pas spontanément dans des comportements sains de prévention. Dans de nombreuses entreprises, la santé et le bien-être à long terme des employés sont d’une importance stratégique. Ainsi, de plus en plus de sociétés et de conseillers de santé unissent leurs efforts pour développer et tester des interventions en faveur d’une alimentation saine. Toutes ces initiatives soulignent l’importance du rôle des intermédiaires.

Classiquement, notre compréhension des mécanismes de l’adoption d’un comportement alimentaire sain reposait sur les théories du comportement de l’individu. Cependant, pour que les interventions soient efficaces dans des situations sociales complexes, nous avons besoin de l’apport théorique de la sociologie des organisations. En effet, maintenir l’efficacité et l’élan de ces interventions reste au centre des préoccupations de santé publique en matière de nutrition1.

Notre article résume les éléments clés qui ont permis de maintenir une consommation élevée de fruits et légumes (F&L) en restaurant d’entreprise durant les 5 années qui ont suivi une intervention. Le rapport complet, avec des données détaillées, sur la consommation journalière de F&L de cinq entreprises danoises est en cours de publication2.

Un projet issu d’échanges entre chercheurs et entreprises locales

Le projet danois “6 par jour” a débuté en 2000. L’intervention et la méthode de recherche ont été développées à la suite d’échanges entre les chercheurs et les entreprises locales. Le point d’entrée dans l’entreprise était la cantine. Sur chaque site, l’équipe locale de restauration a collaboré avec les chercheurs pour choisir les éléments spécifiques de l’intervention. Le personnel du restaurant a initié une cartographie des consommations de F&V aux différents comptoirs du self afin d’augmenter la disponibilité des F&L dans tout le menu. Ainsi des F&L ont été incorporés dans les quatre menus types au Danemark : plats chauds, assiettes froides, salades et collations.

Des critères d’évaluation ont été développés pour quantifier la consommation de F&L. Ce suivi chiffré a joué un rôle important au niveau local, non seulement pour maintenir l’élan, mais également pour démontrer qu’une intervention sur le lieu de travail est un moyen efficace pour accroître la consommation de F&L. Ce suivi a été effectué par le personnel et les données, recueillies au départ, après un an et après cinq ans. Une évaluation qualitative a également été effectuée. Cette dernière a permis de mieux comprendre que les interventions en faveur de l’alimentation saine étaient modelées par l’interaction entre les différents partenaires et que cette interaction pouvait contribuer au maintien de leur efficacité.

Le poids de la “constitution sociale” de l’entreprise

En 2008, 4 restaurants sur 5 ont réussi à maintenir la consommation de F&L, certains avec plus de succès que d’autres. Les résultats de l’évaluation qualitative suggèrent que les interventions sur les (F&L) doivent être modulées et traduites de manière différente selon le contexte local.

La conception de la relation entre les conditions de travail, l’efficacité et la santé ainsi que la nutrition conditionne et module les interventions locales. Cela veut dire que, non seulement les partenaires ont quelque chose à gagner d’une telle intervention, mais aussi que les partenaires vont faire en sorte que l’intervention y gagne. Cette “action” dépend de la nature et de l’historique des rapports de pouvoir interne dans une entreprise donnée. Hildebrandt et Seltz l’ont nommé la “constitution sociale” de l’entreprise3. Globalement, il est important de comprendre toute interaction, ou son absence, entre le lieu de travail et une alimentation plus saine.

Pas de recette “miracle” mais des interventions adaptées

Nos résultats indiquent qu’il n’y a pas de recette unique. Chaque intervention doit s’adapter aux besoins locaux, en fonction de la constitution sociale de l’entreprise. En conséquence, les interventions ne doivent pas être imposées mais doivent émaner d’un partenariat. Notre étude montre que le service de restauration de l’entreprise est un intermédiaire important pour aider à définir les composantes de l’intervention. De plus, les Ressources Humaines et la Direction Générale doivent également participer à l’élaboration des stratégies d’alimentation saine.

Bent Egberg Mikkelsen
Professeur, PhD, Directeur de Recherche Groupe de Recherche : Science des Aliments & Nutrition en Santé Publique (www.menu.aau.dk) Président, Comité d’experts de l’UE sur le programme de Fruits à l’école.
Anne Vibeke Thorsen
Département de Nutrition, Institut National d’Alimentation, Université Technique du Danemark, Danemark.
  1. O’Loughlin, Renaud L, Richard L, Gomez LS & Paradis, G (1998): Correlates of the Sustainability of Community-Based Heart Health Promotion Interventions, Preventive Medicine, Volume 27, Issue 5, September 1998, p 702-712
  2. Thorsen, AV; Lassen A, Hels, O & Mikkelsen, BE. Long term sustainability of a worksite canteen intervention Forthcoming. (2009).
  3. Hildebrandt, E & Seltz, R 1989. Wandel betrieblicher Sozialverfassung durch systemische Kontrolle. Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung, Technik, Arbeit, Umwelt. Edition Sigma; Berlin
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