N° 110 | juin 2011

Plus de fruits à l’école en Norvège = moins de grignotage

En Norvège, les enfants ne mangent pas assez de fruits et légumes et consomment trop de produits de grignotage. Les autorités Norvégiennes ont donc mené des efforts considérables pour augmenter la consommation de fruits et légumes au sein de l’école.

Une portion de fruit ou une carotte au repas de midi

En 1996, en collaboration avec le Comité Norvégien pour le Marketing des Fruits et Légumes (Norwegian Marketing Board for Fruits and Vegetables), une souscription à un programme de distribution de fruits et légumes, pour les élèves de niveau 1 à 10 (6 à 16 ans), a été lancée puis étendue à l’échelon national en 2003. Les écoles et les écoliers ont à présent le choix de participer ou non à ce programme. Actuellement, le coût journalier pour les parents est de 2,50 NOK (soit environ 0,30 EUR). Chaque jour de classe, les élèves participants reçoivent une portion de fruit ou une carotte, habituellement au repas de midi. Ce programme est subventionné par le gouvernement Norvégien à hauteur de 1,00 NOK par élève et par jour de classe.

Le programme gratuit est plus efficace

Ce programme de souscription et sa version pilote (sans aucun coût pour les parents) ont été évalués dans le cadre du projet de recherche FVMM (Fruits and Vegetables Make the Marks – « Les Fruits et Légumes font les bonnes notes »). Dans un essai randomisé, portant sur 38 écoles, une cohorte de 1950 écoliers (initialement dans les classes de 6e ou 7e) a été suivie durant 3 ans, de l’année scolaire 2001- 2002 à l’année scolaire 2004-2005.

Les résultats ont montré que, si les deux programmes augmentaient la consommation de F&L, le programme pilote gratuit était plus efficace que l’abonnement : la taille des portions de F&L avait respectivement augmenté de 0,9 et 0,2 portions/jour, par rapport aux écoles témoins 1. De plus, l’année gratuite de fruits à l’école a eu un effet positif à long terme sur la consommation des F&L, aussi bien sur un an 2 que 3 ans après la fin du programme 3 : l’augmentation de la taille des portions étant respectivement de 0,5 et 0,4 portions/jour, par rapport aux écoles témoins.

Une réduction du grignotage

Fait intéressant : le programme de fruits gratuits a également eu un effet sur la consommation de produits de grignotage, tels que boissons sucrées, bonbons, chips… Une réduction de cette consommation a été observée aussi bien au cours du programme 1 qu’un an après 4.

On a également noté une interaction entre le statut socioéconomique (SSE) - indiqué par la présence ou l’absence d’éducation supérieure des parents - et l’intervention. Celle-ci eu un effet sur le grignotage uniquement chez les écoliers de faibles SSE. La fréquence a diminué d’environ 1,0 fois/semaine durant le programme et de 1,2 fois/semaine après une année (Figure). Au début, les écoliers de faibles SSE consommaient significativement plus de produits de grignotage que les écoliers de SSE élevés (Figure). Trois ans après la fin du programme, le groupe intervention mangeait moins de produits de grignotage que le groupe témoin 3, mais cette différence n’était pas statistiquement significative.

Evaluer l’impact du lancement national de ce programme

Devant ces résultats, dès l’automne 2007, un programme officiel de fruits distribués gratuitement à l’école (sans coût pour les parents) a donc été mis en place dans tous les collèges, de la 8ème à la 10ème année (13-16 ans) et dans toutes les écoles mixtes (pour les classes de 1ere à la 10e année – 6 à 16 ans) de Norvège.

En 2008, toujours dans le cadre du projet FVMM, une nouvelle enquête transversale a été menée, permettant d’évaluer l’impact du lancement national de ce programme.

L’augmentation de 0,74 portions/jour de la consommation de fruits entre 2001 et 2008 dans les écoles participantes en 2007 (classes de 1ère à la 10e année) a été significativement plus élevée par rapport à celles n’y participant pas (classes de 1ere à la 7e année) 5. Aucun effet n’a été observé sur la consommation de légumes. Une diminution de la consommation de produits de grignotage a de nouveau été observée dans les écoles participantes par rapport aux écoles témoins, mais seulement chez les enfants dont les parents n’avaient pas reçu d’éducation supérieure (données non publiées).

Les évaluations du programme gratuit de fruits à l’école en Norvège montrent clairement qu’une consommation accrue de fruits diminue la consommation de produits de grignotage - au moins chez les enfants de faibles SSE. Cela tombe bien puisque ces derniers présentent une forte consommation de produits de grignotage malsains et en ont donc le plus besoin.

Elling Bere
Département de Santé Publique, Activité physique et Nutrition, Université d’Agder, NORVEGE
  1. Bere E, et al.The Norwegian School Fruit Programme: evaluating paid vs. nocost subscriptions, Preventive Medicine 2005; 41:463-470.
  2. Bere E, et al.Free school fruit – sustained effect one year later, Health Education Research, 2006, 21:268-275.
  3. Bere E, et al.Free school fruit – sustained effect three years later, International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2007, 4:5.
  4. Bere E, Klepp K-I. Free participation in the Norwegian School Fruit Programme: Increased fruit and vegetable intake gives decreased consumption of unhealthy collations. International Conference, Health Benefits of Mediterranian-style diet (EGEA III), Rome, 2005
  5. Bere E, et al. Effect of the nation wide free school fruit scheme in Norway, British Journal of Nutrition, 2010, 104:589-594.
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