N° 177 | juillet 2017

Fruits et légumes sur ordonnance dans le centre du Wisconsin

Télécharger Imprimer

Une consommation insuffisante de fruits et légumes (F&L) est particulièrement préoccupante chez les enfants dont la croissance et l’ossature sont en cours de développement et dont les habitudes alimentaires perdurent à l’âge adulte. Les programmes de prescription de F&L (Fruit and Vegetable Prescription FVRx) représentent une intervention innovante visant à augmenter la consommation de F&L des enfants en modifiant l’environnement alimentaire de la maison, principalement en éliminant les freins à l’achat et les obstacles à la consommation de F&L par les parents.

Les interventions de promotion de F&L sont bénéfiques à tous les groupes socio-économiques

Depuis leur introduction en 2010, les programmes FVRx ciblent uniquement les quartiers défavorisés. Les partenaires communautaires du centre du Wisconsin ont créé un programme FVRx pilote dont l’objectif était de déterminer s’il pouvait avoir un impact positif sur l’achat et la consommation de F&L au sein des familles avec enfants, quels que soient leur statut socioéconomique ou leur l’état de santé.

Les pédiatres ont délivré aux familles des prescriptions médicales de consommation de F&L

En 2015, deux communautés du centre du Wisconsin ont mis en oeuvre et évalué un programme FVRx de prescription de F&L relayé sur les médias sociaux et peu subventionné, visant à encourager l’achat et la consommation de F&L par les familles. Comme les familles ne suivent pas les recommandations de consommation de F&L dans tous les groupes socio-économiques, notre programme ne ciblait pas que les familles à faibles revenus. En partenariat avec les organisations communautaires et prestataires de santé locaux, les pédiatres ont délivré aux familles des prescriptions médicales de consommation de F&L. Les familles ont reçu 10 $ de jetons pour s’approvisionner en F&L auprès des producteurs locaux, et bénéficiaient d’un accès en ligne à une documentation conçue, d’après la théorie sociale cognitive, pour réduire les obstacles à la consommation de F&L. Le programme a duré 16 semaines pendant la saison des marchés de producteurs.

Synthèse des conclusions du programme :

⇒ Participation :

  • 36 % des familles (n = 353) ont rapporté l’ordonnance FVRx de leur pédiatre sur le marché de producteurs, et ont reçu des jetons à dépenser en F&L sur le marché.
  • Ainsi, 1 215 $ ont été dépensés en F&L locaux sur les marchés de producteurs participant à l’opération.
  • 10 % des familles participantes n’avaient jamais été sur un marché de producteurs avant ce programme.
  • 40 % des participants ont indiqué avoir consulté la documentation pédagogique en ligne.

⇒ Des résultats positifs

  • La consommation rapportée de F&L des enfants dont les parents ont participé au programme a augmenté respectivement de 18 % et 28 %.
  • Les parents ont indiqué être plus en confiance pour gérer la réaction émotionnelle de leurs enfants face au changement d’habitudes alimentaires.
  • Les parents ont rapporté que la préférence de leurs enfants pour les légumes avait augmenté au fil des 16 semaines du programme.
  • Les parents qui n’ont pas utilisé leur ordonnance FVRx étaient également les moins susceptibles de reconnaitre que le coût représentait un obstacle à la consommation de F&L.
  •  Les obstacles majeurs à la consommation de F&L étaient :
    • « Mon enfant ne choisit pas les légumes lorsqu’il prend un repas en dehors de la maison » (31 % de personnes étant d’accord avec cette affirmation)
    • « Mon enfant n’aime pas goûter différents F&L » (avec 24 % de personnes d’accord avec cette affirmation)
  • 49 % des participants n’étaient pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle le coût représente un obstacle à leur consommation de F&L.

Les comportements des parents relatifs à l’achat de F&L n’ont pas changé de manière significative parmi les personnes ayant répondu à l’enquête mais selon leurs déclarations, la consommation de F&L de leurs enfants s’était nettement améliorée entre la phase pré et post-programme. Le taux de retour des ordonnances a été faible en comparaison avec d’autres programmes mais cela est probablement dû à des facteurs logistiques, tels que l’insuffisance du nombre de jours de marché et la distance entre le domicile des familles et le lieu des marchés. Seuls deux marchés ont participé à ce programme pilote. La plupart des ordonnances (90 %) ont été utilisées par les familles qui fréquentaient déjà les marchés de producteurs.

Troisième année de ce programme : cibler différemment les familles

Pour amorcer la troisième année de ce programme, la conception a été modifiée de façon à cibler différemment les familles « à faible risque » de celles « à risque élevé ». L’expression « à risque élevé » fait référence à l’insécurité alimentaire et aux problèmes de santé connexes. Ces familles reçoivent désormais un bon d’achat d’une valeur supérieure et davantage de soutien individualisé. Ce programme, s’il est essentiellement financé par les hôpitaux partenaires, ne fonctionnerait pas sans les dons en nature des organisations communautaires partenaires.

Les deux communautés initiales qui ont expérimenté ce programme ensemble utilisent désormais différentes conceptions en raison de la diversité des besoins et des ressources de chacune d’entre elles, malgré leur proximité géographique. À titre d’exemple, la communauté caractérisée par un taux de pauvreté supérieur se concentre uniquement sur les familles exposées à un risque élevé. L’une des communautés a étendu son partenariat aux marchés couverts qui vendent des fruits et légumes locaux toute la semaine étant donné que le principal marché de producteurs ne se tient qu’une seule fois par semaine. Ces changements ont amélioré à la fois la participation au programme et le soutien communautaire.

Ashley Chrisinger
Université du Wisconsin Stevens Point, ETATS-UNIS
Annie Wetter
Université du Wisconsin Stevens Point, ETATS-UNIS
Chrisinger, A. and Wetter, A. 2016. Fruit and Vegetable Prescription Program: Design and Evaluation of a Program for Families of Varying Socioeconomic Status. Journal of Nutrition Education and Behavior Volume 48, Number 7S, 2016
Retour Voir l'article suivant