N° 128 | février 2013

Fruits et légumes : Du côté des bénéfices

Retour sur la session d’information « Qualité sanitaire des fruits et légumes : entre perception et réalité » organisée par Aprifel/Interfel, le 23 octobre 2012 à Paris.

Le premier bénéfice des fruits et légumes est de contribuer à l’équilibre alimentaire

Pour Jean-Michel Lecerf, médecin nutritionniste à l’Institut Pasteur de Lille, une alimentation équilibrée doit s’attacher à prendre en compte à la fois la composition des menus, les quantités consommées exprimées en poids, en nutriments ou en calories et enfin la qualité des aliments (composition et teneur). Cette exigence s’applique sur toute la chaîne alimentaire depuis la culture en champ jusqu’à la cuisson, notamment pour les légumes, en passant par tous les stades de transformation. A l’inverse, les déséquilibres apparaissent vite à la faveur d’une augmentation significative d’aliments comme les corps gras ou les aliments sucrés au détriment du reste, à savoir les céréales, les viandes et produits laitiers et bien sûr les fruits et légumes. Dès lors, comment s’y retrouver dans les recommandations nutritionnelles ? De nombreuses études sur des cohortes mettent en évidence les bienfaits des régimes à forte composante de fruits et de légumes sur la fréquence de cancers (ex : sein, colon…) ou de maladies cardiovasculaires. Cela étant, la relation de causalité n’est pas toujours entièrement élucidée. Est-ce les effets d’un aliment isolé (fruit ou légume), d’une de ses composantes (ex. : béta-carotène des carottes, teneur en vitamine C), de leur mode de consommation (cru ou cuit), ou encore de leur association dans un « régime », type méditerranéen ou crétois ?

Les relations directes entre consommation et bénéfices sont souvent difficiles à prouver

Prises indépendamment, de nombreuses études font état des effets positifs significatifs d’une surconsommation de produits bruts sur telle ou telle maladie (ex. : cancer, diabète) ou touchant des organes-cible : os, système cardiovasculaire... Quelques exemples : l’absorption de jus d’orange améliore la fonction endothéliale, tout comme la consommation de plus de portions de fruits et légumes est bénéfique pour la vasodilatation. On est là sur de fortes probabilités, plus que sur des preuves formelles, pouvant servir par exemple d’allégations nutritionnelles.

Les nutritionnistes conviennent néanmoins qu’une faible consommation de fruits et légumes est une des raisons de maladies chroniques ; en conséquence, ils recommandent une consommation élevée en poids (400 g) ou en portions (5 par jour). De fait, les études épidémiologiques montrent qu’une consommation élevée de fruits diminue de façon significative les risques de maladies cardio-vasculaires sous l’effet de mécanismes multiples (présence d’antioxydants, pression artérielle…). De plus, les gros consommateurs de fruits et légumes affichent généralement des poids inférieurs, là encore sans corrélation avérée entre les deux critères, car ces types de consommateurs ont aussi un style de vie et une hygiène de vie différents. Pour autant, les régimes alimentaires avec beaucoup de fruits et légumes diminuent les apports de calories, en raison de la faible densité énergétique des fruits et légumes, mais le sentiment d’être rassasié est moins pérenne. Une chose est sûre, on ne peut pas maigrir avec les fruits et légumes et il ne faut pas sous-estimer les apports caloriques des fruits. Mieux vaut donc miser sur un régime alimentaire équilibré, où les fruits et légumes trouveront toute leur place. En outre, les bénéfices des légumes semblent plus nets que ceux des fruits. Enfin, la diversité et la qualité sont sans doute plus importantes que la quantité, sans oublier l’équilibre alimentaire.

La promotion des fruits et légumes et de leurs bénéfices est une priorité mondiale

Vue du côté de l’OMS, la promotion des fruits et légumes fait partie des priorités auprès de 194 Etats-membres. L’enjeu est ici de contrer l’évolution préoccupante des taux de surpoids et d’obésité en permettant d’abord l’accès à des fruits et légumes et qui plus est, à des prix abordables. L’analyse par pays et par continent réserve quelques surprises. Ainsi, les pays méditerranéens où l’accessibilité pose moins de problèmes (Egypte) ou réputés proches du régime crétois comme l’Italie ne sont pas à l’abri de ces problèmes, notamment dans les populations plus jeunes. La promotion n’est qu’un des éléments des politiques publiques à côté de l’éducation, de la fiscalité, de l’accessibilité pour des publics prioritaires… Ainsi, les programmes subventionnés de distribution de fruits et légumes sont de loin ceux qui recueillent le plus d’agréments au niveau des 27 pays de l’UE ; des actions similaires sont menées de manière coordonnée au niveau de la FAO et de l’OMS.

Rémi Mer
Journaliste - FRANCE
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