N° 110 | juin 2011

Fruits et légumes : parents pauvres du petit déjeuner et du goûter des petits réunionnais

Une alimentation équilibrée est nécessaire au développement des enfants et des adolescents. La présence des fruits et légumes aux différents repas, y compris au goûter, est fortement recommandée aux enfants d’âge scolaire, en favorisant la consommation d’au moins 5 fruits et légumes par jour.

L’étude présentée ici rend compte du niveau de consommation des fruits et légumes de 1250 élèves des cycles 2 et 3 répartis dans six écoles situées dans 2 communes du département de La Réunion. Elle évoque les conséquences potentielles de ce niveau de consommation et ébauche des pistes pour l’améliorer.

Depuis 2009, l’IREN (Institut Régional d’Education Nutritionnelle) met en oeuvre un programme d’éducation nutritionnelle dans les écoles, pour les élèves des cycles 2 et 3. Objectifs de ce programme :

  • améliorer les habitudes alimentaires à l’école par la diminution, voire la suppression, des collations matinales apportées par les enfants
  • augmenter la consommation du repas du midi proposé par la restauration scolaire.

6 écoles et 1250 élèves concernés Au préalable, un questionnaire est distribué à tous les élèves afin qu’ils décrivent leurs habitudes alimentaires. Aidés des enseignants, ils détaillent leur journée alimentaire : nombre et composition des repas, prise ou non du lait proposé à l’école le matin. Parallèlement, la consommation alimentaire des enfants au cours du déjeuner en restauration scolaire est mesurée. Au cours de ce programme, chaque enfant reçoit 3 heures d’éducation nutritionnelle au cours de la pause méridienne, le service de restauration scolaire est formé à la mise en oeuvre des recommandations du GEMRCN 1, les parents et les enseignants sont sensibilisés à l’équilibre alimentaire de l’enfant.

Au total, entre Novembre 2009 et Mars 2011, 6 écoles ont été concernées par cette action soit 1250 élèves des cycles 2 et 3.

Les fruits et légumes négligés

L’analyse des premiers résultats montre que plus de 92% des enfants prennent un petit déjeuner avant de venir à l’école. Sur le plan qualitatif, il est composé :

  • d’un produit laitier et d’un produit céréalier, dans 43% des cas
  • d’un produit laitier, d’un produit céréalier et d’un fruit ou légume, dans seulement 3% des cas.

Par ailleurs, si 82% des enfants déclarent consommer une collation dans la matinée, celle-ci ne comporte un fruit que dans 16% des cas.

Cette raréfaction de fruits et légumes au petit déjeuner et à la collation matinale pose la question de l’équilibre alimentaire des enfants réunionnais et plus particulièrement de l’adéquation avec les recommandations du PNNS (« 5 fruits et légumes par jour »). En négligeant fruits et légumes au petit déjeuner et au goûter, les petits réunionnais s’exposent à une alimentation déséquilibrée dont l’une des conséquences est l’apparition ou l’aggravation de l’obésité. De fait, La Réunion fait partie des régions de France les plus concernées par l’obésité infantile 2.

Le programme « un fruit pour la récré »

En 2004, dans un avis relatif à la collation matinale à l’école, l’AFSSA a estimé que la distribution de lait n’était pas justifiée 3. Pourtant, toutes les écoles concernées par notre action continuent de distribuer du lait aux enfants à leur arrivée. L’AFSSA, prenant en compte l’objectif du PNNS, a également recommandé la suppression de la collation matinale et s’est déclarée favorable au renforcement de la présence des légumes et fruits aux repas structurés (petit déjeuner, déjeuner et goûter).

Notre étude montre que cet objectif n’est pas atteint : l’absence des fruits et légumes au petit déjeuner est notoire et d’autant plus dommageable que les habitudes alimentaires acquises au cours de l’enfance et de l’adolescence ont une influence majeure sur les comportements ultérieurs.

