N° 86 | avril 2009

Papys et Mamys : mangez mieux & bougez plus !

Conçu dans le cadre de la Loi sur les Personnes Agées aux Etats-Unis, le Programme de Nutrition “Mangez Mieux & Bougez Plus” (Eat Better & Move More - EBMM) est le plus vaste programme d’assistance nutritionnelle aux personnes âgées aux Etats-Unis. Son objectif : promouvoir la santé, diminuer la malnutrition et prévenir la dégénérescence physique et mentale1.

250 millions de repas par an

Le programme vise surtout les personnes les plus nécessiteuses sur le plan social et économique, en particulier les minorités pauvres et les habitants de zones rurales. Chaque année il offre environ 250 millions de repas à 3 millions d’adultes âgés de plus de 60 ans dans 4000 agences locales.

Le Guide EBMM des programmes de collectivités (http://nutritionandaging.fiu.edu/You_Can/ 07.2YouCanGuidebook.pdf) comporte une série de 12 sessions hebdomadaires et inclut des séances brèves sur la nutrition et l’activité physique et des sessions interactives. Grâce à son succès, un 2e volet est actuellement en ligne.

Soulignant l’importance des fruits, des légumes, des aliments riches en calcium et en fibres, l’EBMM s’attaque aux carences graves et aux tailles des portions. La marche, l’usage d’un podomètre, de simples étirements et une bonne hydratation sont également recommandés. Les participants prennent et remplissent les fiches Astuces & Actions puis les rapportent la semaine suivante.

Des questionnaires sur la nutrition et l’activité physique

Dans cette étude2, nous avons choisi 10 sites, sans programme d’activité physique, pouvant recruter plus de 50 personnes et recueillir et envoyer des données. 10,000 $ ont été répartis dans des restaurants de collectivités, des centres de loisirs de quartier, des complexes d’habitation en centre ville, en banlieue, en zones rurales et même dans une réserve indienne. Chaque médiateur (8 diététiciens, 1 infirmière, 1 administrateur Amérindien) a participé à un séminaire d’une journée et demie. Notre centre a offert une assistance technique sous forme de conférences téléphonique deux fois par semaine et d’une base de données. Au total, on a compté 999 inscrits. Pour pouvoir être inclus dans l’étude, il fallait avoir plus de 60 ans et être capable se déplacer avec/ou sans aide. Les personnes ayant des troubles cognitifs ont été écartées. Les questionnaires sur la nutrition et l’activité physique comportaient également une question sur le stade de motivation au changement.

3 participants sur 4 ont évolué favorablement

620 participants (62%) ont complété l’étude. Ces taux variaient selon les sites (35-85%), mais pas selon l’origine ethnique. Chez les personnes vivant en HLM, on observe le plus faible taux de complétion et le plus fort risque nutritionnel. Souvent, les besoins de ces résidents sont plus importants que ceux des personnes qui vivent dans une communauté traditionnelle.

Ceux qui ont terminé l’étude avaient un âge moyen de 75 ans (le plus âgé avait 101 ans, 5 étaient nonagénaires et 162 octogénaires). Il y avait 82% de femmes et 41% de minorités ethniques. La moitié d’entre eux vivaient avec leur famille et 38% avec un conjoint. Ils avaient globalement moins de problèmes de santé et un moindre risque nutritionnel par rapport à ceux qui n’avaient pas complété l’étude, mais par ailleurs, ils leur ressemblaient.

Environ 3 participants sur 4, qui n‘atteignaient pas le stade de maintien en pré-intervention, ont évolué avec au moins 1 stade de changement pour la nutrition et l’activité physique.

La consommation quotidienne d’aliments a augmenté d’au moins 1 portion pour : les légumes (37%), les fruits (31%), les fibres (33%), les aliments riches en calcium (42%), les boissons (31%).

Le nombre de pas quotidiens a augmenté de 35% pour atteindre environ 4200. Le nombre de pâtés de maisons parcourus et de marches montées a également augmenté. Le temps d’activité debout (Timed Up & Go) a augmenté tandis que le risque de chute a diminué.

Parmi les 94% de participants, qui se décrivaient comme n’ayant pas une bonne santé au début de l’étude, 24% ont amélioré leur état de santé par un facteur >1. L’auto-évaluation de l’état de santé serait prédictive des capacités fonctionnelles et de la mortalité chez les personnes âgées qui habitent chez elles. Presque tous ont recommandé le programme et ont dit qu’ils Mangeaient Mieux (93%) et Bougeaient Plus (90%). Le niveau socio-économique était lié aux données disponibles.

L’importance de renforcer les messages

Les programmes d’éducation nutritionnelle qui réussissent se caractérisent par un nombre limité de messages (1 ou 2), le renforcement et la personnalisation des messages, des activités pratiques et l’accès à des professionnels de santé3. Chaque message nutritionnel EBMM a été présenté pendant 1 semaine et renforcé la semaine suivante. Les fiches Astuces & Actions (Tips & Tasks) ont visuellement renforcé les objectifs et ont proposé plus de choix alimentaires. Les sessions hebdomadaires étaient interactives, incorporaient de véritables aliments, étiquettes et repas du programme. Elles étaient animées par des professionnels de santé, sensibles aux différences culturelles et capables de répondre aux questions sortant du cadre de l’intervention. Des objectifs de marche personnalisés, au rythme de chacun, ont amélioré les résultats.

Un facteur clé à intégrer : l’activité physique

Globalement, l’EBMM a réussi parce qu’il était : facile d’exécution, peu coûteux, adapté aux personnes âgées et qu’il ciblait la modification simultanée de la nutrition et de l’activité physique. Un autre facteur du succès était la coordination directe par le centre.

Nous pensons, comme d’autres chercheurs, que l’éducation nutritionnelle est améliorée par l’intégration d’activité physique. Nous encourageons fortement l’usage de nos deux Guides et les collaborations multidisciplinaires. Les personnes âgées vivant dans la communauté ont souvent besoin d’encouragements pour Manger Mieux et Bouger Plus. De plus en plus de communautés devraient permettre de bien vieillir en offrant des programmes similaires.

Nancy S Wellman
Centre National de Ressources sur la Nutrition, l'Activité Physique et le Vieillissement, Université Internationale de Floride, Miami - USA
  1. US Administration on Aging. www.aoa.gov/prof/aoaprog/nutrition/nutrition.asp.
  2. Wellman et al. Eat Better & Move More: A communitybased program designed to improve diets and increase physi
    cal activity among Older Americans. Am J Public Health. 2007;97:710.
  3. Sahyoun et al. Evaluation of nutrition education interventions for older adults. J Am Diet Assoc. 2004;104:58.
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