Le moment pour donner le fruit est important

Si ces habitudes se construisent, pour leur grande part, dans le cadre familial, l’école vient en complément, en permettant à l’enfant d’avoir le fruit qui fait défaut au petit déjeuner. Le programme « un fruit pour la récré », dont l’objectif est de réintégrer les fruits dans l’alimentation des enfants, trouve tout son intérêt.

Pour éviter que cette complémentarité n’entraîne une déstructuration des rythmes alimentaires et une apparition de troubles du comportement alimentaire, comme le grignotage, le moment choisi pour donner ce fruit est important. Deux possibilités existent, à l’arrivée des enfants à l’école ou, au minimum, deux heures avant le déjeuner.

  • En offrant le fruit à la recréation, l’école perpétue la notion de « collation », déconseillée par l’avis de l’AFSSA qui la considère comme un contre message nutritionnel qui suggère que le nombre de prises alimentaires doit être multiplié et qu’il faut manger avant que la sensation de faim ne soit ressentie. Dans plusieurs établissements, la tendance est à l’arrêt des collations et les parents sont invités à ne plus mettre d’aliments dans le sac de l’enfant.

Accueillir les enfants le matin avec un fruit ou un légume

Dans les crèches de l’association Babyland, nous avons expérimenté la possibilité d’accueillir les enfants le matin avec un fruit ou un légume. Les enfants arrivent à partir de 7 h. Entre 8h30 et 9h00, la crèche leur propose des fruits et légumes crus, en morceaux ou en jus, seuls ou en mélange. D’après les enquêtes, la quasi-totalité des enfants consomment à la maison des produits laitiers et des produits céréaliers. Un effort de présentation accompagne la dégustation par les enfants des tomates, concombres, carottes, pastèques, papaye, ananas, oranges. Les fruits et légumes sont fournis aux crèches en début de semaine et les équipes d’encadrement décident du programme et de la forme de distribution.

Force est de constater le succès de cette initiative, deux ans après son lancement : 71,4% des enfants de 2 à 3 ans mangent spontanément les fruits et légumes proposés à la crèche le matin. En outre, offrir des fruits et légumes en complément du petit déjeuner à la maison, augmente les chances pour l’enfant de consommer au moins 5 fruits et légumes par jour. D’autres avantages ont été constatés : l’augmentation de la consommation du repas proposé au déjeuner (ce qui réduit les gaspillages), l’éveil des goûts et la familiarisation des enfants avec les saveurs de fruits et légumes. Pour certains, l’habitude s’installe et ils réclament un fruit ou un légume les jours où les crèches sont fermées, à la surprise de leurs parents qui le rapportent aux directrices.

De la crèche à l’école primaire

Donner des fruits et légumes aux enfants à leur arrivée à la crèche est bien accepté et présente plusieurs avantages. Ne pas continuer cette pratique dans les écoles primaires pourrait fragiliser un comportement alimentaire favorable à la santé au lieu de le consolider. Il nous semble donc logique de proposer, dans le cadre du programme « un fruit pour la récré » un fruit ou un légume aux enfants réunionnais à leur arrivée à l’école, pour compenser leur absence au petit déjeuner et réduire les risques de déséquilibre alimentaire. Si cette pratique se généralise à l’ensemble des crèches et écoles, on peut espérer, qu’à l’adolescence et à l’âge adulte, les fruits et légumes seront mieux acceptés et plus consommés, conformément aux recommandations du PNNS.

Fridor Funten
IREN (Institut Régional d’Education Nutritionnel) - Île de La Réunion
  1. Observatoire Economique de l’Achat Public, recommandation relative à la nutrition du 4 Mai 2007, Groupe d’Etude des Marchés de Restauration Collective et de Nutrition (GEMRCN), Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie.
  2. La santé des enfants scolarisés en CM2 en 2004 – 2005. Premiers résultats. DREES, Etudes et résultats, N°632, Avril 2008.
  3. Avis de l’Agence Française de la Sécurité Sanitaire des Aliments, relatif à la collation matinale à l’école. Maisons – Alfort, le 23 Janvier 2004.
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